Sri Lanka: le candidat du SEP à la présidentielle démasque le programme pro-capitaliste de la pseudo-gauche lors d’un débat à l’université

Par nos journalistes
14 novembre 2019

Un millier d’étudiants ont assisté au débat auquel participaient plusieurs candidats sri-lankais à l’élection présidentielle, à l’Université de Kelaniya, le 4 novembre. Intitulé «Image ou politique», l’événement était organisé par la Fédération inter-universitaire des étudiants (IUSF).

Parmi les candidats à la présidence figuraient Pani Wijesiriwardena, du Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party - SEP), Duminda Nagamuwa du Parti socialiste d’avant-garde (FSP) et Rohan Pallewatte du Front national de développement. Srinath Perera, Milinda Rajapakse et Mahinda Jayasinghe y participaient au nom du Parti socialiste unifié (USP), du Sri Lanka Podujana Peramuna (SLPP) et du Janatha Vimukthi Peramuna (JVP), respectivement.

Au premier tour, Wijesiriwardena, candidate du SEP, a exposé les principes fondamentaux du programme du parti. «Nos politiques sont basées sur celles du Parti bolchevique, qui a mené la Révolution russe de 1917. Contre toute forme de nationalisme et d’opportunisme, nous luttons pour l’internationalisme et l’indépendance politique de la classe ouvrière.»

Pani Wijesiriwardena

Il a souligné que le SEP et son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire, ont lutté pour unifier les travailleurs cinghalais et tamouls sur la base d’un programme socialiste international, tant contre la guerre de gouvernements sri-lankais successifs contre les masses tamoules opprimées, que contre le séparatisme tamoul.

Se référant au titre du manifeste électoral du SEP «Construisez un mouvement socialiste contre la guerre impérialiste, l’austérité et la dictature», Wijesiriwardena expliqua que les dangers auxquels faisaient face les masses résultaient de l’effondrement systémique du capitalisme mondial.

«La réponse des classes dirigeantes à cet effondrement a été d’imposer le fardeau aux travailleurs et aux masses opprimées et de s’orienter vers des méthodes dictatoriales visant à réprimer brutalement l’opposition populaire».

La crise du capitalisme, a-t-il poursuivi, avait entraîné une intensification des conflits commerciaux entre États-nations rivaux et le danger croissant d’une guerre mondiale catastrophique. La seule façon pour la classe ouvrière de stopper cela était de lutter pour une perspective socialiste internationale. «Le SEP et ses partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale luttent pour construire des partis révolutionnaires et mobiliser la classe ouvrière internationale.»

Le candidat du SEP a accusé tous les autres candidats à la présidence de dissimuler le danger de guerre et a déclaré que toutes les discussions sur la «sécurité nationale» visaient à préparer l’introduction de gouvernements fascistes ou de type militaire, contre la classe ouvrière.

Duminda Nagamuwa

Duminda Nagamuwa, candidat du FSP, s’est présenté comme «candidat socialiste» mais sans prononcer le mot de «socialisme» dans ses interventions. Il a fait valoir que le gouvernement «n’avait pas à imposer le fardeau de la crise économique aux masses» mais a affirmé qu’il pouvait «obtenir les fonds nécessaires si l’on taxait les 86 pour cent du Produit intérieur brut qui reviennent aux propriétaires d’entreprises». En d’autres termes, Nagamuwa a proposé un programme réformiste de taxation des riches et de maintien du capitalisme.

Pour le Parti socialiste unifié (USP), Srinath Perera a tenté de semer la confusion sur l’internationalisme de la classe ouvrière. Il s’est présenté comme le représentant d’un parti basé sur la classe ouvrière et affilié au Comité pour une Internationale ouvrière. Mais il n’a fait aucune référence aux problèmes auxquels fait face la classe ouvrière internationale, ni à la menace d’une guerre mondiale impérialiste.

Pani Wijesiriwardena a expliqué plus en détail le programme du SEP en réponse à un discours vidéo du JVP (Janatha Vimukthi Peramuna) où son dirigeant, Anura Kumara Dissanayake, affirmait que «l’éducation publique» pouvait être élargie tout en maintenant l’enseignement privé.

Wijesiriwardena a déclaré que l’éducation publique ne pouvait être maintenue lorsque le capitalisme était en crise et que c’était un mensonge de prétendre que les possibilités d’éducation pouvaient être développées dans ce système. «Nous parlons d’un effondrement systémique du capitalisme, venu de ses propres contradictions internes. Cela a un impact sur la vie des travailleurs et des masses opprimées sous la forme de mesures d’austérité, y compris des coupes dans l’éducation».

A section of the audience

Le programme du JVP dit de «développement économique» et ses appels à une augmentation des investissements en capitaux internationaux étaient comme ceux des autres partis capitalistes, a déclaré le candidat du SEP. Il expliqua que les gouvernements de toute la région s’efforçaient d’attirer les capitaux internationaux en intensifiant leurs attaques contre les droits des travailleurs et en imposant des bas-salaires.

Lors de la séance de questions et réponses, on a demandé à Wijesiriwardena en quoi le SEP était différent du PSF et du PSU. Il a répondu en expliquant que le programme socialiste de son parti était basé sur l’internationalisme.

Le FSP et l’USP, ainsi que les autres partis de la pseudo-gauche, a-t-il dit, sont hostiles à l’internationalisme et à l’indépendance politique de la classe ouvrière. Ils tentent d’induire en erreur les travailleurs, les étudiants et les masses opprimées en prétendant que le système capitaliste pouvait être réformé.

«Nagamuwa affirme que les doléances populaires peuvent être réglées en prenant une part des revenus des propriétaires d’entreprises sri-lankais. L’USP affirme que l’argent peut être prélevé sur les enfants des capitalistes qui vont dans des ‘super écoles’ et servir à l’éducation des enfants pauvres. Ce sont là deux programmes capitalistes.»

Un autre étudiant a demandé pourquoi Wijesiriwardena avait décrit le FSP et l’USP comme des partis pseudo-de gauche.

Nagamuwa a répondu en affirmant, faussement, qu’il ne défendait pas la théorie du socialisme dans un seul pays mais exprima dans la foulée son hostilité à la lutte pour le socialisme international.

«Quand cette question [du socialisme international] est posée partout, c’est difficile de faire croire en ce programme», a-t-il dit. «Nous devons partir de la situation actuelle. Nous ne pouvons pas faire la révolution en Inde demain. Nous représentons la sous-section sri-lankaise de la révolution».

Wijesiriwardena déclara au public que le prétendu socialisme international de Nagamuwa était «un amalgame de programmes nationaux» et une version la tête à l’envers de l’internationalisme développé par Marx, Engels, Lénine et Trotsky.

Il a cité Léon Trotsky qui avait expliqué, dans une citation célèbre, qu’un programme international devait « prendre directement pour point de départ l’analyse des conditions et des tendances de l’économie et de l’état politique du monde, prises comme un tout, avec leurs liens et leurs contradictions, c’est-à-dire avec la dépendance mutuelle opposant ses composantes entre elles».

Le SEP au Sri Lanka et toutes les sections nationales du Comité international de la Quatrième Internationale, poursuivit Wijesiriwardena, s’étaient développés sur la base d’une seule perspective internationale.

Un autre membre de l’auditoire a posé une question sur la différence entre le PMVS et le PSU.

Au cours d’une ignoble vitupération nationaliste, Srinath Perera, le représentant de l’USP, a tenté de dénigrer le CIQI et le SEP en affirmant que le candidat à la présidence américaine du SEP avait fait la «tournée» du Sri Lanka parce qu’il «n’avait pas de base en Amérique».

Ananda Wakkumbura, membre de longue date du SEP, a pris la parole depuis l’auditoire. «Les élections présidentielles américaines sont un facteur central qui a un impact sur la politique mondiale», a-t-il dit. «La décision du candidat trotskyste à la présidence de s’adresser à la classe ouvrière internationale est une décision internationaliste importante».

Srinath Perera

Perera a dénoncé le SEP pour ne pas s’être joint à la lutte dite anti-SAITM, une série de protestations contre un collège médical privé. L’agitation a été organisée par l’IUSF, contrôlé par le FSP, et s’est alignée sur des organisations de droite comme Mahajana Eksath Peramuna, qui promeut le racisme cinghalais. Soutenus par l’USP et d’autres formations pseudo-de gauche, les organisateurs de la manifestation insistaient pour dire que le gouvernement pouvait être contraint de fermer le collège.

Perera a également glorifié le soutien de l’USP à Eluka Tamil (Soulève-toi Tamoul!), un mouvement communaliste fondé sur l’initiative de C. V. Wigneswaran, ancien ministre en chef du conseil provincial du Nord. Montrant clairement l’adaptation de l’USP à la politique communaliste et à la classe capitaliste, il a déclaré : «Puisqu’il n’y a pas de mouvement vers la gauche des masses tamoules, nous nous joignons à la lutte des masses tamoules pour soutenir les représentants capitalistes tamouls».

Wijesiriwardena du SEP a déclaré à l’auditoire que l’USP n’avait rien à voir avec le trotskysme et a brièvement passé en revue la lutte politique contre l’opportunisme pabliste et la création du CIQI en 1953.

Michael Pablo, alors secrétaire de la Quatrième Internationale, a-t-il expliqué, avait rejeté les principes fondamentaux du trotskysme. Il avait attribué un rôle progressiste à la bureaucratie stalinienne. De surcroît, il a rejeté le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière et la nécessité de construire des partis révolutionnaires. Le candidat du SEP a déclaré que le révisionnisme pabliste avait ouvert la voie à d’immenses trahisons au niveau international, et que «Perera et l’USP représentent l’extension de ce camp pabliste contre le trotskysme».

Concluant son discours, Wijesiriwardena a déclaré: «La production économique s’est aujourd’hui intégrée au niveau mondial, mais la contradiction entre l’économie mondialisée et le système de l’État-nation produit le danger d’une guerre mondiale. La lutte contre la guerre et pour le socialisme international signifie la résolution de ces contradictions par l’intervention de la classe ouvrière internationale. Je vous exhorte à rejoindre le SEP, à lutter pour le socialisme international et à devenir un lecteur quotidien du World Socialist Web Site…»

(Article paru d’abord en anglais le 13 novembre 2019)

 

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