L'élection de Boris Johnson et l'échec du corbynisme

Par comité de rédaction du WSWS
17 décembre 2019

La débâcle électorale subie par le Parti travailliste sous la direction de Jeremy Corbyn lors des élections générales de jeudi au Royaume-Uni est un autre exemple de la faillite politique de ce qui se fait passer pour des organisations de gauche.

Corbyn avait affaire à un gouvernement largement méprisé et divisé en lui-même, dont le chef est considéré comme moitié monstre et moitié bouffon, sur fond d’inégalités sociales record et d'un soutien croissant au socialisme.

Pourtant, Corbyn et le Parti travailliste ont non seulement été incapables de tirer parti de cette situation, mais ont subi une défaite électorale écrasante.

Il y aura une litanie d'explications frauduleuses pour la débâcle du Parti travailliste. La droite déclarera que la victoire de Johnson est la conséquence de la politique «d’extrême gauche» de Corbyn, la menace de mettre en œuvre une révolution socialiste, etc.

Pour quiconque connaît à minima le bilan du Parti travailliste et de la direction de Corbyn, cette allégation est absurde.

Les Corbynites proposeront leur propre série d'excuses toutes faites, qui tenteront de rejeter le blâme sur la classe ouvrière, qu'ils dénonceront pour avoir été insuffisamment éclairés pour voter pour Corbyn.

La classe moyenne internationale de gauche a accueilli le résultat avec une démonstration pathétique de démoralisation. «Je pleure, tu pleures», sanglota un titre dans Jacobin Magazine.

«Le combat même pour garder les choses les mêmes sera beaucoup plus difficile. Mais à titre de consolation, au moins maintenant nous avons plus de camarades avec qui pleurer.»

Ces gens pleurent pour eux-mêmes, pas pour les conséquences de leurs propres actions dans la promotion du Parti travailliste détesté et discrédité.

Le Royaume-Uni est désormais dirigé par un gouvernement conservateur d'extrême droite qui, sous Boris Johnson, s'est engagé à quitter l'Union européenne (UE) le 31 janvier afin d'achever la «révolution Thatcher».

Johnson s'orientera vers une guerre commerciale et militaire en alliance avec le gouvernement Trump au détriment des emplois, des salaires et des conditions de travail. Son programme est de détruire le Service national de santé (NHS), d’attiser le nationalisme, de mettre en œuvre des mesures anti-migrants et de mener une attaque frontale contre les droits démocratiques.

Parmi tous les mensonges et saletés crachés par les médias lors de cette élection, une chose qu'ils ont dite était vraie: Corbyn était largement impopulaire.

Il était impopulaire car, au cours des quatre années écoulées depuis qu'il a remporté la direction du Parti travailliste par une majorité écrasante, il a totalement trahi la confiance de ceux qui ont voté pour lui. Faible, irréfléchi, paresseux, peu disposé à démontrer une quelconque capacité à se battre, Corbyn personnifie la lâcheté et la capitulation.

Corbyn s'est opposé aux efforts visant à expulser la droite blairiste du parti, a autorisé un vote libre des députés travaillistes sur le bombardement de la Syrie, s'est engagé à développer l’arme nucléaire Trident des sous-marins, a soutenu les objectifs de dépenses de l'OTAN et a publié des déclarations qu'il envisagerait l’utilisation des armes nucléaires. Ses principaux partisans ont été chassés du parti sur la base de fausses accusations d'antisémitisme, sans que Corbyn ne lève le petit doigt pour les défendre.

Cependant, la personnalité de Corbyn était l'expression de sa politique en faillite. Toute sa carrière politique, centrée sur une alliance avec les staliniens du Morning Star, a consisté à prendre ses distances avec les plus grands crimes politiques du Parti travailliste, comme la guerre en Irak en 2003, sans jamais mettre en danger sa position de député parlementaire.

Ce qui est révélé dans la débâcle du Parti travailliste est un type de politique qui cherche à nier la nature révolutionnaire de la classe ouvrière.

Sous la direction de Corbyn, le Parti travailliste a fait une croix sur tout appel de classe, favorisant plutôt la promotion d'un programme basé sur la politique d'identité raciale, d’ethnicité, de nationalité, de genre et d'orientation sexuelle.

L'idéologue de la classe moyenne de gauche, Chantal Mouffe, a décrit Corbyn comme l'exemple potentiellement le plus réussi d'une nouvelle vague de «populisme de gauche», car il «se tient à la tête d'un grand parti et bénéficie du soutien des syndicats». L’issue dépendrait de son rejet de la «frontière politique de gauche traditionnelle [...] établie sur la base de classe.»

Ce que découvrent ceux qui se lamentent maintenant sur la défaite de Corbyn, est le fait que leurs propres illusions et leurs vœux pieux n'étaient pas partagés par la grande masse de la population, qui avait déjà pris la mesure de Corbyn.

La vérité tragique est que, si Corbyn avait remporté les élections, il se serait rendu au palais de Buckingham pour embrasser la main de la reine, puis aurait annoncé un cabinet ministériel dominé par la droite travailliste. Les personnages impliqués dans la participation à la guerre criminelle en Irak de Tony Blair, sinon Blair lui-même, auraient été choisis pour remplir les postes gouvernementaux.

La trahison de Corbyn aurait été encore plus abjecte que le gouvernement SYRIZA de la «gauche radicale» en Grèce, qui a fait du pays un vassal du FMI et de l'UE, une prison immonde pour les réfugiés et une quasi dictature policière.

Il n'y aurait pas eu la moindre indication de réforme sociale de la part du gouvernement de Corbyn. La seule différence aurait été que les nominations aux postes de responsabilités auraient été faites de manière à satisfaire divers critères ethniques, raciaux, de genre et sexuels conformément aux exigences de la politique d’identité.

La débâcle de Corbyn est la mise à nu non seulement du Parti travailliste, mais de toute la perspective de la «voie parlementaire vers le socialisme». Les grandes questions de guerre, de la pauvreté et des inégalités sociales ne seront pas résolues avec des campagnes électorales intelligemment menées.

La condition préalable pour résoudre tous les grands problèmes sociaux auxquels l'humanité est confrontée est une mobilisation massive de la classe ouvrière et l'intensification de la lutte des classes à l'échelle mondiale.

Seul un mouvement qui s'identifie à cette lutte, qui pourfend le misérable débat nationaliste sur le Brexit et qui se bat pour un programme d'unité prolétarienne internationale, pourra gagner la confiance de la classe ouvrière et la conduire dans la lutte pour le socialisme.

Telle est la perspective du Comité international de la Quatrième Internationale.

Déclaration du comité de rédaction du WSWS

(Article paru en anglais le 14 décembre 2019)

 

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