Un enregistrement de 2016 montre Ruffin et LFI en collusion avec le candidat présidentiel Emmanuel Macron

Par Francis Dubois
10 décembre 2019

L’enregistrement d’un dialogue datant du 12 septembre 2016 entre l’actuel député d’Amiens et dirigeant en vue de LFI, François Ruffin et l’ex-candidat présidentiel et actuel président Emmanuel Macron, publié par le Figaro la semaine dernière, démasque le caractère anti-ouvrier de ce parti de pseudo gauche. Elle démontre la nécessité pour les travailleurs d’organiser leurs luttes politiques indépendamment et l’organisation de Jean-Luc Mélenchon.

Le dialogue se passe au QG de Macron à la Tour Montparnasse à Paris. On y entend Ruffin, avec une équipe de son magazine Fakir et de délégués syndicaux de l’usine Ecopla en liquidation, proposer à Macron une comédie cynique mettant en scène un Ruffin, champion des travailleurs, demandant des comptes à un Macron candidat reconnaissant ses «erreurs». L’initiative de l’entrevue revient à Ruffin.

Ruffin: «Moi, je pense que si on réfléchit stratégie, il faut que vous soyez vivement interpellé, et publiquement, par les salariés d’Ecopla, ça fera un épisode. Et ensuite, que vous y répondiez en disant: ‘Moi je suis prêt à aller me déplacer sur place, ben ça fait un deuxième épisode’.»

Macron: «Ok. Ok (...) Un: on échange sur le dossier. Deux: on vous tient au courant des avancées. Trois: vous, vous m’interpellez publiquement. Quatre: dans la foulée, on cale ensemble une date de déplacement. Le 5 octobre, ou courant fin septembre, et on voit comment on la communique ensemble.»

Ruffin conclut en disant: «Et je pense qu’on sort d’ici en n’étant pas contents», ce à quoi Macron acquiesce.

Ecopla, une usine de l’Isère avec près de 80 salariés était alors en liquidation. Une partie des salariés, portés par la CGT et le PCF stalinien, puis LFI, faisait le tour des candidats à la présidentielle de 2017 à la recherche de soutien pour reprendre la production en coopérative. Ruffin qui se savait déjà candidat de LFI aux législatives à Amiens avait pris la tête de cette campagne et se médiatisait avec elle.

Macron venait de quitter le ministère de l’Économie du président PS François Hollande et de créer sa troupe électorale d’En Marche pour sa campagne présidentielle. Son ministère avait reçu l’actionnaire d’Ecopla, qui engrangeait les aides d’État, sans rien faire pour arrêter la liquidation.

Le soir même du 12 septembre une «confrontation» entre Ruffin et les Ecopla et Macron est donc mise en scène en présence des médias, devant un restaurant rue Montmartre où Macron se tenait avec des jeunes d’En Marche. Macron peut alors «reconnaître des erreurs» et surtout se laver des saletés politiques collant encore à son personnage, et impressionner les médias par son calme devant l’agitation des Ecopla et de Ruffin. Une jeune «claque» crie alors « Macron président ! ».

Macron peut ensuite, fin septembre, aller tranquillement visiter les salariés de l’usine liquidée et s’y montrer intéressé et écouté des travailleurs.

Le 5 octobre, le tribunal de commerce de Grenoble décidait la fin de l’usine. Quelques mois plus tard le projet de coopérative était abandonné, les ouvriers licenciés. Macron a par deux fois réédité la manœuvre en 2017 avec des visites à l’usine délocalisée Whirlpool d'Amiens, dont une en avril. En mai, il était élu président. En juin, Ruffin était élu député LFI d’Amiens.

Ruffin s’est offusqué des commentaires sur sa fraude politique et a demandé qu’on «ne mette pas en cause sa sincérité». De qui se moque-t-il? C’est sa propre collusion derrière le dos des électeurs avec Macron, un président haï de l’écrasante majorité des travailleurs en France, qui met en cause sa sincérité politique.

Quant à Mélenchon et à la direction de LFI, leur silence sur cette affaire est assourdissant. Ils étaient au courant et directement trempés dans la manœuvre, car dans la délégation de Ruffin à Montparnasse, il y avait Eric Coquerel, un des principaux leaders de LFI.

Ceci souligne que LFI est complicite dans les attaques massives subies par les travailleurs depuis trois ans sous Macron.

Son escroquerie politique a non seulement permis à Macron de lancer sa campagne électorale sur l’industrie et sa charlatanerie du politicien «honnête» et «dynamique», soucieux du bien du peuple. Elle a aidé à faire passer la fraude du Macron alternative à Le Pen, et désarmé politiquement les travailleurs devant le danger de sa casse sociale et démocratique tous azimuts. En mai 2017, Ruffin a explicitement appelé à voter Macron.

Ruffin a proposé son subterfuge à Macron parce que lui et LFI étaient essentiellement d’accord avec sa politique. En 2016, Mélenchon et LFI encensaient leur allié politique grec Syriza, qui avait déjà trahi toutes ses promesses électorales de 2015, et en coalition avec un parti d’extrême-droite, engagé une destruction massive du niveau de vie et des droits sociaux de la classe ouvrière grecque pour imposer l’austérité brutale exigée par l’UE, Hollande et Macron. Les revenus des retraités avaient été réduits d’un tiers, et la moitié des travailleurs de moins de 25 ans étaient au chômage.

Syriza avait déclenché une répression sans précédent contre l’opposition des ouvriers, jusqu’à éliminer le droit de grève en 2018.

L’enregistrement publié par le Figaro ne fait que confirmer le caractère droitier et nationaliste fondamentalement hostile à la classe ouvrière de LFI et de son soi-disant «populisme de gauche» anti-marxiste et anti-ouvrier.

LFI fut depuis le début un mouvement représentant la petite bourgeoisie argentée ayant Syriza en Grèce et Podemos en Espagne comme modèles, et construit sur la base explicite des théories anti-marxistes et anti-classe ouvrière de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, comme un parti populiste pro-capitaliste. Il a une bonne partie de sa base sociale dans la police et l’appareil d’État. Depuis sa formation, il s’est constamment dirigé à droite.

Entre les deux tours de la présidentielle et après l’élection de Macron, Mélenchon a proposé de devenir son premier ministre pour guider Macron dans la mise en œuvre de sa politique. «Il faut montrer qu’il faut que ce jeune homme soit tempéré dans ses folies par la main avisée d’un sage qui connaît de quel côté est le bonheur du peuple», avait-il déclaré.

Malgré l‘opposition de la majorité de ses électeurs au chantage d’un vote Macron pour barrer la route à Le Pen, Mélenchon a refusé de s’opposer au consensus médiatique en faveur de Macron entre les deux tours de la présidentielle de 2017. Seul le Parti de l’égalité socialiste (PES), la section française du Comité international de la IVe Internationale (CIQI), s’est opposé à la fois à Macron et à Le Pen pendant l’élection présidentielle.

Sous Macron, Mélenchon a mené une politique qui ne contredit en rien la politique réactionnaire menée par Syriza en Grèce. Il a applaudi l‘armée et le réarmement, nié la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’d’Hiv, couvert le sabotage des luttes par les bureaucraties syndicales, défendu les CRS dans l’affaire Benalla, et exigé pour son parti le droit d’être islamophobe.

Face à la mobilisation de masse et les grèves de la classe ouvrière le 5 décembre, Mélenchon évolue très ouvertement à droite. Le 5 juillet à Marseille, il a félicité Marine Le Pen, la dirigeante néo fasciste, le principal parti parmi les forces de l’ordre mobilisées par Macron contre les grévistes, souhaitant la bienvenue à ses troupes. Il qualifia la permission de Le Pen à ses membres d’aller aux manifestations de «grand progrès».

«Elle est en train de faire un progrès en quelque sorte en direction de l'humanisme, je ne vais quand même pas me plaindre de ça» dit-il, ajoutant que les «adhérents du RN [étaient] les bienvenus».

C’est un avertissement qu’arrivés au pouvoir, Mélenchon et Ruffin appliqueraient le même type de politique anti-ouvrière et répressive que Macron ou l’extrême-droite. Contre la pseudo gauche et leurs alliés syndicaux, qui collaborent avec l’oligarchie représentée par Macron, les travailleurs doivent créer leurs propres organes de lutte économique et politique, des comités d’action indépendants des syndicats, visant à faire chuter Macron. Cette lutte nécessitera une opposition principielle aux forces de pseudo-gauche qui travaillent cyniquement avec Macron.

 

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