La fusion entre le Groupe PSA et Fiat Chrysler laisse présager une nouvelle attaque contre les travailleurs de l'automobile

Par Shannon Jones
2 novembre 2019

Le constructeur automobile français PSA Group, propriétaire de Peugeot, et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) ont convenu d'une fusion de plusieurs milliards de dollars qui permettra de créer le quatrième constructeur automobile mondial, derrière Volkswagen, Renault-Nissan et Toyota. La nouvelle société aura des ventes et des actifs combinés plus importants que les constructeurs automobiles américains Ford et General Motors.

La société issue de la fusion serait basée aux Pays-Bas, mais elle conservera un siège social aux environs de Detroit pour ses opérations en Amérique du Nord. La nouvelle société emploierait environ 410.000 personnes dans le monde, vendant 8,7 millions de véhicules et générerait un chiffre d’affaires de 190 milliards de dollars. PSA et FCA détiendraient chacune 50 pour cent des activités combinées.

Le PDG de Peugeot, Carlos Tavares, deviendrait le PDG de la société fusionnée, tandis que John Elkann, un fils de la famille qui avait fondé Fiat, serait le président.

La fusion fait partie d’une consolidation en cours de l’industrie automobile mondiale, un secteur qui subit une énorme pression des marchés financiers pour obtenir des taux de rendement plus élevés dans des conditions de guerre commerciale et de pressions croissantes de récession économique. En outre, les constructeurs automobiles font face aux coûts énormes de la recherche et du développement de véhicules électriques et autonomes. Les deux sociétés ont pris du retard dans le développement des véhicules électriques, ces derniers représentant moins de 0,3 pour cent des ventes totales de Peugeot, ce qui l'a obligée à acheter des «crédits» à Tesla pour se conformer aux normes d'émission de CO2 de l'Union européenne. PSA n'est pas présent sur le marché américain et ni FCA ni Peugeot ne sont fortement implantés en Chine, le plus grand marché automobile du monde.

Un analyste du secteur a déclaré à CNN: «L'avenir autonome électrifié que tout le monde attend n'est tout simplement pas réalisable sans la fusion des constructeurs automobiles et la formation d'alliances stratégiques pour partager les coûts de recherche et de développement. C’est une initiative intelligente de la part de Fiat Chrysler et de PSA de s’assurer que leurs entreprises continuent d’être viables et pertinentes au fur et à mesure de l'évolution du secteur.»

Un autre analyste cité par le Wall Street Journal a déclaré: «Nous passons à une époque où les économies d’échelle importeront plus que jamais. Ceux qui travaillent à grande échelle auront un avantage énorme. Les entreprises qui dorment au volant vont en souffrir.»

Le Wall Street Journal a poursuivi: «BMW, Daimler AG, Ford Motor Co. et Renault se trouvent dans une position de plus en plus douteuse et devraient envisager une consolidation pour rester dans la course, ont remarqué les analystes.»

La fusion de FCA avec PSA fait suite à sa récente tentative de fusion ratée avec le constructeur français Renault. FCA a retiré son offre à Renault, affirmant que les «conditions politiques» en France n'étaient pas propices à une telle fusion. Le gouvernement français détient 15 pour cent du capital de Renault et a insisté pour que des emplois soient garantis dans ce pays.

Les sociétés ont déclaré qu'elles pourraient économiser 3,7 milliards d'euros par an grâce à la fusion en partageant les coûts de développement de véhicules électriques et autonomes. Elles ont affirmé qu'aucune usine ne serait fermée à la suite de l'accord.

Quel que soit son impact à court terme, la fusion présage une réduction féroce des coûts et l'élimination des emplois dans le secteur automobile. L'année écoulée a été témoin d'une vague croissante de licenciements. L'accord récemment conclu entre le syndicat UAW et GM a entériné la fermeture de quatre usines américaines. L'usine GM d'Oshawa, en Ontario, doit également fermer ses portes, entraînant la perte de 5000 emplois dans le secteur de l'assemblage et des fournisseurs de pièces. GM a également supprimé 8000 emplois de cols blancs en Amérique du Nord.

La dernière année a été marquée par une vague de suppressions d'emplois dans l'industrie automobile, avec un demi-million de suppressions d'emplois en Inde et 220.000 supprimés en Chine. Nissan a récemment annoncé la suppression de 12.500 emplois dans le monde, VW supprime 7000 postes et Ford vise la suppression de 12.000 emplois horaires en production en Europe et 7000 emplois de cols blancs en Amérique du Nord.

Cette semaine, Ford a annoncé 400 licenciements supplémentaires dans ses installations d'Oakville, en Ontario, ainsi que la fermeture de son usine de moteurs à Romeo, dans le Michigan, employant 700 travailleurs.

L'annonce de la fusion PSA-FCA coïncide avec l'annonce par FCA d'un bénéfice d'exploitation record de 2,3 milliards de dollars sur ses opérations en Amérique du Nord, soit une augmentation de 4 pour cent. Et cela s'est produit malgré des revenus inchangés de 21,3 milliards de dollars et une diminution des livraisons de 11 pour cent. Cette augmentation s’explique par une marge bénéficiaire plus élevée sur les véhicules, due en grande partie à la réduction impitoyable des coûts de la société, réalisée avec l’aide du syndicat United Auto Workers (UAW).

Les bénéfices mondiaux de FCA ont augmenté de 5 pour cent, bien que les chiffres d’affaires soient en baisse de 1 pour cent et les livraisons en baisse de 9 pour cent.

Pour sa part, Peugeot a également été impliqué dans des réductions de coûts impitoyables. La société a éliminé 3200 employés en France l’année dernière. Les effectifs en France s’élèvent à 64.500, contre 100.000 il y a dix ans.

Les analystes prévoient que la fusion exercera une pression supplémentaire sur les autres constructeurs automobiles face à la crise économique croissante. En outre, le passage aux véhicules électriques, qui nécessitent moins de pièces, laisse présager de nouvelles pertes d’emplois. VW s'est déjà associé à Ford et GM s'est associé à Honda pour partager les coûts liés à la recherche et au développement de véhicules électriques et aux projets de production communes.

Dans le cadre de la fusion, les actionnaires de FCA recevront un dividende unique de 6,1 milliards de dollars. Les cotations boursières des actions de FCA ont fortement augmenté à l'annonce de la fusion, tandis que les actions de PSA ont chuté de plus de neuf pour cent, reflétant la prime que la société a payée pour la transaction.

Les deux sociétés ont été impliquées dans des fusions ou des tentatives de fusion récentes. FCA a été créée à la suite de l’acquisition en 2009 de la société Chrysler, en faillite, par la société italienne Fiat. PSA a acheté les activités européennes de GM en 2017, en acquérant les marques Opel et Vauxhall.

Pendant des années avant la fusion actuelle, l'ancien président de FCA, Sergio Marchionne, avait préconisé un rapprochement entre la société et un autre grand constructeur automobile dans le but de réaliser des économies d'échelle. Après l'échec de sa démarche auprès de GM, Marchionne a exprimé son intérêt pour d'autres possibilités, notamment un lien avec des sociétés de technologie comme Apple ou Google.

À la suite de l’acquisition d’Opel, PSA a imposé des mesures brutales de réduction des coûts avec la collaboration du syndicat allemand IG Metall et d’autres syndicats dans des attaques contre les travailleurs et le recours accru à la main-d’œuvre d’intérimaires. A cela s’ajoutait des menaces de fermeture d'usines si les travailleurs n'acceptaient pas les réductions de salaire.

La collusion du syndicat UAW aux États-Unis avec la direction de la FCA dans les attaques contre les travailleurs a été mise en évidence par un travailleur de FCA qui a récemment partagé ses sentiments avec le WSWS. L'UAW est en train de négocier un accord sur des reculs sociaux importants comprenant le recours élargi à des travailleurs temporaires et intérimaires sur la base de l’accord au rabais négocié entre l’UAW et GM

«Notre usine compte un membre du comité de l’entreprise et trois délégués syndicaux. L'un des délégués et le membre du comité interpellent les travailleurs avec des menaces. Ils harcèlent les jeunes travailleurs que si ces derniers ne disent pas «oui» à l’accord salarial, ils n'auront plus de travail.»

La fusion FCA-PSA souligne un fait fondamental de la vie économique moderne: l'intégration mondiale de la production. Les travailleurs de tous les pays sont reliés entre eux à travers les océans et les continents dans un processus de production interconnecté. Cela souligne la nécessité pour les travailleurs d'élaborer une stratégie mondiale pour lutter contre les attaques sur les emplois, les conditions de travail et le niveau de vie.

Dans le système capitaliste de production à profit privé, la division mondiale du travail et les avancées technologiques telles que les véhicules autonomes ne servent pas à créer une société meilleure, mais à pousser les travailleurs dans une impitoyable lutte les uns contre les autres pour déterminer qui sera prêt à accepter les salaires et conditions de travail les plus dégradants.

Le programme nationaliste réactionnaire des syndicats est incapable de défendre les emplois et les conditions de travail des travailleurs. Hostiles à l'unité internationale de la classe ouvrière, les syndicats agissent en tant que fournisseurs de main-d’œuvre à bas salaire, se proposant d’assurer le maintien de salaire bas et l’augmentation de la production au nom de la compétitivité de «leurs» entreprises face aux rivaux étrangers.

Le problème le plus brûlant auquel sont confrontés les travailleurs de l'automobile est l'unité de la classe ouvrière internationale pour lutter contre ces attaques. Cela nécessite la création de nouvelles organisations, de comités de base dans les usines et sur tous les lieux de travail. Pour assurer un emploi à chaque travailleur et un niveau de vie décent, cette lutte doit s'appuyer sur un programme socialiste visant à remplacer l'anarchie du système capitaliste par l'organisation rationnelle de la vie économique dans le monde entier, fondée sur la production pour le besoin humain et non pour le profit. Cela doit comprendre l’expropriation de l'industrie automobile mondiale placée sous forme de propriété publique et contrôlée démocratiquement par la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 1er novembre 2019)

 

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