En pleine procédure de destitution, le Congrès adopte un budget militaire record et finance le mur frontalier de Trump

Par Evan Blake
20 décembre 2019

Trois projets de loi adoptés mardi démontrent le soutien bipartite à la guerre, à l’austérité et aux attaques contre les droits démocratiques au sein de l’establishment politique américain.

Tout d’abord, le Sénat a voté en faveur de l’adoption de la Loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA). Le vote était 86 voix contre 8, soumettant le projet de loi militaire record de 738 milliards de dollars au président Trump pour qu’il signe la loi.

Plus tard le même jour, la Chambre des représentants dirigée par les démocrates a approuvé deux projets de loi de crédits totalisant près de 1400 milliards de dollars pour financer l’armée et d’autres agences du gouvernement fédéral jusqu’en septembre 2020.

La base droitière sur laquelle les démocrates votent pour la destitution de Trump est soulignée par le soutien bipartite au programme politique du président fasciste démontré dans ces mesures budgétaires. Le projet de loi de crédits militaires comprend 1,375 milliard de dollars pour financer le mur frontalier de Trump, tout en supprimant une disposition d’une version antérieure qui lui aurait interdit de transférer des fonds d’autres comptes du Pentagone pour son projet de mur.

L'USS Coronado lance un missile [Credit: US Military]

En même temps, les démocrates de la Chambre ont supprimé le libellé qui visait à abaisser de 9,5 milliards de dollars à 1,5 milliard de dollars le montant maximal pouvant être transféré entre différents budgets. Comme le savent les démocrates, Trump utilisera l’«urgence nationale» frontalière qu’il a déclarée en février dernier pour transférer illégalement au mur frontalier les fonds du Pentagone approuvés par le Congrès à d’autres fins. Le résultat combiné de ces manœuvres est de donner à Trump tout l’argent qu’il veut pour construire ce mur.

Avant le vote au Sénat, la Chambre des représentants avait approuvé l’APDN la semaine dernière par une très forte majorité, soit 377 voix contre 48. Le projet de loi, que l’administration Trump a dit vouloir approuver, injectera 22 milliards de dollars supplémentaires dans le Pentagone pour financer la guerre dans le monde, y compris 15 milliards de plus que ce que Trump avait demandé pour les achats militaires.

La Chambre a alloué 71 milliards de dollars pour les opérations à l’étranger. Le montant inclut la demande de Trump pour une augmentation de salaire de 3,1 pour cent pour le personnel militaire. Trump fait cela dans le cadre de ses efforts pour cultiver une base de soutien d’extrême droite au sein de l’armée. Une toute nouvelle branche des forces armées américaines, la Force spatiale, qui accélérera la militarisation de l’espace, a aussi été créée.

Les deux partis au Sénat ont voté à une large majorité en faveur de l’approbation du NDAA. Toutefois, quatre candidats démocrates à la présidence étaient absents, ce qui leur a permis de présenter une apparence d’opposition à la guerre tout en évitant tout affront à l’autorité militaire. Les quatre sont Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Amy Klobuchar et Cory Booker.

Normalement, le Congrès adopte un seul projet de loi omnibus pour les dépenses. Mais cette année, pour apaiser Trump et éviter la fermeture des ministères et des administrations du gouvernement, le Congrès avait scindé le projet de loi en deux. Une loi fournissait les 738 milliards de dollars de financement à la NDAA, au département de la Sécurité intérieure et d’autres agences de sécurité nationale. Un autre projet de loi finançait les 632 milliards de dollars pour les programmes sociaux nationaux.

La Chambre a adopté le projet de loi sur les dépenses intérieures par un vote de 295 contre 120. Le vote suivait largement les lignes des partis, 112 républicains et seulement 8 démocrates ayant voté contre. Le projet de loi, qui fournit des services à des dizaines de millions d’Américains, est nettement inférieur au budget militaire gargantuesque.

Les démocrates ont salué cette loi comme étant «progressiste» pour avoir établi un congé de maternité payé pour les employés fédéraux. Mais le projet de loi ne fait rien pour s’attaquer aux coupes massives dans Medicaid (un programme de soins minima pour les très pauvres) et les coupons alimentaires, sans parler des coupes imposées à ces programmes sociaux et d’autres après la crise financière de 2008 sous Obama. Le programme de financement comprend des réductions des subventions fédérales pour Medicaid à Porto Rico d’environ 5 milliards de dollars, soit près de la moitié du total précédent.

La Chambre a adopté le projet de loi de crédits pour financer la NDAA par une marge de 280 à138: 150 démocrates et 130 républicains votant pour. La scission en deux projets de loi de crédits a permis à des sections du Parti démocrate de se présenter comme des antiguerres. Les quatre femmes démocrates du Congrès qui composent «l’escouade» – Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib – ont toutes voté «non» sur la loi de crédits militaires. La candidate démocrate à l’élection présidentielle, Tulsi Gabbard, qui s’est parfois fait passer pour une antiguerre, était absente lors des deux votes mardi.

Les deux projets de loi de crédits seront probablement votés par le Sénat aujourd’hui, afin que Trump les signe et évite une autre fermeture du gouvernement, qui entrerait en vigueur vendredi à minuit.

L’expansion de l’armée sous le nouveau NDAA entraîne une escalade de la volonté de l’impérialisme américain d’affirmer son hégémonie sur la planète entière, y compris le cyberespace et l’espace. Il supprime les dispositions des versions précédentes qui limitaient les opérations militaires à l’étranger. Notamment, on a supprimé l’interdiction pour les États-Unis de soutenir la guerre menée par les Saoudiens contre le Yémen et l’obligation pour Trump d’obtenir le consentement du Congrès avant d’attaquer l’Iran. Elle prolonge également l’autorisation de 2002 pour l’emploi de la force militaire (AUMF), le prétexte juridique peu convaincant utilisé pour lancer la guerre en Irak et toute intervention ultérieure de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Le nouveau cadre militaire réaffirme le passage stratégique de la «guerre contre le terrorisme» au «conflit des grandes puissances», tel que décrit dans la stratégie de défense nationale de 2018 du gouvernement Trump. Ceci pose le grave danger d’un conflit nucléaire avec la Russie ou la Chine. L’APDN permet le déploiement d’ogives nucléaires à faible puissance lancées par des sous-marins. Il fournit une aide militaire supplémentaire de 300 millions de dollars au gouvernement ukrainien d’extrême droite. En outre, il comprend une série de mesures provocatrices contre Moscou et Beijing.

Ces mesures comprennent notamment l’interdiction de la coopération entre militaires avec la Russie ; l’augmentation de 734,3 millions de dollars du financement de l’Initiative européenne de défense ; une déclaration de soutien à l’autonomie de Hong Kong vis-à-vis de la Chine ; et l’imposition de sanctions sur les oléoducs NordStream 2 et TurkStream qui relient la Russie à l’Allemagne et à l’Europe de l’Est.

(Article paru en anglais le 19 décembre 2019)

 

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