La lettre ouverte des médecins défendant Julian Assange obtient un soutien mondial

Par Laura Tiernan
28 novembre 2019

Une lettre ouverte de médecins appelant à agir d’urgence pour sauver la vie de Julian Assange, l’éditeur de WikiLeaks emprisonné, a reçu une couverture médiatique internationale et obtient un soutien grandissant parmi les médecins.

Plus de 65 médecins ont demandé à Priti Patel, ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, de transférer Assange de la prison de haute sécurité de Belmarsh à un hôpital universitaire pour des examens médicaux et un traitement urgents. La lettre a été publiée lundi.

Au milieu de l’élection générale britannique, l’intervention des médecins a été largement rapportée au Royaume-Uni, notamment par l’Independent, le Daily Mail, l’Evening Standard, Sky News, ITV et Metro. C’était l’article le plus lu lundi matin dans l’édition en ligne du Guardian. En Australie, la radio ABC, le Sydney Morning Herald, l’Australian, le Herald Sun et des dizaines de journaux locaux et régionaux ont publié des articles.

Dans cette photo du 19 mai 2017, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, salue des supporters depuis le balcon de l'ambassade d'Équateur à Londres. (AP Photo/Frank Augstein)

Les mises en garde des médecins ont également été rapportées en Nouvelle-Zélande, en Inde, au Sri Lanka, en Irlande, en Allemagne, en Italie, au Portugal, en France, en Chine et dans tout le Moyen-Orient. Aux États-Unis, le New York Times, le Washington Post, Time et CNN ont rapporté l’événement.

Si de nombreux organes de presse ont cité des passages de la lettre ouverte, les articles du New York Times, du Guardian et du Sydney Morning Herald étaient, comme on pouvait s’en douter, les pires. Ils ont éludé les avertissements urgents des médecins et minimisé cyniquement le danger pour la vie d’Assange. Ils n’ont parlé que de «dépression», de « problèmes dentaires » et de « sérieux mal à l’épaule» remontant à 2015. Ils n’ont fait aucune référence aux avertissements du Rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Nils Melzer, cité dans la lettre, selon lesquels Assange pourrait mourir en prison.

La lettre ouverte a également fait l’objet d’une censure délibérée de la part du radiodiffuseur d’État, la BBC. Lundi après-midi, le secrétaire national du Parti de l’égalité socialiste (Royaume-Uni), Chris Marsden, candidat du parti pour la circonscription de Sheffield Central, a publié une lettre de protestation concernant le fait que la BBC n’avait pas publié cette lettre ouverte. Avec pour objet :«pas de couverture de la lettre des médecins sur Julian Assange», la lettre de Marsden fait remarquer les «nets préjugés politiques et la censure» de la BBC et exige que celle-ci «fasse son travail de diffuseur national».

Le Dr Marco Chiesa, psychiatre consultant et professeur invité de l’University College de Londres, est apparu hier sur RT UK. Il a souligné les graves préoccupations des signataires pour le bien-être d’Assange.

«Nous avons des rapports crédibles de personnes qui ont vu ou rencontré Julian ces dernières semaines, comme son père, son avocat Jennifer Robinson et l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni Craig Murray. Ils ont tous convenu que l’état physique et mental de Julian se détériorait régulièrement et sérieusement».

«En tant que médecins, nous sommes donc très inquiets qu’on n’ait rien fait pour un homme – que beaucoup considèrent maintenant comme un prisonnier politique – en train de mourir dans une prison britannique.»

Depuis lundi, d’autres médecins, de Grèce, d’Autriche, d’Italie, des États-Unis, d’Australie et du Royaume-Uni ont ajouté leur nom à la lettre ouverte. Médecins4Assange a déclaré au World Socialist Web Site qu’ils ont été inondés de messages de soutien.

Le Dr Stephen Frost, signataire principal de Médecins4Assange, a déclaré: «S’il fallait une preuve que cette initiative était nécessaire, il n’en est plus besoin. Il semble que la population du monde n’a pas besoin de beaucoup d’encouragement pour comprendre ce qui se passe».

«Les responsables de cette intrigue seront appelés à rendre des comptes. Les médecins comprennent bien que, dans cette situation, ils ont une responsabilité particulière, envers eux-mêmes et envers le public».

Doctors4Assange a envoyé sa lettre ouverte à la ministre de l'Intérieur Priti Patel et à la secrétaire d'État à l'Intérieur du cabinet fantôme, Diane Abbott, vendredi dernier, mais n'a reçu aucune réponse. Les courriels de suivi envoyés à Patel et Abbott lundi ont également été ignorés.

Lundi, Business Insider et Newsweek ont rapporté une brève déclaration de Patel, apparemment en réponse à la lettre ouverte: «Les allégations que M. Assange a été soumis à la torture sont sans fondement et totalement fausses. Le Royaume-Uni s’est engagé à faire respecter l’État de droit et à veiller à ce que personne ne soit jamais au-dessus de lui.»

La déclaration de Patel, qui laisse entendre de façon obscène qu’Assange est le fautif, ignore les avertissements urgents des médecins au sujet de la détérioration de son état et leur demande qu’il soit transféré de Belmarsh dans un milieu hospitalier approprié du à la crainte qu’il ne meure.

En Australie, lundi, on a présenté un rapport sur la lettre ouverte des médecins à une réunion de parlementaires multipartite dirigée par le député indépendant Andrew Wilkie et le député libéral du Parti national George Christensen. Selon un rapport de la réunion publié par Wilkie, celle-ci a discuté «de la détérioration de la santé d’Assange; de l’injustice de son extradition potentielle vers les États-Unis; et de la manière dont son traitement constitue une attaque directe contre le droit du public à l’information». Les parlementaires demandent une rencontre avec l’ambassadeur des États-Unis en Australie et le Haut Commissaire britannique en Australie «pour discuter de la manière dont M. Assange peut retourner en Australie le plus rapidement possible».

Dans des conditions où même les politiciens australiens conservateurs et de droite tirent la sonnette d’alarme sur la santé d’Assange et demandent avec insistance que les procédures d’extradition américaines soient annulées, le silence d’Abbott et du dirigeant travailliste Jeremy Corbyn est assourdissant. Alors que la persécution multi-états d’une décennie du plus célèbre prisonnier politique au monde atteint son point culminant sur le sol britannique, des millions de personnes observent avec colère le silence de Corbyn et d’Abbott.

Assange, journaliste et éditeur, est accusé d’espionnage et encourt une condamnation de 175 ans de prison, en soi une sentence de mort, pour avoir dénoncé les crimes de guerre américains et la corruption étatique de masse. Alors que sa santé décline rapidement en raison d’années de torture psychologique en plein centre de Londres, le silence de Corbyn et Abbott jusque dans la campagne pour les élection législatives, les rend complices d’un immense crime politique.

(Article paru d’abord en anglais le 27 novembre 2019)

 

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