Il faut défendre les sept ouvriers licenciés de Silao!

Les travailleurs mexicains licenciés par GM publient une lettre ouverte aux travailleurs américains

Par Le WSWS Autoworker Newsletter
12 décembre 2019

Le WSWS Autoworker Newsletter (Bulletin du travailleur de l'automobile du WSWS) exhorte les travailleurs à soutenir les ouvriers de General Motors à l'usine de Silao, au Mexique, qui ont été licenciés pour avoir soutenu la grève de 40 jours des travailleurs de GM aux États-Unis en septembre et octobre.

Cervantes, Rosales, Gutierrez, Fernandes, Mosqueda, Perez, Ramírez

Dans les semaines qui ont précédé la grève, GM a cherché à augmenter la production du complexe de Silao, où 6 000 travailleurs fabriquent les véhicules les plus rentables de l'entreprise, les camionnettes Silverado et Sierra, pour 2,25 dollars de l'heure (2 euros). Mais les plans de GM pour briser la grève ont été perturbés lorsque les travailleurs de Silao ont refusé l'accélération des cadences et les heures supplémentaires forcées. Craignant que la résistance ne s'étende à d'autres usines GM au Mexique, les dirigeants d'entreprise de Detroit ont rapidement fermé l'usine de Silao.

Pour leur acte courageux de solidarité, GM et la Confédération des syndicats de travailleurs mexicains, gangstérisée, ont traqué les dirigeants de la rébellion et les ont renvoyés. Parmi les travailleurs victimes, plusieurs d'entre eux avaient plus de 20 ans d'ancienneté chez GM.

Après la grève, GM a refusé de réintégrer les licenciés. Exploitant les difficultés économiques auxquelles allaient être confrontés ces travailleurs sans emploi ou sans revenu, GM a fait pression sur plusieurs d'entre eux pour qu'ils acceptent des indemnités de départ « volontaires » au lieu de lutter contre leur licenciement. Les autres travailleurs ont été mis sur une liste noire par GM et les employeurs de la région ont refusé de les embaucher.

Les travailleurs de Silao ont mis en place un fonds de défense pour subvenir aux besoins de leurs familles et payer l'assistance juridique pendant qu'ils luttent pour récupérer leur emploi. Dans une lettre ouverte aux travailleurs américains, les travailleurs de Silao, qui ont appelé leur groupe le « Generando Movimiento », ont lancé un appel au soutien.

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Cervantes, Rosales, Gutierrez, Fernandes, Mosqueda, Perez, Ramírez

Voici leur déclaration :

Nous, le groupe de travailleurs licenciés du complexe de General Motors à Silao, qui avons uni nos efforts et soutenu fermement nos collègues dans la grève de General Motors aux États-Unis, poursuivons notre lutte contre l'employeur et nos dirigeants syndicaux, résistant à leurs pactes et leur alliance avec les autorités. Notre lutte n'est pas terminée et nous ne sommes pas prêts à reculer, c'est pourquoi nous demandons votre solidarité et votre soutien à notre fonds de défense. La situation économique nous frappe durement, et l'objectif principal pour lequel nous nous adressons à vous est de continuer à lutter pour notre réintégration et pour un mouvement démocratique des travailleurs de GM à Silao.

Les autorités du Travail au Mexique n'ont montré aucune volonté de répondre aux poursuites que nous avons intentées contre la société transnationale General Motors dans le complexe de Silao. Ces mêmes autorités ont des accords avec les commissions de conciliation et d'arbitrage pour faire obstruction à nos poursuites et nous barrer la route. C'est pourquoi nous vous demandons de soutenir notre mouvement ouvrier et notre lutte pour la subsistance des travailleurs licenciés du complexe de General Motors à Silao.
Nous vous remercions d'avance de votre solidarité et de votre compréhension.
Nous nous battons toujours!
Pour l'unité internationale des travailleurs de GM !
Pas un pas en arrière !
Signé,

Dolores Israel Cervantes Córdova
Pilar de la Luz Torres Rosales
Ramón Rodríguez Gutiérrez
Arturo Martínez Fernández
Javier Martínez Mosqueda
Mauricio Negrete Pérez
María Guadalupe Ibarra Ramírez
« Generando Movimiento »

***
Le syndicat américain de l'automobile (UAW – United Autoworkers) n'a rien dit au sujet des travailleurs mexicains de GM congédiés. C'est parce que les criminels corrompus qui dirigent l'UAW ont peur surtout que des travailleurs américains, canadiens et mexicains ne s'unissent pour lutter contre les attaques contre les emplois, les salaires et les conditions auxquelles sont confrontés tous les travailleurs de l'automobile. Pendant des années, l'UAW a dépeint les travailleurs mexicains comme étant au plus des esclaves industriels qui étaient censés voler des "emplois américains". Mais maintenant, il est clair que les travailleurs mexicains, tout comme leurs frères et sœurs américains, veulent s'unir et combattre les efforts des entreprises et des syndicats pour monter les travailleurs les uns contre les autres dans une course vers le bas.

Pendant 40 jours, les travailleurs de GM se sont battus sur les piquets de grève aux États-Unis. Loin d'unifier les travailleurs de GM avec Ford, Fiat Chrysler et d'autres travailleurs, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, l'UAW a délibérément isolé les travailleurs de GM, les laissant faire grève avec une indemnité de misère, puis les ont forcés à signer un contrat d’abandon des acquis qui fermera des usines, éjectera des milliers de travailleurs mieux payés et les remplacera par des temporaires qui, comme l'a dit un travailleur de Lordstown, « ne sont mieux traités que les travailleurs mexicains ».

Comme les travailleurs de Silao, des dizaines de travailleurs de GM dans les usines américaines ont également été licenciés pour « activité liée à la grève ». Il s'agit notamment de Juan Gonzales, 61 ans, un travailleur de Flint Assembly qui travaille depuis plus de 20 ans chez GM et qui a été licencié le premier jour après la grève, prétendument pour des déclarations qu'il aurait faites sur les réseaux sociaux. « Ils veulent forcer ces travailleurs à la pauvreté, tout comme nous, afin de nous faire taire », a déclaré Juan à l' Autoworker Newsletter. « Nous construisons tous les mêmes voitures pour les mêmes entreprises. Ces voitures ont des pièces qui proviennent du monde entier. Nous devons nous réunir et nous unir, quel que soit notre pays ».

Partout dans le monde, les travailleurs comprennent de plus en plus qu'il est impossible d'organiser une grève efficace, encore moins un mouvement social plus large contre les inégalités et l'exploitation capitaliste, sans collaborer au-delà des frontières nationales. Plus tôt cette année, 70 000 travailleurs de l'automobile et de l'électronique des ateliers de misère de Matamoros, au Mexique, se sont révoltés contre les syndicats corrompus, ont mené des grèves sauvages pour exiger des salaires plus élevés et des horaires de travail plus courts, et ont marché vers la frontière américaine pour appeler les travailleurs américains à se joindre à leur combat.

Les travailleurs mexicains ont défendu les travailleurs américains. Il est maintenant du devoir des travailleurs de l'automobile américains de défendre leurs courageux frères et sœurs de classe au Mexique. La lutte pour soutenir ces travailleurs et exiger leur réintégration ne fera que renforcer les travailleurs américains.

Maria Guadalupe Ibarra Ramírez

Cela signifie s'organiser indépendamment de l'UAW, qui n'est rien d'autre qu'un outil corrompu de gestion de l'entreprise, et construire des comités d'usine de la base, dirigés par les travailleurs les plus conscients et les plus militants, qui sont démocratiquement élus et responsables envers les travailleurs, et non envers les intérêts commerciaux des entreprises.

Pour combattre la stratégie mondiale des constructeurs automobiles, les travailleurs doivent rejeter le nationalisme de l'UAW, de Trump et des démocrates et adopter une stratégie internationale pour unifier les travailleurs de l'automobile dans le monde entier.

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Qui sont les sept ouvriers licenciés de Silao?

Dolores Israel Cervantes Córdova, 13 ans à l'usine, licenciée le 28 août 2019

Après avoir remporté plusieurs reconnaissances pour des travaux de réparation dans l'assemblage final, Cervantes, un opposant sans complaisance du syndicat contrôlé par l'entreprise, a été congédié après que GM eut faussement prétendu qu'il avait échoué à un test de dépistage de drogues. Il a payé de sa propre poche un test indépendant qui a prouvé qu'il n'avait pas de drogue dans son système. Par la suite, Cervantes a refusé de signer une indemnité de départ « volontaire » que la direction lui a dit de signer et a au contraire décidé de se battre pour sa réintégration. « J'ai trois enfants, Dulce María, 18 ans, qui essaie d'aller à l'université, Oscar Eduardo, 16 ans, qui est au lycée, et Alexandra Sugey, 4 ans, à la maternelle », a déclaré Cervantes au WSWS Autoworker Newsletter. « Je continue à payer ma maison par Infonavit [un emprunt de l'Etat], tout en aidant ma mère de 86 ans et mon père de 83 ans ».

Pilar de la Luz Torres Rosales, 8 ans à l'usine, cuite le 13 septembre 2019


Rosales, qui était active dans le mouvement militant Generando Movimiento, a été licenciée par GM après son retour d'un congé médical en raison d'une blessure à l'épaule qu'elle avait subie au travail. Dans une déclaration aux travailleurs américains peu après son licenciement, Rosales a dit: « Je me joins à vous dans votre grève, chers collègues de GM, pour lutter ensemble et en soutien les uns aux autres contre les licenciements injustifiés. Faisons cela par le biais d'une commission indépendante des travailleurs et non par le biais des mêmes syndicats ».

Grévistes devant l'usine de GM à Flint, Michigan

Ramón Rodríguez Gutiérrez, 23 ans à l'usine, licencié le 20 septembre 2019


Avant d'être licencié, Gutiérrez était un collègue d'Israël Cervantes dans le même secteur de travail et l'un des premiers participants du groupe ouvrier militant. « Deux personnes dépendent de mon revenu, ma femme et ma fille qui fait des études à Irapuato, où nous vivons », a déclaré Gutiérrez à l' Autoworker Newsletter .

Arturo Martínez Fernández, 23 ans à l'usine, licencié le 20 septembre 2019

Fernández faisait partie de ceux qui ont été licenciés sommairement le lendemain du jour où le groupe des travailleurs de Siloa a annoncé qu'il s'opposerait aux accélérations de cadences et aux heures supplémentaires forcées afin de soutenir la grève des travailleurs américains de GM. « J'ai travaillé dans les retouches finales, la peinture et le traitement final. Nous travaillions dans un atelier à l'arrière appelé la 'flotte' où nous repeignions les pièces, faisions les 'spots' et les retouches finales sur les imperfections. J'ai cinq personnes à charge: ma femme, un fils de 18 ans, une fille de 13 ans, un fils de 10 ans et une fille de 5 ans », a dit Fernández.

Javier Martínez Mosqueda, 24 ans à l'usine, licencié le 24 septembre 2019


Avant d'être licencié, Mosqueda travaillait dans la zone d'assemblage final et était chef d'équipe de sept ouvriers. Deux superviseurs ont commencé à le harceler pour s'être organisé avec d'autres travailleurs de Silao du groupe Generando Movimiento, l'obligeant à porter plainte. Plutôt que de régler son grief, la direction a rétrogradé Mosqueda et l'a envoyé dans un secteur de l'usine où la charge de travail était plus lourde. « Je n'avais pas le droit de me déplacer et était coincé dans un poste à une seule opération », a-t-il déclaré, ajoutant que l'objectif de la direction était de le forcer à démissionner. Incapable de le briser, la direction a congédié Mosqueda après quatre semaines et le syndicat a refusé de l'aider. Ce jour-là, Mosqueda a envoyé l'appel suivant aux travailleurs américains: « Aujourd'hui, je suis licencié, mais en solidarité avec vous et votre grève et mes collègues de GM dans le monde entier. Je suis convaincu que nous devons nous battre ensemble ». Depuis son licenciement, Mosqueda n'a pas été pu trouver un autre emploi parce qu'il a été mis sur liste noire.

Mauricio Negrete Pérez, 21 ans à l'usine, licencié le 1er octobre 2019

Après des années de discussions, Pérez et Israël Cervantes ont cofondé le groupe militant de la base en avril 2019 pour se libérer du syndicat contrôlé par la compagnie. Pérez a reçu plusieurs avertissements de la part de ses supérieurs après avoir refusé de faire des heures supplémentaires pendant la grève de GM aux Etats-Unis et a finalement été licencié. « Mes activités à l'usine consistaient à aider les gens de l'assemblage lorsqu'ils avaient des problèmes avec les machines », a-t-il dit au Bulletin des travailleurs de l'automobile du WSWS. « En tant que préposés à l'entretien, nous devions faire des interventions préventives n'importe quel jour de la semaine, même le dimanche et les jours fériés. Je suis de Salamanca, donc je me réveillais à 3 h 45 du matin et je rentrais chez moi à 19 h 30. J'ai deux enfants . L'un d'eux souffre d'un grave déficit cognitif. Ma femme et moi avons besoin de soins médicaux, mais nous y avons perdu droit quand j'ai été viré ».

María Guadalupe Ibarra Ramírez, 8 ans à l'usine, licenciée le 5 juin 2019

Membre du mouvement Generando Movimiento et critique véhémente de GM et du syndicat d'entreprise, Ramírez a été licenciée sans indemnisation pendant son congé de maladie pour une grave blessure au dos subie lorsqu'elle a ramassé une lourde boîte dans la zone des transmission. Ramírez a travaillé dans plusieurs secteurs du complexe de Silao, dont la carrosserie, l'assemblage général, la peinture, les machines et les transmissions. « Ils ont prétendu qu'il n'y avait pas de zone opérationnelle où je pouvais travailler et qu'ils ne pouvaient pas me déplacer puisqu'ils font des quarts de travail de 12 heures », a-t-elle dit au Bulletin. « Je suis chef de famille, responsable de deux enfants et de ma mère et je vends maintenant des bonbons pour couvrir une partie des dépenses quotidiennes ».

Le complexe GM de Silao

Les travailleurs de GM aux États-Unis s'expriment pour défendre les travailleurs mexicains persécutés

Au cours de la grève historique de 40 jours de GM, les travailleurs sur les piquets de grève de Flint, Detroit et de Ft.Wayne, en Indiana, ont exprimé leur soutien aux travailleurs licenciés de Silao. Un travailleur de l'automobile vétéran de Flint a dit: « Je crois que ce sont les travailleurs du monde entier qui devront s'unir contre les entreprises pour se protéger. Il ne s'agit plus plus seulement des travailleurs américains ou canadiens, c'est nous tous dans le même combat ».

Un travailleur de l'automobile de troisième génération de l'usine de Detroit-Hamtramck a déclaré: « Tous mes frères et sœurs du Mexique, nous luttons tous pour la même chose. Nous, travailleurs américains, nous nous battons pour vous qui avez été licenciés, pour récupérer vos emplois. Nous sommes solidaires avec vous ».

Une travailleuse de l'usine de Ft.Wayne, en Indiana, qui produit les mêmes camionnettes Silverado et Sierra que l'usine de Silao, a déclaré: « C'est génial que les travailleurs mexicains aient pris position avec nous. Nous ne faisons qu'un, c'est une seule entreprise et GM devrait traiter tout le monde sur un pied d'égalité, quel que soit le pays dans lequel nous travaillons. Les travailleurs mexicains essaient aussi de subvenir aux besoins de leur famille. Nous en avons marre d'être traités comme de la merde où que nous travaillions, aux États-Unis ou ailleurs. C'est injuste ». Quand on lui a demandé ce qu'elle dirait aux travailleurs de Silao, elle a répondu: « Continuez le bon combat. Nous sommes fiers de vous et vous remercions d'avoir pris position pour nous, et nous serons à vos côtés ».

(Article paru en anglais le 11 décembre 2019)

 

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