Le discours de la reine présente la législation anti-grève du gouvernement Johnson

Par Robert Stevens
21 décembre 2019

Le gouvernement conservateur de Boris Johnson a présenté les grandes lignes de son programme de législation répressive dans le discours de la Reine.

C'était le deuxième discours de la Reine en deux mois et il faisait suite aux élections générales de la semaine dernière, que les conservateurs ont remportées par une victoire écrasante - se retrouvant avec une majorité de 80 députés - en raison de l’effondrement du vote du Labour.

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn arrivent pour l'ouverture officielle du Parlement à Londres [source: Hannah McKay / Photo via AP]

Le discours a présenté plus de 30 projets de loi, dont sept directement liés au Brexit. Aujourd'hui, les conservateurs passeront en deuxième lecture au Parlement le projet de loi que Johnson avait convenu avec l'Union européenne en octobre. Il fixera dans la loi que le Royaume-Uni quittera l'UE le 31 janvier et qu'il n'y aura pas de prolongation au-delà de fin décembre 2020 pour que le Royaume-Uni conclue un accord commercial avec l'UE. Si l’on ne parvient pas à un accord, alors le Royaume-Uni quittera l’UE sans accord.

Le discours de la reine confirme que le mantra de «faire le nécessaire pour aboutir au Brexit» est intimement lié à l'escalade de l'offensive contre la classe ouvrière. Le discours comprend, pour la première fois au Royaume-Uni, une législation qui interdit effectivement les grèves.

Restreindre le droit de grève a longtemps été un objectif des conservateurs et de leurs partisans dans les médias de droite, depuis que le gouvernement Thatcher et Major firent en premier adopté une série de lois anti-grève pendant leurs mandats de 1979-1997.

S’agissant du transport en commun, les grèves dans les «services essentiels» ne seront autorisées que si un «accord de service minimum» est préalablement conclu. Sinon, les grèves peuvent être purement et simplement interdites.

Le secrétaire aux Transports, Grant Shapps, avait annoncé l'intention des conservateurs d'introduire la législation antidémocratique en novembre, alors que les conducteurs de South West Rail devaient déclencher une grève de 27 jours pour lutter contre l'imposition de services ferroviaires avec seul un conducteur à bord (DOO). Les contrôleurs de train de West Midlands Trains également faisaient grève les samedis successifs, avant que leur action ne soit suspendue par le syndicat des chemins de fer, des transports maritimes et des transports (RMT), qui recommande aux travailleurs d'accepter une forme hybride de DOO convenue lors de discussions avec la direction.

Un article de ConservativeHome datant de novembre a révélé qu'un gouvernement à majoritaire conservateur «légiférerait pour obliger les employeurs et les syndicats ferroviaires à conclure une entente de service minimum (MSA). Les MSA fixeraient à l'avance le nombre et la nature du personnel qui resterait au travail pendant toute grève.»

Le niveau de service minimum varierait «entre un cinquième et un tiers du service normal», ce qui signifie «qu'il n'y aurait jamais de situation où aucun train ne circulerait, même pendant une grève».

ConservativeHome a souligné que «en l'absence d'un MSA, une grève ne serait pas légale»

Cela rendrait automatiquement illégale toute grève sauvage non sanctionnée par les syndicats. La législation est imposée en raison de la crainte de l'élite dirigeante d'une escalade de la lutte des classes, qui a déjà vu un nombre croissant de travailleurs se battre pour défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail. Pendant la campagne électorale, la Haute Cour est intervenue à deux reprises pour juger illégal le scrutin de grève de 110 000 postiers, alors que 40 0000 travailleurs de l'enseignement supérieur ont fait grève pour défendre leur salaire, leurs conditions et leurs pensions.

ConservativeHome s'est plaint: «Pendant trop longtemps, les syndicats des chemins de fer militants ont infligé de la misère aux passagers dans le pays. Depuis 2016, plus de 160 jours de grèves ont eu lieu ou étaient prévus, touchant 11 des 17 franchises ferroviaires du pays, plus le métro de Londres. L'un des réseaux de banlieue les plus fréquentés du pays, South Western Railway, fera grève pendant presque tout le mois de décembre.»

Alors que les plans étaient annoncés hier, Shapps s'est réjoui: «La capacité de quelques personnes à empêcher tout le monde de gagner sa vie doit prendre fin.» The Sun, propriété de l'oligarque milliardaire Rupert Murdoch, qui organisa des opérations pour briser des grèves dans ses journaux dans les années 80, a salué les «nouvelles lois audacieuses pour interdire les grèves de trains, durcir les peines de prison…»

Ces lois ne sont que le précurseur de l'interdiction totale des grèves dans l'ensemble de l'économie. Initialement, elles couvriront tous les travailleurs des transports, y compris les trains, les bus, le métro et ceux du métro de Londres. Il y a environ 1,5 million de travailleurs des transports en commun sur les 32 millions de travailleurs britanniques. Mais il n'y a littéralement aucune section de travailleurs qui ne peut pas être qualifiée comme essentielle en vertu de ces lois - y compris les agents de santé, les employés de l'éducation, les éboueurs, les serveurs de magasin, les conducteurs de livraison, etc.

En Espagne, des mesures similaires ont été utilisées contre les contrôleurs aériens en décembre 2010. Ils ont été embrigadés (article en anglais) sous la menace des armes dans un hôtel où ils tenaient une réunion, placés sous contrôle militaire et contraints de travailler sous la garde de la police.

Au Sri Lanka, le gouvernement a brisé une grève des chemins de fer (article en anglais) au cours de l'été après avoir invoqué une ordonnance draconienne sur les «services essentiels».

En outre, le discours de la reine a annoncé des mesures «pour encourager le travail flexible». Les conservateurs se sont engagés à augmenter les salaires des travailleurs à un taux encore faible de 10,50 £ l'heure d'ici la fin de leur premier mandat, mais un document d'information du discours de la reine déclare que cette augmentation minimale est désormais conditionnelle, «si les conditions économiques le permettent.»

Cela fait partie de l'objectif du gouvernement de créer un «Singapour sur la Tamise», basé sur une vaste réserve de main-d'œuvre flexible, employée dans une économie déréglementée qui sera mise à la disposition des sociétés mondiales pour une super-exploitation.

Une autre indication de l'intention des conservateurs de démolir le niveau de vie des travailleurs est la suppression du projet de loi de retrait de l'UE des clauses qui ont été acceptées par le prédécesseur de Johnson, Theresa May, pour garantir que le Royaume-Uni maintienne la parité avec la législation sur les droits des travailleurs dans l'UE.

Le Sun aégalement soutenu le plan de Johnson pour «renforcer nos frontières», dont le discours annonçait un système d'immigration à points de style australien.

Utilisant l'attaque terroriste qui a eu lieu au Fishmonger Hall à Londres pendant la campagne électorale, au cours de laquelle deux étudiants l'université ont perdu la vie, le gouvernement adoptera de nouvelles lois sur les peines pour «garantir que les délinquants violents les plus dangereux, y compris les terroristes, restent plus longtemps incarcérés». Les personnes condamnées risquent au moins 14 ans de prison.

Les organismes publics et leurs employés seront tenus par la loi d'approfondir leur collaboration déjà étroite avec la police et les services de renseignement. Le discours annonce «De nouvelles lois [qui] exigeront que les écoles, la police, les municipalités et les agences sanitaires travaillent ensemble pour prévenir les crimes graves.»

Les conservateurs ont également promis le déploiement de 20.000 policiers supplémentaires dans les rues.

Le gouvernement avait déjà prévu de déployer «des quantités importantes de ressources policières» pour faire face aux manifestations après le Brexit. Son opération Yellowhammer prévoit de préparer 50.000 soldats réguliers et de réserve «en cas de troubles civils, d'aider les aéroports britanniques et d'assurer le ravitaillement en carburant et les fournitures médicales». Ils seront soutenus par 10.000 policiers anti-émeute, prêts à intervenir en 24 heures et 1000 policiers britanniques supplémentaires envoyés pour renforcer les services de police d'Irlande du Nord.

Une autre mesure réactionnaire envisagée est de mettre fin aux «accusations fâcheuses qui sapent nos forces armées.» Ceci est en réponse aux poursuites engagées pour révéler les milliers (article en anglais) de crimes de guerre commis par les soldats britanniques pendant les invasions et occupations illégales de l’Irak et l’Afghanistan.

En ce qui concerne le Service national de santé (NHS), le chef de l’organisme NHS Providers, Chris Hopson, affirme que les conservateurs devraient en réalité doubler leur promesse de dépenses pour le NHS afin de tenir compte d'une «décennie perdue» en raison d'un sous-financement, au cours duquel il n'a augmenté que de 2 pour cent par an. Les conservateurs proposent désormais d'augmenter les dépenses du NHS de seulement 3,4 pour cent par an, mais des augmentations de 3,5 pour cent sont nécessaires pour répondre à la demande et des augmentations de 4 à 4,5 pour cent sont nécessaires pour réduire les listes de patients en attente de traitement qui atteignent des niveaux record.

(Article paru en anglais le 20 décembre 2019)

 

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