Les médias américains intensifient leur campagne contre la Chine au sujet des «droits de l’homme» ouïghours

Par Peter Symonds
29 novembre 2019

La propagande dirigée contre la Chine émanant des États-Unis et de ses alliés s’est intensifiée avec la publication de documents chinois divulgués par le New York Times et le Consortium international des journalistes d’investigation sur les mesures oppressives utilisées contre la minorité ouïghoure musulmane dans la province occidentale du Xinjiang.

Les médias et les politiciens américains profitent de la publication de ces documents afin de dénigrer le régime du Parti communiste chinois (PCC) et pour demander à Washington d’imposer des mesures punitives à Pékin. Mercredi, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré qu’il y avait des preuves «écrasantes» que le PCC «commettait des violations des droits de l’homme et des abus contre des personnes en détention de masse».

Le New York Times a publié plusieurs commentaires qui dénoncent le régime chinois. Il l’a fait à la suite de son article du 16 novembre qui détaille certains aspects des 24 documents qu’il a obtenus. Ces documents contiennent quelque 200 pages de discours internes du président chinois Xi Jinping et d’autres dirigeants.

Un éditorial du 18 novembre intitulé «Ce n’est pas de la fiction dystopique: c’est la Chine», a déclaré que les documents faisaient écho à «1984» et à «Brave New World» et qualifiaient les camps de «rééducation» chinois du «lavage de cerveau totalitaire des temps modernes». Un autre commentaire paru le même jour, «Les secrets du Xinjiang de Pékin», critiquait l’Occident pour être «en grande partie silencieux». Il déclarait après qu’il n’y avait «aucune excuse pour les dirigeants occidentaux, la Banque mondiale ou les Nations Unies» de rester silencieux.

Tout cela selon un scénario élaboré par la CIA et le département d’État américain, les médias cherchant à faire de la surenchère dans leurs terribles dénonciations de la Chine. Un commentaire particulièrement dégoûtant publié le 3 novembre dans le Washington Post s’intitulait «En Chine, chaque jour est la Nuit de Cristal». L’article a comparé de façon provocante l’oppression culturelle l’internement des Ouïghours ethniques par la Chine au génocide nazi des Juifs, soit l’assassinat de millions de personnes dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le World Socialist Web Site ne défend pas le régime du PCC à Pékin et ne lui accorde aucun soutien politique. Au fur et à mesure qu’elle a mis en œuvre la restauration capitaliste à partir de 1978, la direction du PCC s’est de plus en plus appuyée sur le coup de fouet du nationalisme chinois afin de tenter de cimenter sa base sociale fragile. Son recours au grand chauvinisme Han a aliéné les minorités ethniques non seulement dans la région de Xinjiang, mais aussi au Tibet et dans d’autres régions. Ce processus n’a fait que s’aggraver, l’État réprimant de manière autoritaire les sentiments séparatistes et les actes terroristes.

Pékin essaie de présenter ses centres de détention du Xinjiang comme des centres de «rééducation» et de dire que les documents qui ont fait l’objet de fuites étaient des faux. De telles tentatives de Pékin ne sont tout simplement pas crédibles. D’autre part, la manière dont l’impérialisme américain et ses alliés exploitent cyniquement l’oppression des Ouïghours à leurs propres fins réactionnaires est exprimée dans les affirmations exagérées sur les documents.

Dans la mesure où ils ont été traduits et publiés en anglais, nulle part dans ces deux lots de documents, on ne trouve un élément qui étaye l’affirmation selon laquelle au moins un million d’Ouïghours sont détenus dans des «camps de rééducation» chinois. Mais cette affirmation est répétée sans fin dans les médias occidentaux. Le chiffre a le caractère d’un grand mensonge, recyclé à l’infini, mais non justifié, si ce n’est sur la base d’«estimations» faites par divers «experts».

Le New York Times a ouvert ses pages à l’un de ces soi-disant «experts» le 24 novembre. Il s’agissait de Adrian Zenz. Il a ajouté sa voix aux affirmations sensationnelles sur les «gigaoctets de fichiers, les tas de rapports, les milliers de feuilles de calcul» censés démontrer l’internement de masse au Xinjiang. Il affirme avoir obtenu sa propre «masse de dossiers du gouvernement» – qu’on n’a pas encore rendus publics – sur lesquels il fonde sa propre estimation révisée de 900.000 à 1,8 million de personnes détenues depuis 2017.

Il y a toutes les raisons d’être prudent avant d’accepter de telles «estimations». Zenz est un universitaire allemand associé à un réseau de groupes de réflexion et de publications de droite liés à des organisations ouïghoures en exil. Parmi eux il y a le Congrès mondial ouïghour et l’American Uyghur Association (l’Association américaine des ouïghours). Ces deux organismes sont financés par le «National Endowment for Democracy» (NED), un prête-nom de la CIA. Il est chargé de cours à l’École européenne de culture et de théologie en Allemagne et chargé de cours à la «Victims of Communism Memorial Foundation» (La fondation du mémorial aux victimes de communisme) à Washington. Il a une tribune dans des médias tels que Radio Free Asia (le média de propagande du département d’État américain). Il est publié dans la revue Bitter Winter, éditée par le «Center for Studies in New Religions» basé en Italie.

Les documents publiés dimanche dernier par le Consortium international des journalistes d’investigation semblent donner un aperçu du régime oppressif qui règne dans les centres de détention chinois du Xinjiang. Mais ces documents ne sont en aucun cas exhaustifs. Il s’agit notamment d’un télégramme de neuf pages des responsables chinois de la sécurité concernant le fonctionnement des centres. Cette missive souligne la nécessité de prévenir les évasions et de gérer tous les aspects de la vie des détenus. Il y a aussi quatre brefs exposés de renseignements sur la surveillance de masse des Ouïghours présumés. Enfin, on retrouve un document judiciaire public qui concerne le procès et la condamnation d’un Ouïghour pour incitation à «la haine ethnique» et aux «pensées extrêmes».

Le «dépôt secret» de documents dont parle le New York Times est d’une nature différente et est axé sur la discussion interne du PCC qui met en lumière la genèse du programme de surveillance et de «rééducation» dans le contexte de l’intensification des attaques violentes des extrémistes ouïghours. Le Président Xi s’est rendu au Xinjiang en avril 2014 à la suite d’une attaque particulièrement sanglante contre des voyageurs et des employés de la gare de Kunming dans le sud de la Chine. Huit agresseurs armés de couteaux et de couperets ont tué 29 personnes et en ont blessé plus de 130 autres. Au milieu de l’indignation de l’opinion publique, Xi a appelé à une «lutte contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme», déclarant que les fonctionnaires doivent être durs et «ne montrer absolument aucune pitié».

Le comité éditorial du New York Times se dit «surpris» que Xi «fasse référence aux exemples occidentaux pour se justifier» et exhorte les responsables chinois à étudier comment les États-Unis ont réagi aux attaques terroristes du 11 septembre. En réalité, Xi confirme simplement que la «guerre contre le terrorisme» américaine est devenue le modèle des régimes autocratiques dans le monde. L’administration Bush a profité des attentats de 2001 non seulement pour justifier ses invasions illégales en Afghanistan et en Irak, mais aussi pour développer ses propres centres de détention et de torture dans les deux pays. Elle a également établi l’horrible camp de Guantanamo Bay où des combattants dits ennemis ont été détenus indéfiniment et sans inculpation.

Les activités criminelles de l’impérialisme américain soulignent l’hypocrisie de sa dernière campagne de «droits de l’homme» contre la Chine. Non seulement le camp de prisonniers de Guantanamo Bay est toujours en activité, mais les États-Unis gèrent un réseau de plus de 200 centres de détention pour immigrants et réfugiés dont le seul «crime» est de chercher une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. En 2018, plus de 40.000 personnes étaient détenues quotidiennement aux États-Unis et près de 400.000 personnes l’ont été au cours de l’année. Au moins 166 personnes sont mortes en détention de 2003 à 2016.

Washington a une longue histoire de campagnes de «droits de l’homme» pour justifier des opérations de changement de régime. En même temps, Washington lance des provocations militaires et des guerres, tout en commettant ses propres abus flagrants et en ignorant ceux de ses principaux alliés. En effet, lorsque l’administration Bush a eu besoin du soutien de la Chine pour ses guerres en Afghanistan et en Irak, elle a fermé les yeux sur la «guerre contre le terrorisme» menée par Pékin au Xinjiang. Alors que l’administration Trump intensifie sa guerre commerciale et militaire en Asie contre la Chine, elle intensifie sa campagne de propagande contre l’oppression des Ouïghours qui vise à affaiblir et, à terme, à morceler la Chine.

L’importance accordée au Xinjiang n’est pas accidentelle. Non seulement la province de l’ouest est riche en ressources et stratégiquement positionnée, mais elle se trouve également au centre de l’initiative de la nouvelle route de la soie préconisée par le président Xi. C’est un vaste plan d’infrastructure qui vise à relier la masse continentale eurasienne à l’Afrique et au Moyen-Orient et à saper les efforts américains pour encercler la Chine. En attisant l’indignation internationale et en encourageant, voire en fomentant, l’opposition et les troubles au Xinjiang, les États-Unis estiment qu’ils peuvent perturber les plans de Pékin.

La CIA et le département d’État américain entretiennent des liens étroits et de longue date avec la diaspora ouïghoure en Europe et aux États-Unis à travers des organisations telles que le Congrès mondial ouïghour et l’Association ouïghoure américaine. Ces dernières années, ils ont établi de nouveaux liens avec des ouïghours extrémistes qui combattent au Moyen-Orient. La CIA et l’armée américaine se sont appuyées sur des combattants liés à Al-Qaïda dans la sale guerre en Syrie. Cette guerre visait officiellement l’État islamique, mais, en réalité, elle visait principalement à renverser le régime Assad soutenu par la Russie et l’Iran.

Selon une note d’orientation publiée en 2017 par le «Centre international de lutte contre le terrorisme» de La Haye, des milliers d’extrémistes ouïghours se sont battus en Syrie. Alors que certains ont rejoint l’État islamique, le contingent le plus important appartient au Parti islamique turc (TIP), qui opère sous l’égide de Jabhat al-Nusra d’Al-Qaïda. À partir de 2017, la milice ouïghoure en Syrie a fait de plus en plus de la Chine, plutôt que du Moyen-Orient, un point central de sa propagande. Dans des vidéos d’Al-Qaïda et de l’État islamique, il y avait des appels au djihad contre la Chine. Le chef du TIP, Abdul Haq a déclaré: «La Chine n’est pas seulement notre ennemi, mais l’ennemi de tous les musulmans.»

La coïncidence entre cette déclaration du djihad et l’intensification de la campagne agressive de propagande américaine au cours des deux dernières années est révélatrice. Déjà dans les années 1980, l’impérialisme américain a exploité les islamistes de droite, y compris Al-Qaïda afin d’entraîner l’Union soviétique dans une guerre impossible à gagner en Afghanistan. Il y a sans aucun doute des sections de la CIA et du Pentagone qui se demandent à tout le moins si elles doivent soutenir et aider une nouvelle «guerre sainte» au Xinjiang. Une telle guerre aura comme but de saper le régime du PCC à Pékin.

(Article paru en anglais le 28 novembre 2019)

 

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