Une enquête du Wall Street Journal confirme que Google gère une liste noire de censure

Par André Damon
19 novembre 2019

Une enquête menée par le Wall Street Journal a confirmé bon nombre des allégations formulées par le World Socialist Web Site en 2017 concernant la censure d'Internet par Google.

Dans un article détaillé publié vendredi, le Journal conclut que, contrairement aux affirmations répétées de Google, l'entreprise maintient des listes noires de sites Web et intervient directement pour manipuler les résultats de recherche.

Le 27 juillet 2017, le World Socialist Web Site a rapporté que les changements apportés à l'algorithme de recherche de Google, baptisé à l’interne «Project Owl», avaient considérablement réduit le trafic de recherche vers les sites de gauche, antiguerres et progressistes.

Le WSWS a fondé ses affirmations sur les déclarations publiques de Google selon lesquelles il cherchait à «faire émerger un contenu plus fiable» et à rétrograder «des points de vue alternatifs», ainsi que sur les données détaillées des systèmes analytiques du WSWS et les données fournies par d'autres sites Web et par des estimateurs de trafic Web et de recherche accessibles au public.

Sur la base de ces données, le WSWS a conclu que Google exploitait une liste noire de médias d'opposition, dont l'impact principal était de restreindre l'accès aux sites Web de gauche et antiguerres.

Le WSWS était une cible centrale de cette initiative. Comme nous l'avons expliqué: «Google a coupé les liens entre le World Socialist Web Site et les 45 termes de recherche les plus populaires qui dirigeaient auparavant les lecteurs vers le WSWS. La censure physique mise en place par Google est si étendue que parmi les 150 termes de recherche les plus populaires qui, jusqu'en avril 2017, reliaient les WSWS aux lecteurs, 145 ne le font plus.»

Le 25 août 2017, David North, président du comité de rédaction international du WSWS, a publié une lettre ouverte à Google affirmant:

Une censure de cette ampleur équivaut à une liste noire politique. Le but évident de l'algorithme de censure de Google est de bloquer les nouvelles que votre entreprise ne veut pas signaler et de supprimer les opinions avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord. L'établissement d'une liste noire politique n'est pas un exercice légitime des prérogatives de Google, quelles qu'elles soient, en tant qu'entreprise commerciale. Il s'agit d'un abus flagrant de pouvoir monopolistique. Ce que vous faites est une attaque contre la liberté d'expression.[/blockquote]

Ces affirmations ont été radicalement confirmées par l'enquête du Wall Street Journal. Son reportage conclut:

Bien que l’entreprise le nie publiquement, Google maintient des listes noires pour supprimer certains sites ou empêcher d'autres de faire surface dans certains types de résultats. Ces actions sont distinctes de celles qui bloquent les sites comme l'exigent les lois américaines ou étrangères, tels que ceux qui comportent des abus envers les enfants ou des violations de droits d'auteur, et de celles qui visent à rétrograder les sites de pourriel, qui tentent de déjouer le système pour faire apparaître leur site plus haut dans l'ordre d'importance.[/blockquote]

Le reportage a ensuite étayé son affirmation selon laquelle les actions de l'entreprise étaient en contradiction avec ses déclarations publiques:

Google a dit dans les témoignages du Congrès qu'il n'utilisait pas de listes noires. Interrogé lors d'une audience en 2018 sur la question de savoir si Google avait déjà mis sur une liste noire une «entreprise, un groupe, un individu ou un centre d'affaires... pour des raisons politiques», Karan Bhatia, vice-président des politiques publiques chez Google a répondu: «Non, madame, nous n'utilisons pas de listes noires/listes blanches pour influencer nos résultats de recherche», selon la transcription.[/blockquote]

Mais l'enquête du journal a conclu que Google mène «ce que l'entreprise appelle des "actions manuelles" contre des sites Web spécifiques», ajoutant que «l'entreprise pourrait également mettre un site Web sur la liste noire, ou même le supprimer complètement des résultats».

Le reportage du Journal soutient que Ben Gomes, «l'un des premiers responsables de recherche de Google», a été l'un des premiers partisans d'une intervention directe et manuelle dans les termes de recherche. C'est Gomes qui a annoncé ce qui sera plus tard connu sous le nom de «Project Owl» dans une publication de blogue du 25 avril 2017 sous le titre «Nos dernières améliorations de qualité pour la recherche».

Dans ce billet, Google affirmait que ses efforts pour promouvoir les sources d'information «fiables» étaient une extension de ses tentatives pour combattre les efforts visant à «déjouer» nos systèmes afin d'apparaître plus haut dans les résultats de recherche. Mais l'enquête du Wall Street Journal révèle qu'il s'agit d'une fraude totale.

«Il y a cette idée que l'algorithme de recherche est tout à fait neutre, qu'il sort et passe au peigne fin le Web et revient pour montrer ce qu'il a trouvé, et c'est de la foutaise», dit un ancien cadre anonyme dans le journal, qui cite ce qui suit «Google s'occupe tout le temps de cas particuliers.»

Le reportage documente la façon dont l'entreprise tient à jour ses listes noires:

Les ingénieurs appelés «maîtres d'entretien» sont autorisés à apporter et à approuver des modifications aux listes noires. Il faut au moins deux personnes pour le faire; une personne fait le changement, tandis qu'une autre l'approuve, selon la personne qui connaît le sujet.

Le Journal a examiné un projet de document de politique datant d'août 2018 qui explique comment les employés de Google devraient mettre en œuvre une liste noire «anti-désinformation» visant à empêcher certains éditeurs de figurer dans Google News et autres moteurs de recherche.[/blockquote]

Plus loin:

La culture de Google qui consiste à résister publiquement aux demandes de changement des résultats a diminué, selon des employés actuels et anciens. Il y a quelques années, l'entreprise a démantelé une équipe mondiale axée sur les questions de liberté d'expression qui, entre autres choses, a fait connaître les batailles juridiques de l'entreprise pour lutter contre les changements dans les résultats de recherche, en partie parce que Google avait perdu plusieurs de ces batailles au tribunal, selon une personne au courant de ce changement... «L’expression libre n’était plus gagnante», dit la personne.[/blockquote]

L'enquête du Wall Street Journal soulève de sérieuses questions quant à la couverture de la censure de Google dans le New York Times. Après avoir publié un reportage le 27 septembre 2017 à la une de sa section «Affaires» au sujet de la lettre ouverte du WSWS s'opposant à la censure de Google, y compris une entrevue avec David North, le Times a tenté de discréditer les accusations selon lesquelles Google exerçait de la censure politique.

Dans un second article, Daisuke Wakabayashi, qui a mené l'entrevue avec North, a cherché à blanchir le régime de censure de Google, faisant écho aux dénégations de l'entreprise sans examiner sérieusement les faits. Wakabayashi a écrit: «Google a dit que l'idéologie politique n'était un facteur dans aucun aspect de ses résultats de recherche. Google a dit que le fait qu'un utilisateur soit conservateur ou libéral ne fait pas partie de l'information recueillie par l'entreprise, et qu'il n'a pas classé les pages Web par orientation politique.»

C'était aussi une fraude. La décision de Google quant aux sites «fiables» était manifestement de nature politique.

En 2018, Google a mis en place une «initiative de nouvelles» pour «nettoyer les fausses nouvelles», comme l'a rapporté le New York Times. Parmi ses partenaires figurent le New York Times, le Washington Post et le Guardian, qui ont diffusé de fausses déclarations de l'administration Bush concernant, entre autres, les soi-disant «armes de destruction massive» en Irak, et d'innombrables autres mensonges.

Les déclarations de Google sur la promotion des organes d'information «fiables» sont un code pour promouvoir les organes d'information qui soutiennent la politique étrangère américaine et les mensonges qui la sous-tendent, car, comme l'écrit le Journal, «la recherche est un jeu à somme nulle: un changement qui aide à faire augmenter la visibilité d’un résultat en pousse inévitablement un autre vers le bas.»

Mis à part l’article initial du New York Times et un reportage de Matt Taibbi de Rolling Stone, la grande majorité des médias d'entreprise ont simplement ignoré les reportages du WSWS.

Mais avant d'être bâillonné et arrêté, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a écrit une lettre à l'occasion d'un événement en ligne organisé par le WSWS, attirant l’attention sur les dangers de la censure sur Internet. Il a déclaré:

Alors qu'Internet a révolutionné la capacité des gens à s'éduquer et à éduquer les autres, les phénomènes démocratiques qui en ont résulté ont ébranlé les établissements existants au plus profond d'eux-mêmes. Google, Facebook et leurs équivalents chinois, qui sont socialement, logistiquement et financièrement intégrés aux élites existantes, ont pris des mesures pour rétablir le contrôle du discours... Je félicite le WSWS pour avoir attiré l'attention sur ce phénomène.[/blockquote]

Au cours des trois années qui se sont écoulées depuis que Google a annoncé ses efforts pour enterrer «les points de vue alternatifs», la campagne de censure des grandes entreprises technologiques ne fait que s'intensifier. Dans de multiples suppressions de masse, Facebook et Twitter ont effacé des comptes et des pages de gauche suivies par des millions de personnes.

Le mois dernier, Twitter a annoncé qu'il interdirait toute publicité politique sur sa plateforme, tandis que Facebook, malgré les déclarations de Mark Zuckerberg selon lesquelles il n'exercerait pas de censure politique, a annoncé qu'il supprimerait tous les messages contenant le nom du prétendu «dénonciateur» de la CIA dans l'enquête de destitution de Trump.

La motivation des efforts incessants de censure politique promus par toutes les factions de l'establishment politique est leur peur de la croissance de l'opposition ouvrière dans le monde entier, qui est liée à l'audience croissante pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 18 novembre 2019)

 

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