Un rapport démasque l’intervention du FBI dans les élections de 2016

Par Patrick Martin
11 décembre 2019

Le rapport publié lundi par l’inspecteur général du ministère de la Justice, Michael Horowitz, au sujet de l’enquête du FBI sur la campagne électorale de Trump de 2016, documente le rôle politique extraordinaire joué par cet organisme clé de la police et du renseignement pour influencer le résultat des élections de 2016.

Le rapport souligne la fraude de l’effort des démocrates pour destituer Trump sur la base du motif qu’il aurait sollicité une «intervention de l’étranger» dans les élections de 2020. La plus grande menace pour la démocratie américaine ne vient pas de la Russie ou d’une autre puissance étrangère, mais bien des opérations de l’appareil des agences de renseignement et militaire de l’État capitaliste, qui obéissent aux ordres de Wall Street et de l’aristocratie financière.

Le rapport montre que le conflit entre les démocrates soutenus par la CIA et le président fascisant Trump est un combat entre deux forces de droite, toutes deux implacablement attachées aux intérêts de l’impérialisme américain et toutes deux hostiles aux droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière.

Le directeur du FBI, Christopher Wray, s’est exprimé lors d’une entrevue avec l’Associated Press, le lundi 9 décembre 2019, à Washington. (Source: AP Photo/Jacquelyn Martin)

Le rapport Horowitz commence par la décision du FBI, le 31 juillet 2016, d’ouvrir une enquête préliminaire sur la relation entre la campagne Trump et le gouvernement russe.

Cette action a été déclenchée suite à la transmission d’informations au FBI par l’ambassadeur australien en Grande-Bretagne, qui avait rencontré un conseiller en politique étrangère de Trump, George Papadopoulos, à Londres. Papadopoulos se serait vanté que la Russie détenait un grand nombre de courriels préjudiciables du Parti démocrate et de la campagne Hillary Clinton et qu’elle allait bientôt les rendre publics.

L’essentiel de la couverture médiatique du rapport Horowitz ne va pas plus loin: sa conclusion que le FBI a procédé correctement, selon ses propres règles et règlements, à l’ouverture de l’enquête et que l’hostilité politique envers Trump et les républicains n’a joué aucun rôle dans cette décision.

Mais le contexte dans lequel cette décision a été prise et les actions subséquentes de l’opération du FBI, connue sous le nom de code Hurricane Crossfire, au cours des trois mois suivants, est beaucoup plus important.

Tout au long de la période allant de juillet à octobre 2016, les derniers mois cruciaux de la campagne électorale, le FBI est devenu le point central des conflits politiques au sein de l’élite dirigeante américaine et l’arbitre dans les faits dans la lutte entre Clinton et Trump, les deux personnalités les plus impopulaires jamais présentées comme candidats majeurs à la présidence.

L’intervention ouverte du FBI a commencé le 5 juillet 2016, lorsque le directeur du FBI, James Comey, a tenu la conférence de presse au cours de laquelle il a publiquement innocenté Hillary Clinton pour avoir utilisé un serveur de courriel privé alors qu’elle était secrétaire d’État, tout en qualifiant sa conduite de négligence injustifiable.

Le 31 juillet, le FBI a ouvert l’enquête Hurricane Crossfire, suivie le 10 août d’enquêtes individuelles sur Papadopoulos, Carter Page, qui est un autre assistant en politique étrangère de Trump, et Paul Manafort, le président de la campagne. Le 16 août, le général Michael Flynn, chef à la retraite de la Defense Intelligence Agency (l’agence de renseignement militaire des États-Unis) et principal conseiller de Trump pour la sécurité nationale, a été ajouté à la liste.

La décision extraordinaire d’ouvrir des enquêtes sur les principaux collaborateurs de Trump a été approuvée par l’ensemble de la direction du FBI, y compris Comey, le directeur adjoint Andrew McCabe et l’avocat général James Baker.

Parallèlement, une partie de l’establishment de la sécurité nationale s’est opposée publiquement à Trump, lorsque 50 anciens hauts fonctionnaires, républicains et démocrates, ont publié une lettre ouverte le 8 août dénonçant Trump et soutenant Clinton.

Le 18 août, après que la presse eut révélé son rôle de conseiller hautement rémunéré de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch – renversé en 2014 lors d’un coup d’État soutenu par les États-Unis – Paul Manafort a démissionné de son poste de président de la campagne Trump pour être remplacé par Stephen Bannon, un politicien ouvertement fasciste.

Le 19 septembre, le FBI a reçu le dossier Steele, une compilation d’accusations non vérifiées et salaces contre Trump, portant sur des activités présumées à Moscou. Ces documents ont servi de base pour demander à la Foreign Intelligence Surveillance Court (FISA) – la Cour de surveillance du renseignement étranger – l’autorisation d’effectuer une écoute électronique contre Carter Page, qui a fait l’objet d’une surveillance étroite pendant près d’un an après avait quitté la campagne Trump. La Cour de la FISA a émis l’autorisation d’écoute électronique le 21 octobre 2016.

Horowitz a relevé pas moins de sept «inexactitudes» dans la demande du FBI de mener une écoute électronique contre Page, et 10 «erreurs» supplémentaires dans les trois demandes subséquentes pour prolonger l’écoute électronique à coup de trois mois à la fois. Il y a notamment des questions et des contradictions sérieuses dans le dossier Steele que le FBI a caché à la Cour de la FISA, notamment le fait que le dossier était financé par le Parti démocrate et, surtout, que Page était à l’emploi de la CIA lorsqu’il a rencontré des agents de renseignement russes pendant une période de dix ans.

En octobre 2016, il y a eu une véritable explosion de conflits entre diverses factions au sein du FBI.

Des agents pro-républicains et pro-Trump, qui auraient prédominé dans les rangs et à la tête du puissant bureau de New York, ont fourni à la presse des documents anti-Clinton, en particulier après la découverte, le 3 octobre, d’un ordinateur portable appartenant à Anthony Weiner, ancien membre du Congrès, mais utilisé par Huma Abedin, assistante proche de Clinton alors mariée à Weiner.

Le 28 octobre 2016, Comey a envoyé sa lettre sans précédent aux principaux républicains et démocrates siégeant dans les comités de la Chambre des représentants et du Sénat, avec l’autorisation de la sécurité nationale, annonçant qu’il rouvrait l’enquête sur les courriels de Clinton parce que des milliers de courriels de celle-ci avaient été trouvés sur l’ordinateur de Weiner. Cette lettre, qui a immédiatement fait l’objet d’une fuite dans la presse, a déclenché une tempête politique qui a sans aucun doute contribué, dans une lutte serrée, à la défaite électorale de Clinton dix jours plus tard.

Le World Socialist Web Site a écrit à l’époque :

Cette intervention directe de la plus haute agence de renseignement policier dans les élections ne peut être que l’expression d’une crise profonde et de tensions profondes au sein de la classe dirigeante des États-Unis et de son appareil d’État. Les élections dans leur ensemble ont été dominées par la montée de la colère sociale et du sentiment anti-establishment. Mais elles se sont terminées par une lutte entre deux représentants de droite défenseur des intérêts du 1 % le plus riche et détestés par d’énormes pans de l’électorat.

La réaction du président Trump et de ses opposants politiques au sein du Parti démocrate face au rapport Horowitz s’est divisée selon des lignes prévisibles. Les démocrates ont salué le rapport comme une réfutation des allégations de partialité politique du FBI, tandis que les principaux collaborateurs de Trump, dont le procureur général William Barr, l’ont dénoncé.

Nulle part dans la couverture médiatique ou dans les déclarations des factions belligérantes au sein de l’élite au pouvoir, il n’est question de l’importance du rôle du FBI dans la campagne de 2016 et de l’intervention continue de l’appareil de sécurité nationale dans la crise politique actuelle de destitution et dans la campagne électorale de 2020.

Il convient de souligner que le rapport Horowitz démontre à quel point il est facile pour le FBI d’ouvrir une enquête sur la base de la moindre «base factuelle pouvant être articulée» et que les lignes directrices du FBI et du ministère de la Justice n’exigent pas de normes strictes en présence d’«allégations pouvant avoir une incidence sur des activités protégées par la Constitution, comme les droits du premier amendement».

Autrement dit, le FBI fait la loi en soi, et mène ses opérations comme bon lui semble, peu importe les élections et les droits démocratiques. Si telle est la règle pour une personnalité aussi importante et riche que Trump, on ne peut qu’imaginer quelle est la norme pour quiconque provient de la classe ouvrière ou les organisations sociales et politiques qui s’opposent au système capitaliste.

(Article paru en anglais le 10 décembre 2019)

 

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