Les États-Unis testent un missile interdit par le traité INF après que les démocrates ont entériné le renforcement de l'arsenal nucléaire voulu par Trump

Par André Damon
17 décembre 2019

L'armée de l'air américaine a testé pour la première fois un missile balistique qui a violé le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF - Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty) ce qui constitue une menace contre la Russie et la Chine. L'administration Trump s'est retirée du traité INF en août dans le cadre de ses efforts visant à étendre considérablement l'arsenal d'armes nucléaires des États-Unis et à assouplir les restrictions à leur utilisation.

Ce test intervient quelques jours à peine après que les démocrates de la Chambre des représentants ont voté en faveur d'un projet de loi de dépenses militaires massif qui a supprimé les dispositions limitant la capacité de l'administration Trump à développer et à déployer de nouvelles armes nucléaires.

Screenshot of a video by the Department of Defense showing a ballistic missile being launched from Vandenberg Air Force Base, California on December 12, 2019

L'approbation de la Loi sur l'autorisation de la défense nationale (NDDA) s'inscrivait dans le cadre d'une cascade de nouvelles mesures législatives en prévision du vote de destitution prévu à la Chambre, notamment l'Accord États-Unis-Mexique Canada (USMCA), une mesure de guerre commerciale visant la Chine.

Alors que la destitution se concentre sur les allégations selon lesquelles Trump n'a pas été suffisamment agressif dans la guerre par procuration de Washington contre la Russie en Ukraine, les démocrates ont clairement indiqué que, quand il s'agit d'étendre le pouvoir de Trump à faire la guerre, il n'y a pas de limites et aucune dépense ne sera épargnée.
Notamment, la dernière version du projet de loi supprime les termes qui limitaient le déploiement des armes nucléaires «à faible rendement» mises au point dans le cadre de Trump, qu'un groupe d'anciens responsables politiques a qualifié l'année dernière de «porte d'entrée vers une catastrophe nucléaire.»

Il a également supprimé les termes qui auraient empêché le Pentagone de tester un nouveau missile de frappe de précision à longue portée capable de voler au-delà de la limite de portée INF.

Le NDAA «appuie» le projet des militaires de produire 80 nouvelles mines de plutonium - le cœur des armes nucléaires - par an, proclamant que les «forces nucléaires» sont «la pierre angulaire de notre défense nationale.»

Il soutient également la mise au point d'armes «conventionnelles à frappe rapide», qui ne sont rien d'autre que des missiles balistiques non nucléaires à longue portée - qui ne peuvent être distingués efficacement des missiles balistiques intercontinentaux dont le lancement serait le signe d'un Armageddon nucléaire.

Mais, il ne faut pas avoir peur, le NDAA «ordonne au secrétaire de la Marine de s'assurer que les technologies mises au point pour le programme de frappe rapide conventionnel sont transférables aux plates-formes des navires de surface» afin de «régler les problèmes d'ambiguïté et de calcul erroné.»

Après s'être retirée du traité INF en août, la Maison-Blanche de Trump avance rapidement avec un plan de mille milliards de dollars pour étendre, «moderniser» et miniaturiser l'arsenal nucléaire américain, mettant ainsi les forces nucléaires américaines en état d'utilisation immédiate.

Ces mesures s'inscrivent dans le cadre des préparatifs américains de ce que le ministre de la défense Mark Esper a qualifié de «conflits de haute intensité contre des concurrents tels que la Russie et la Chine.»

Le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), signé il y a plus de 30 ans par le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, a interdit toute une catégorie d'armes qui avaient considérablement accru le risque d'un conflit nucléaire.

Les deux pays avaient convenu de mettre fin à l'utilisation et à la production de missiles balistiques et de missiles de croisière lancés au sol d'une portée de 500 à 5 500 kilomètres.

Le test de cette semaine n'est que le dernier de la ruée des États-Unis vers la mise au point d'armes qui violent le traité INF. Plus tôt cette année, les États-Unis ont tiré un missile de croisière Tomahawk modifié et lancé au sol au-delà des limites du traité INF. Tandis que les missiles de croisière parcourent la surface de la terre, volant comme un avion, les missiles balistiques sont tirés vers le haut en direction de l'espace puis tombent sur leur cible. La grande majorité de l'arsenal nucléaire mondial se compose de missiles balistiques.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a déclaré que le test a montré que les États-Unis avaient depuis longtemps prévu de violer le traité INF, alors même qu'ils cherchaient à imputer la violation du traité à Moscou. «Nous avons dit plus d'une fois que les États-Unis se préparaient à violer le Traité INF», a-t-il dit. «Cela confirme clairement que le traité a été ruiné à l'initiative des États-Unis.»

«L'objectif réel est de se libérer pour développer des missiles avancés et rechercher un avantage militaire unilatéral», a ajouté Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. «Les États-Unis souligne les prétendues violations russes et la menace chinoise de missiles. Ces astuces ne sont que des distractions maladroites.»

Esper a déclaré que les États-Unis étaient prêts à déployer rapidement de tels missiles. «Une fois que nous aurons mis au point des missiles à portée intermédiaire, nous travaillerons en étroite collaboration avec nos alliés en Europe, en Asie et ailleurs et nous consulterons étroitement nos alliés au sujet de tout déploiement possible», a-t-il déclaré à CNN.

«La Stratégie de défense nationale fournit une orientation très claire pour rétablir notre avantage concurrentiel dans la réémergence de la compétition entre les grandes puissances», a déclaré le Col Anthony Mastalir, commandant de la 30e Escadre aérienne du Commandement spatial de la Force aérienne, qui a effectué l'essai cette semaine. «Nous devons à notre nation d'évoluer rapidement et de développer notre capacité de défense», a-t-il déclaré.

Mastalir faisait référence au document de stratégie américain de 2018 qui déclarait que «la concurrence stratégique interétatique, et non le terrorisme, est maintenant la principale préoccupation de la sécurité nationale américaine», ciblant clairement la Russie et la Chine.

En plus de déchiqueter les restrictions sur la mise au point d'armes nucléaires, le dernier projet de loi sur l'autorisation de la défense nationale fait un pas de plus vers un conflit entre les États-Unis et la Russie, avec l'allocation de 300 millions de dollars d'aide nouvelle à l'Ukraine.
Parmi les nouvelles aides, il y a «une aide militaire supplémentaire de 50 millions de dollars en plus des 250 millions de dollars approuvés par le Congrès dans le cadre du NDAA de l'an dernier», a rapporté Defense One.

(Article paru en anglais le 14 décembre 2019)

 

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