Construisons des comités d’action indépendants pour faire chuter Macron!

Par Alexandre Lantier
17 décembre 2019

Cela fait presque deux semaines que cheminots, enseignants, et travailleurs des ports et de l’énergie font grève contre Emmanuel Macron et sa réforme des retraites. Aujourd’hui, des centaines de milliers de grévistes et de jeunes manifesteront à nouveau à travers la France.

L’éruption de la lutte des classes au coeur de l’Europe a fait ressortir la division fondamentale de classe dans la société et démontré la puissance et le potentiel révolutionnaire des travailleurs. La SNCF et les transports parisiens sont à l’arrêt, des écoles aussi, et les grèves de raffineurs et de routiers pourrait à terme provoquer une pénurie d’essence généralisée.

Manifestación en París

Surtout, cette grève fait partie d’une résurgence mondiale de luttes de classe, avec des mobilisations en Algérie, en Irak, en Bolivie, au Chili et des grèves de l’automobile aux USA et au Mexique. Cela a libéré une vaste vague de fond d’opposition aux inégalités, aux élites financières et au capitalisme.

En à peine dix jours, les questions politiques soulevées par la grève ont vite surgi. Macron a envoyé des blindés, des lances à eau et des CRS attaquer les grévistes à la première manifestation le 5. Puis le premier ministre Édouard Philippe est intervenu mercredi pour promettre de passer en force. Malgré l’opposition de 70 pour cent des Français, il a proposé de faire passer aux députés macroniens à l’Assemblée l’introduction de retraites «par points», l’augmentation de deux ans de l’âge de la retraite, et l’élimination des régimes spéciaux de retraite.

La lutte contre ce régime autoritaire, qui foule aux pieds la démocratie, présente des tâches urgentes aux travailleurs. Il s’agit de construire des comités d’action indépendants afin d’organiser une lutte politique pour faire chuter Macron, et de construire une nouvelle avant garde socialiste.

Les travailleurs ne peuvent se faire l’écho de la Confédération générale du travail (CGT) stalinienne, qui lance des appels impuissants à Macron pour revenir sur sa réforme. Alors que les grévistes appellent à faire grève pendant les fêtes, le chef de la CGT, Philippe Martinez, essaie de les fatiguer et de les désorienter en proposant de larges manifestations, tout en insistant qu’il veut mettre fin à la grève avant Noël. Ce chemin mène à la démoralisation et à la défaite.

Les révélations de cette semaine ont démasqué les intérêts de classe qui soustendent cette réforme. Alors que Macron peaufinait sa politique économique, peu après l’élection de 2017, il a rencontré BlackRock, une société internationale qui gère 6.000 milliards de dollars d’actifs. Le sherpa de la réforme, Jean-Paul Delevoye, a dû démissionner hier, car il avait illégalement gagné des centaines de milliers d’euros dans diverses associations, dont certaines financées par des sociétés d’assurance, qui ont intérêt à casser les retraites et passer à des retraites individuelles par capitalisation.

Quant à l’idée de Macron de passer à des retraites mesurées en «points» sans valeur monétaire fixe, c’est l’ex-premier ministre François Fillon qui en explique le but dans une vidéo tournée en 2016. Ce système, a dit Fillon, «permet une chose qu’aucun homme politique n’avoue. Ça permet de baisser chaque année le montant, la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions.»

Il n’y a rien à négocier avec un régime si corrompu et réactionnaire. Les appels lancés par la CGT à Macron n’offrent rien aux travailleurs; ils prolongent l’ étroite collaboration des appareils syndicaux avec divers gouvernements pour approuver des réformes des retraites, des lois travail et d’autre mesures d’austérité depuis des décennies. La défense des niveau de vie et des droits démocratiques nécessite une lutte pour faire chuter Macron, écraser le pouvoir économique et politique de l’aristocratie financière internationale, et remplacer le capitalisme par une société socialiste.

Dans un capitalisme mondialisé, les travailleurs ne trouveront pas d’autre voie que celle de la révolution. Les conflits en France et au-delà sont le produit de contradictions sociales mondiales qui ont mûri sur des décennies. L’époque depius la dissolution stalinienne de l’Union soviétique en 1991, et surtout depuis le krach de 2008, a vu un transfert continu de richeses produites par les travailleurs vers le haut, et de guerres impérialistes en Afghanistan, en Syrie jusqu’au Mali.

Il y a 50 ans, le Parti communiste français stalinien trahissait la possibilité de révolution lors de la grève générale de Mai 68, en échange des augmentations salariales dans les Accords de Grenelle. Le capitalisme européen aujourd’hui, miné par des décennies de désindustrialisation et de cadeaux fiscaux aux riches, n’accorde plus de pareilles conditions. Macron donne de vaste sommes aux milliardaires et à l’armée – même quand il est devenu si détesté en 2018 qu’il gardait un hélicoptère prêt à toute heure pour intervenir le sauver, si jamais il tombait aux mains des «gilets jaunes».

Déjà, les «gilets jaunes» ont démontré le potentiel des luttes sociales organisées indépendamment des appareils syndicaux. Alors que les travailleurs entrent en lutte, et que grévistes et «gilets jaunes» se parlent intensivement entre eux, il s’agit avant tout d’organiser une lutte indépendamment des appareils syndicaux et de s’opposer aux tentatives syndicales de limiter les luttes à une négociation avec Macron.

La lutte pour construire des comités d’action indépendants des syndicats est à présent critique. Un an avant l’éruption de la grève générale de 1936, Léon Trotsky écrivait dans Où va la France que ces comités étaient «l’unique moyen de briser la résistance anti-révolutionnaire des appareils des partis et des syndicats.» Il les comparait aux soviets formés par les travailleurs russes en 1917, qui ont pris le pouvoir lors de la révolution bolchévique:

Les comités d'action, dans leur stade actuel, ont pour tâche d'unifier la lutte défensive des masses travailleuses en France, et aussi de leur donner la conscience de leur propre force pour l'offensive à venir. Cela aboutira-t-il aux soviets véritables? Cela dépend de la réponse à la question de savoir si l'actuelle situation critique en France se développera ou non jusqu'à sa conclusion révolutionnaire.

Le Parti de l’égalité socialiste (PES), sections française du Comité international de la IVe Internationale, propose une large discussion de cette perspective parmi les grévistes et «gilets jaunes» en France, et plus largement parmi les travailleurs à travers le monde. L’épreuve de force entre le gouvernement Macron et les travailleurs, sur fond de résurgence internationale de la lutte des classes, signifie qu’une lutte révolutionnaire pour le socialisme est à nouveau à l’ordre du jour. Il s’agit de briser la résistance contre-révolutionnaire des appareils syndicaux et de leurs défenseurs dans les partis petit-bourgeois tels que le Nouveau parti anticapitaliste ou la France insoumise.

Dans tous les pays, la bourgeoisie suit de près les tentatives de Macron d’imposer une contre-révolution sociale malgré une opposition de masse. Il n’y a aucune voie nationale vers le salut pour les travailleurs en France. Leur meilleurs alliés sont leurs frères et sœurs de classe en Europe et à l’international. Contre les projets de guerre de l’OTAN et les manœuvres des marchés financiers internationaux, la question décisive est de forger l’unité internationale des travailleurs en lutte.

Le PES propose de bâtir des comités d’action, grâce auxquels la classe ouvrière peut mobiliser son poids économique et industrielle, relier ses luttes à l’international, et préparer une réorganisation révolutionnaire de la société. Dans ce contexte, le PES propose une stratégie visant à transférer le pouvoir politique aux organisations indépendentes des travailleurs, exproprier l’aristocratie financière, et réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux, non du profit.

 

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