L’aristocratie financière française a doublé sa richesse en une décennie

Par Anthony Torres
15 novembre 2019

Comme chaque année depuis 23 ans, le magazine Challenges a dévoilé son classement des fortunes les plus riches de France. Un an après le début du mouvement des «gilets jaunes» et l’émergence de mouvement des jeunes et des travailleurs dans le monde contre les inégalités sociales, la fortune des plus riches en France a doublé en dix ans.

Selon Challenges, le patrimoine des 500 premières fortunes françaises, le 0.001 pour cent le plus riche s’approche des 650 milliards d’euros. C’est équivalent à 30 pour cent du PIB de la France. Depuis la première édition du classement, en 1996, le total du patrimoine des plus riches est passé de 81 à 650 milliards d’euros. Depuis 2008, leur fortune a doublé et augmenté bien plus que la production nationale. Les dix premiers du classement qui ont vu leur fortune quadrupler alors que celle des 490 suivants a doublé.

Comme l’année dernière, Bernard Arnaud, PDG de LVMH, est en tête avec une fortune évaluée à 73 milliards d’euros restant la première fortune d’Europe. En dix ans sa fortune est passée de 18 à 73 milliards. La deuxième place revient à Alain et Gérard Wertheimer, propriétaires de Chanel, avec une fortune évaluée à 40 milliards d’euros. Suivi de près, pour la troisième place, par Axel Dumas, propriétaire d’Hermès, avec 39 milliards d’euros.

La physiognomie de l’aristocratie financière française ressort dans le rôle extraordinaire que joue l’industrie du luxe dans leurs fortunes. Les profits du luxe dépendent de l’exploitation de millions de travailleurs de l’habillement et du textile dans le monde, travaillant dans un réseau d’ateliers de misère. Ces profits viennent avant tout d’articles de marque, vendus à des centaines ou des milliers d’euros aux clients aisés voire super-riches.

Patrick Drahi, fondateur d’Altice, a vu sa fortune baissé de 40 pour cent et a perdu 4 places dans le classement. Il est aujourd'hui 12e avec 7,7 milliards d'euros. Xavier Niel, le PDG de Free et co-actionnaire de "l'Obs", a également accusé une baisse de 40 pour cent sur sa fortune et est passé de la 10e à la 13e place.

Dans la suite du classement, on retrouve des noms connus: Françoise Bettencourt-Meyers (4e place) héritière de l’Oréal, Vincent Bolloré (11e), la famille Peugeot (24e), ou encore Martin et Olivier Bouygues (28e).

Ces fortunes, comme celles du reste de l’aristocratie financière internationale, sont des biens mal acquis, qu’il s’agit d’exproprier dans l’intérêt des travailleurs. La croissance est atone et le salaire moyen stagne depuis vingt ans, mais la classe dirigeante pille les richesses créées par les travailleurs. Macron, comme ses prédécesseurs qui ont tous mené des politiques anti-ouvrières, est bien le «président des riches.»

Selon Challenges, « La plupart des personnes sur la liste possèdent plusieurs maisons dans le monde, des domaines viticoles, des yacht, parfois même des avions. Alors comment se faire plaisir quand on peut tout s'offrir ? ‘En jouant au tennis avec mon ami Roger Federer’, répond Bernard Arnault au magazine.» Incapable d’exploiter la classe ouvrière et d’en satisfaire les besoins, cette aristocratie financière agit comme un parasite sur la société pour assouvir leurs caprices, alors que les travailleurs survivent avec leur maigre salaire.

Cette augmentation des inégalités sociales en France révèle la fin des concessions accordées aux travailleurs après la Seconde Guerre mondiale et du mythe du «modèle social français».

A la fin de la guerre, pour justifier le rétablissement du capitalisme français, le PCF, la sociale démocratie et les soutiens bourgeois du général de Gaulle, unis dans le Conseil national de la résistance, ont promis de mener «l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie». Plusieurs industries furent nationalisées, la Sécurité sociale a été créée et le droit de grève inscrit dans la constitution.

Selon l’économiste Thomas Piketty, «durant les Trente glorieuses, en l’occurrence entre 1950 et 1983, les revenus ont augmenté plus rapidement parmi les 95 pour cent les plus modestes que parmi les 5 pour cent les plus rémunéré: le revenus des premiers augmentait au rythme de 3.5 pour cent par an, contre 1.8 pour cent pour les seconds, ce qui s’est traduit par un resserrement de l’éventail des revenus.»

Cette période de mai 68 jusqu’au début des années 80 correspond à la plus grande offensive de la classe ouvrière internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela força des gouvernements à la démission, des dictatures tombèrent comme en Grèce, en Espagne et au Portugal et les travailleurs ont reçu des augmentations importantes.

Cependant, le rôle joué par les staliniens et les groupes petit-bourgeois post-soixantehuitards pour détourner la classe ouvrière d’une lutte révolutionnaire et organiser les défaites a permis à la bourgeoisie de préparer une contre révolution sociale à partir des années 80. De profonds changements s’opéraient dans le système capitaliste avec le développement du numérique et la division internationale du travail pour le marché mondialisé.

La bourgeoisie française sous la direction du gouvernement PS Mitterrand a mené une politique d’austérité, visant les sections de la classe ouvrière avec le tournant de la rigueur de 1983. Comme le fait remarquer Piketty, de 1980 à 2014, le revenu moyen a augmenté plus lentement, de 0.9 pour cent par an. La part du revenu national rémunérant les 1 pour cent les plus rémunérés a augmenté de plus de 50 pour cent entre 1983 à 2007. Malgré la crise de 2008, la part des hauts revenus reste bien plus élevée qu’au début des années 1980.

C’est alors que Bernard Arnault a bâti sa fortune, avec l’aide de Mitterrand. Fils d’un magnat de la construction, il s’est installé aux États-Unis aux début de cette décennie et a tenté sans succès de créer son propre empire commercial dans l’immobilier américain.

En 1984, Arnault achète avec le soutien de l’État français pour la somme symbolique de 1 franc l’entreprise textile française Boussac quasi en faillite qui comprend la marque de parfum Christian Dior. Après s’être publiquement engagé à protéger tous les emplois du fabricant textile, il a vendu en l’espace de cinq ans la plupart des actifs de l’entreprise, licenciant environ 8.000 travailleurs. Sa fortune est directement liée à la désindustrialisation et à l’attaque brutale de la classe ouvrière dans les années 1980 et 1990 sous le PS, imposée par la bureaucratie syndicale stalinienne.

Cet accroissement des inégalités n’aurait pu être possible sans un alignement de la pseudo gauche et des syndicats sur les intérêts de la défense du capitalisme français sur le marché mondial. Se basant sur une perspective nationaliste, ces organisations n’ont pas cherché à défendre les travailleurs contre les attaques de la bourgeoisie mais y ont participé, tout en s’intégrant à l’appareil d’Etat.

 

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