Plus de 40 travailleurs tués dans l'incendie d'une usine en Inde

Par Wasantha Rupasinghe
10 décembre 2019

Au moins 43 travailleurs ont été tués dans un énorme incendie dans une usine de quatre étages à New Delhi, tôt dimanche matin dernier. Plus de 50 travailleurs ont été blessés dans l'incendie, dont certains sont dans un état critique. Il s'agit du deuxième incendie le plus meurtrier de l'histoire de la capitale.

Selon les informations, environ 200 personnes dormaient sur place au moment où le feu s'est déclaré à environ 5 heures du matin. Les personnes secourues ont été transportées en pousse-pousse ou en taxi à trois roues vers les hôpitaux RML, LNJP et Hindu Rao, selon des responsables des pompiers. Toutes les victimes étaient des travailleurs pauvres migrants des États du Bihar et d'Uttar Pradesh, dans le nord de l'Inde. Le plus jeune avait 13 ans et le plus âgé 51.

Les médecins ont confirmé que l'inhalation de fumée était la principale cause de décès. Certains corps ont été carbonisés au point d’être méconnaissables.

Environ 150 pompiers ont lutté pendant cinq heures dans une ruelle étroite pour éteindre l'incendie et l'empêcher d'engloutir d'autres bâtiments de cette zone d'habitat très dense. Deux pompiers ont été blessés. Les reportages des médias décrivent des « scènes chaotiques » alors que les proches des victimes, affligés par le chagrin et choqués, se sont précipités sur le site pour rechercher leurs proches.

Un camion de pompiers se tient près du site de l'incendie dans une ruelle, emmêlé dans des câbles électrique, dans un accès étant trop étroit pour les véhicules. La scène se déroule à New Delhi, en Inde, le dimanche 8 décembre 2019. Des dizaines de personnes sont mortes dimanche dans un incendie dévastateur, dans un immeuble d' une zone de marché de céréales bondée dans le centre de New Delhi, a annoncé la police. (AP Photo / Manish Swarup)

Manoj, 23 ans, dont le frère travaillait dans une unité de fabrication de sacs à main installée dans les locaux, a déclaré à l'Indian Express : « J'ai reçu un appel de son ami disant qu'il avait été blessé dans l'incident. Je n'ai aucune idée vers quel hôpital il a été transporté. »

Le Times of India arapporté que Mohamed Mahbub, 13 ans, avait été déclaré mort à son arrivée à l'hôpital LHMC. Aucune trace n'a pu être retrouvée de son frère de 14 ans qui travaillait également à l'usine.

Dans état désespéré, Wajid Ali de Samastipur a déclaré au Times : « Mon cousin Mohammed Atamul, a environ 18 ans, j'ai vu son corps. Et mes deux frères - Sajid (23 ans) et Wazir (17 ans) sont introuvables. »

Chaque étage du bâtiment, qui était situé à Anaj Madi sur Rani Jhansi Road, comptait quatre à cinq pièces et contenait une série d'unités de fabrication illégales. Le rez-de-chaussée faisait des jouets en plastique; le premier étage était consacré à la fabrication de carton; le deuxième étage avait un atelier de confection; et le troisième étage produisait des vestes et avait également des installations d'impression manuelle des tissus.

Selon les responsables des pompiers, les enquêtes préliminaires suggèrent que l'incendie du matin pourrait avoir été déclenché par un court-circuit électrique.

Le directeur des services d'incendie de Delhi, Atul Garg, a déclaré à l' Indian Express que le bâtiment était ancien et ne possédait pas de certification de sécurité incendie ni d'équipement de sécurité incendie. Les pompiers ont dû couper des grilles de fenêtre pour accéder au bâtiment.

Garg a déclaré qu'environ 60 personnes, pour la plupart des ouvriers intérimaires et des ouvriers d'usine, dormaient dans le bâtiment au début de l'incendie. Il a indiqué que quatre unités de lutte contre les incendies avaient été envoyées en urgence sur le site, puis 30 autres, mais qu'une seule unité avait pu pénétrer dans la ruelle encombrée.

Plus de détails sur la catastrophe ont été connus dimanche soir après que l'équipe nationale de réponse aux catastrophes (NDRF) ait pénétré dans le bâtiment et découvert des niveaux élevés de fumées à forte teneur en monoxyde de carbone toxique.

Le commandant adjoint de la NDRF, Aditya Pratap Singh, a déclaré au Press Trust of India que le troisième et le quatrième étage du bâtiment avaient été « engloutis par la fumée » et que la plupart des travailleurs des unités de fabrication illégales étaient morts de suffocation. « Il y avait une pièce, où la plupart des travailleurs dormaient, qui n'avait qu'une seule ouverture pour la ventilation », a déclaré Singh.

Dimanche, la police a arrêté le propriétaire du bâtiment Rehan et son gérant Furkan. Ils ont été inculpés en vertu des articles 304 (homicide volontaire ne constituant pas un meurtre) et 285 (conduite négligente à l’égard des incendies ou des matières combustibles) du Code pénal indien.

Le ministre en chef de Delhi, Arvind Kejriwal, s'est précipité vers le bâtiment dévasté et a déclaré que « les coupables ne seront pas épargnés ». Il a ordonné une enquête ministérielle sur la catastrophe, et dans une tentative désespérée d’apaiser la colère de masse, a annoncé une compensation d’un million de roupies (12 644 euros) aux familles des défunts et de 100 000 roupies à chaque famille des blessés.

Le Premier ministre Narendra Modi a offert 100 000 roupies d'indemnisation au plus proche parent des personnes tuées et 50 000 roupies pour les blessés graves. Modi a publié un message pour la forme sur Twitter décrivant l'incendie comme « particulièrement horrible » et en déclarant que « ses pensées vont à ceux qui ont perdu des êtres chers ».

Ces déclarations hypocrites et la maigre compensation sont une tentative désespérée des dirigeants des collectivités de Delhi pour détourner l'attention de leur responsabilité politique dans la tragédie. Les responsables des collectivités et des gouvernements locaux ont également tenté de se rejeter la faute.

Sanja Singh, une députée du parti au pouvoir Aam Aadmi (AAP) de Delhi, a interrogé la municipalité de Delhi, dirigée par le parti Bharatiya Janata (BJP) de Modi. Singh a demandé pourquoi le conseil municipal n'avait pas fermé l'usine alors qu'il savait qu'elle fonctionnait illégalement et n'avait pas l’habilitation de protection contre les incendies.

Le président du comité du Congrès de Delhi, Shubash Chopra, a dénoncé l'AAP et le BJP, déclarant qu '« ils sont responsables à part égale ». La déclaration de Chopra est une tentative éhontée de détourner la responsabilité du Congrès, qui détient le pouvoir depuis des décennies.

L'ensemble de l'establishment politique et la classe capitaliste indienne, qui ont créé les conditions d'ateliers de misère qui ont provoqué cet incendie, sont directement responsables de cela et de nombreuses catastrophes similaires dans toute l'Inde. Cette dernière tragédie s'est produite alors que le gouvernement Modi intensifie ses efforts pour stimuler la « confiance des investisseurs » en abolissant les protections du droit du travail, limitées mais durement gagnées en Inde.

En dépit des efforts pour désigner les coupables et les déclarations de « préoccupation », les conséquences de l'incendie de dimanche ne verront aucun changement dans les conditions dangereuses et l'exploitation brutale de la classe ouvrière indienne. Les incendies et autres catastrophes entièrement évitables se poursuivront.

La liste des incendies mortels à Delhi au cours des deux dernières décennies comprend :

* En 1997, 59 personnes ont été tuées dans un incendie au cinéma Uphaar à New Delhi.

* En août 2009 : des dizaines de patients ont été évacués après qu'un incendie s'est déclaré près des urgences de l’hôpital AIIMS de Delhi. Bien qu'aucune victime n'ait été signalée, l'incendie a gravement endommagé la structure. L'unité de virologie du service de la microbiologie au deuxième étage de l’immeuble d'enseignement a été complètement détruite.

* En novembre 2018: quatre personnes ont été tuées et une personne blessée après qu'un incendie s'est déclaré dans une usine du centre de Karol Bagh, dans le centre de Delhi.

* En février 2019: au moins 17 personnes ont été tuées et 35 autres blessées par le feu à l'hôtel Arpit Palace dans le quartier de Karol Bagh à Delhi.

(Article paru en anglais le 9 décembre 2019)

 

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