Alors que l'économie mondiale entre dans un ralentissement synchronisé

La Réserve fédérale américaine entame un «assouplissement quantitatif permanent».

Par Nick Beams
21 octobre 2019

Deux mesures prises cette semaine par les autorités financières américaines indiquent que les États-Unis réagiront à un ralentissement imminent de l’économie mondiale en fournissant, une fois de plus, des montants illimités de liquidités aux marchés financiers.

Mercredi, la Réserve fédérale a lancé une opération d’une durée d’au moins six mois, pour acheter environ 60 milliards de dollars de bons du Trésor par mois. L’institution réagit aux fortes hausses des taux d’intérêt sur les marchés à un jour. Le lendemain, la Réserve fédérale de New York a injecté 104,15 milliards de dollars sur les marchés financiers pour accroître la liquidité.

Bâtiment de la Réserve fédérale sur Constitution Avenue à Washington[Crédit: AP Photo/J. Scott Applewhite, dossier]

Conjuguées aux décisions de la Réserve fédérale de baisser deux fois les taux d’intérêt, et avec la perspective d’une nouvelle baisse à la fin de ce mois, ces mesures montrent clairement que, dans des conditions caractérisées par le Fonds monétaire international comme un ralentissement mondial «synchronisé», toute tentative de «normalisation» de la politique monétaire est bel et bien terminé.

La Banque centrale européenne a renversé son plan visant à mettre fin aux achats d’actifs financiers et à abaisser davantage son taux d’intérêt de base en territoire négatif. Tandis que la Banque du Japon continue d’être l’acheteur quasi exclusif de la dette publique et un acheteur important d’actions de sociétés.

En d’autres termes, la politique des grandes banques centrales du monde, agissant au nom d’une oligarchie financière mondiale, est un assouplissement quantitatif à l’infini.

Après le krach de 2008, la Fed et d’autres banques centrales ont distribué des billions de dollars aux banques et aux sociétés financières dont les actions avaient précipité la crise. Cet argent n’est pas entré dans l’économie réelle, mais directement dans les coffres des oligarques financiers. Maintenant, plus d’argent liquide illimité doit être mis à la disposition des élites financières qui cherchent à réduire les salaires et les conditions de travail des travailleurs.

La crise historique de l’économie capitaliste mondiale à l’origine de ce programme est illustrée dans les rapports publiés par le FMI pour sa réunion semestrielle à Washington cette semaine.

La caractéristique la plus importante du rapport des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, qui porte sur la croissance mondiale, n’est pas la réduction des projections de croissance pour cette année et pour l’année prochaine, aussi important que cela ait été. Selon l’analyse, on ne pouvait s’attendre à aucune reprise significative des «quatre grandes économies» — les États-Unis, le Japon, la zone euro et la Chine — au cours des cinq prochaines années.

À la fin de 2017, et jusqu’en 2018, le FMI et d’autres institutions mondiales annonçaient une reprise de la croissance mondiale. Cela a été considéré comme une indication que, enfin, après presque une décennie, l’économie mondiale connaissait enfin une certaine reprise.

La reprise s’est avérée remarquablement brève. Au milieu de 2018, la tendance s’était inversée, une situation qui s’est poursuivie jusqu’en 2019. Comme l’indique clairement le dernier rapport du FMI, la stagnation actuelle, avec la menace croissante d’une récession pure et simple, est maintenant la «nouvelle normalité».

Dans le même temps, les grandes banques centrales du monde ont adopté les politiques monétaires dites «non conventionnelles». Cela implique qu’ils baissent des taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas et ils injectent des milliards de dollars dans le système financier mondial en achetant des obligations d’État et autres actifs financiers. De telles pratiques ont créé les conditions d’une nouvelle crise financière, potentiellement plus dévastatrice encore que celle de 2008.

La raison d’être de ces politiques était qu’elles entraîneraient finalement une expansion économique après la récession la plus profonde depuis les années 1930. La reprise de la croissance économique se traduirait alors par un retour à une politique monétaire plus «normale».

Rien de tel n’a eu lieu. Au lieu de cela, le système financier est devenu tellement dépendant et même toxicomane envers l’offre infinie d’argent bon marché que même la moindre mesure qui vise à le réduire menace de déclencher une crise.

Les «politiques monétaires non conventionnelles» et la stagnation économique actuelle s’inscrivent désormais dans un cercle vicieux. La baisse de la croissance a fait que les investisseurs ne placent plus l’argent mis à leur disposition dans l’économie réelle, ils le canalisent vers des actifs financiers toujours plus risqués afin d’accroître leur capital. Toutefois, c’est ces actifs qui sont les plus susceptibles de s’effondrer en cas de ralentissement économique important, dont les signes sont de plus en plus évidents.

Cette perspective a été exposée dans un rapport du FMI sur la stabilité financière mondiale publié à l’occasion de la réunion de cette semaine.

«Dans un scénario de ralentissement économique important, deux fois moins grave que la crise financière mondiale, la dette à risque des entreprises [dette des entreprises qui ne sont pas en mesure de couvrir leurs paiements d’intérêts par leurs bénéfices] pourrait atteindre 19 000 milliards de dollars, soit près de 40 pour cent de la dette totale des entreprises des grandes économies, au-dessus des niveaux de crise», a-t-il déclaré.

Le rapport note que les taux très bas incitent les investisseurs à rechercher le rendement en prenant des «actifs plus risqués et les moins liquides afin de générer les rendements ciblés». Le résultat est que: «les vulnérabilités des institutions financières non bancaires sont maintenant élevées dans 80 pour cent des économies qui possèdent des secteurs financiers d’importance systémique». Cela représente une proportion semblable à celle observée «au plus fort de la crise financière mondiale».

Les questions cruciales pour la classe ouvrière du monde entier sont: quelles sont les implications de cette nouvelle étape de l’effondrement capitaliste et comment doit-elle y répondre?

Les réponses se trouvent dans un examen de l’économie politique de la dernière décennie.

Les politiques des banques centrales après 2008 semblaient créer de la richesse à partir de rien. Mais, tous les actifs financiers sont, en dernière analyse, une revendication sur la plus-value extraite du travail de la classe ouvrière partout dans le monde dans le processus de production capitaliste.

L’assouplissement quantitatif, débutant par le sauvetage des banques et des établissements financiers en 2008-2009, a continué avec une vaste expansion des actifs financiers depuis le krach. L’expansion de ces actifs financiers a engendré une restructuration des relations de classe avec un énorme augmentation de la plus-value extraite de la classe ouvrière.

Aux États-Unis, l’Administration Obama a organisé le renflouement des constructeurs automobiles GM et Chrysler en 2009. La bureaucratie syndicale de l’UAW l’a soutenue jusqu’au bout puisqu’elle était l’une des principaux bénéficiaires financiers. Le renflouement a brisé les conditions des ouvriers. C’était le début d’une offensive générale contre les salaires et les conditions.

En Grande-Bretagne, la campagne d'austérité lancée par le gouvernement travailliste et poursuivie sous les conservateurs a donné lieu aux plus grandes attaques contre les salaires et les conditions sociales depuis 200 ans. Dans tous les pays, la classe ouvrière a connu la stagnation et la chute des salaires réels et la destruction des conditions sociales.

En même temps, les inégalités sociales ont atteint des niveaux sans précédent dans l’histoire. De telles conditions sont incompatibles avec le maintien des droits démocratiques. En conséquence, le vaste transfert de richesses vers les sommets de la société tout au long de la dernière décennie a vu le développement de formes de gouvernement de plus en plus autoritaires. En outre, les plus hauts niveaux des États promeuvent de forces d’extrême droite et fascistes, dont la présidence Trump n’est qu’une expression.

Aujourd’hui, face à un effondrement de plus en plus profond de tout leur ordre économique, marqué par l’aggravation des conflits commerciaux et militaires. Sur le plan mondial, les classes dirigeantes sont dépourvues de tout programme pour atténuer ces conflits, et maintenant elles sont face à une vague croissante de lutte des classes.

Ils n’ont qu’une seule politique: l’escalade vers de nouveaux sommets de toutes les attaques qu’ils ont menées au cours de la dernière décennie.

Une fois de plus, l’industrie automobile américaine est au centre de cette offensive. L’objectif central de General Motors, agissant pour le compte de Wall Street, est d’établir de nouveaux niveaux d’exploitation encore plus intenses. Il s’inspire des méthodes développées par Amazon et les entreprises dans l’économie dite «gig».

Mais après des décennies de répression de la part des syndicats et des partis sociaux-démocrates, la classe ouvrière internationale s’efforce de se libérer de la camisole de force dans laquelle la classe dirigeante l’a enfermé. Aujourd’hui elle tente d’affirmer ses propres intérêts indépendants.

Le développement de ce mouvement dépend avant tout de la reconnaissance par les travailleurs que ce à quoi ils font face n’est pas une série de problèmes qui peuvent être résolus par des réformes disparates. C’est plutôt la décadence et la crise de tout un ordre socio-économique. Donc, la voie à suivre réside dans la lutte internationale pour le pouvoir politique sur la base d’un programme pour la reconstruction de la société humaine sur une base socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 19 octobre 2019)

 

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