La participation du Canada à la campagne de guerre menée par les États-Unis contre la Chine: Une question absente de la campagne électorale

Par Roger Jordan
21 octobre 2019

Le Globe and Mail a récemment rapporté que les ministères de la Défense du Canada et des États-Unis sont en train d'élaborer un «plan d'action» stratégique pour réduire la dépendance des deux pays envers la Chine pour 17 «terres rares» et autres minéraux essentiels. Le plan, qui vise des composantes utilisées dans les systèmes de missiles, les véhicules électriques, les écrans d'ordinateur, les lasers et d'autres dispositifs de haute technologie, confirme une fois de plus à quel point les préparatifs à Washington et à Ottawa pour une guerre commerciale et un conflit militaire complet avec la Chine sont avancés.

Le premier ministre libéral Justin Trudeau a révélé que des discussions sur cette initiative ont eu lieu au plus haut niveau de l'État. En réponse à une question posée par un journaliste du Globe lors d'une conférence de presse tenue le 30 septembre, Trudeau a déclaré qu'à la fin juin, il avait personnellement discuté avec le président américain Donald Trump de la nécessité d'une coopération stratégique entre le Canada et les États-Unis pour assurer la sécurité des terres rares et autres métaux ayant une importance militaire et économique majeure.

«J'en ai parlé au début de ma conversation avec Donald Trump lors de ma dernière rencontre avec lui», a dit Trudeau, ajoutant qu'il avait souligné que le Canada possède bon nombre des minéraux des terres rares qui sont si nécessaires aux technologies modernes.

De hauts fonctionnaires d'au moins huit ministères et organismes gouvernementaux et leurs homologues américains, dont le Cabinet du premier ministre, le ministère de la Défense, Affaires mondiales Canada, le ministère des Finances et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), travaillent à ce plan d'action.

Le premier ministre a confirmé que le plan d'action sera présenté au nouveau gouvernement du Canada après les élections fédérales du 21 octobre.

Selon le Globe, le plan exposera les grandes lignes des propositions de «financement de la défense pour les projets qui utilisent les minéraux, les investissements stratégiques dans les installations de traitement nord-américaines et l'intensification de la recherche et du développement dans l'extraction». En plus des terres rares, le plan proposera une façon dont les puissances impérialistes de l'Amérique du Nord peuvent s'approvisionner en autres minéraux et métaux, notamment en uranium, en lithium, en césium et en cobalt.

Cette évolution inquiétante est un autre signe que Washington et Wall Street, avec la connivence et la collaboration de l'élite dirigeante du Canada et de son appareil de renseignement militaire, se préparent activement à une guerre catastrophique avec la Chine, que le Pentagone a publiquement identifiée comme le plus formidable rival stratégique des États-Unis. L'année écoulée a été marquée par une intensification massive de l'offensive économique, militaro-stratégique et diplomatique des États-Unis contre la Chine, depuis les mesures de guerre commerciale et une campagne concertée pour exclure Huawei des réseaux 5-G de tous les pays de l'OTAN, jusqu'à l'annonce que les États-Unis vont bientôt déployer contre la Chine des missiles à moyenne portée à capacité nucléaire, précédemment prohibés.

Avec l'appui du Canada, l'administration Trump a retiré les États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) en août, dans le but premier de développer et de déployer de telles armes contre la Chine.

Il est frappant de constater que le rôle du Canada dans l'effort de guerre américain contre la Chine, ou toute discussion de fond sur les plans du gouvernement libéral de dépenser des dizaines de milliards de dollars pour de nouvelles flottes de navires et d'avions de guerre et le rôle de plus en plus agressif de l'impérialisme canadien sur la scène internationale, a été totalement absent de cette campagne électorale.

Il y a un accord tacite entre tous les partis, allant du Parti populaire du Canada d'extrême droite au NPD social-démocrate, pour occulter les discussions sur le réarmement du Canada et sa participation aux offensives militaires et stratégiques des États-Unis.

En ce qui concerne la Chine, la seule petite violation de cet accord est venue du Parti conservateur, qui demande au Canada de coopérer encore plus étroitement avec Washington contre la Chine.

Le silence de tous les partis sur le danger du militarisme et de la guerre est en contradiction flagrante avec la réalité d'un effondrement capitaliste mondial qui s'accélère. Les Canadiens se rendent aux urnes lundi au milieu des tensions croissantes entre les grandes puissances du monde. Même les commentateurs bourgeois reconnaissent que les rivalités interimpérialistes et la menace de guerre ont atteint un sommet depuis la Seconde Guerre mondiale.

Sous les conservateurs de Harper et les libéraux de Trudeau, le Canada s'est pleinement intégré à la campagne économique et militaire agressive de l'impérialisme américain contre la Chine. De l'accord militaire secret de 2013 établissant les conditions de la coopération entre les Forces armées américaines et canadiennes dans la région Asie-Pacifique à la conclusion, l'an dernier, d'un accord de libre-échange nord-américain révisé consolidant un bloc commercial nord-américain dirigé contre l'essor économique de la Chine, l'impérialisme canadien marche au pas avec Washington. Cela a été souligné en décembre dernier, lorsque les autorités canadiennes ont essentiellement enlevé Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, à la demande de Trump, pour de fausses accusations d'avoir fait affaire avec l'Iran.

La coordination étroite des politiques canadiennes et américaines dans le cadre de la guerre avec la Chine fait partie de la participation active du Canada à une série d'offensives militaires stratégiques dirigées par les États-Unis dans le monde entier. Les troupes canadiennes sont déployées aux côtés des forces américaines dans des centres de commandement interarmées au Moyen-Orient, supervisant les opérations en Syrie et en Irak. Le Canada est donc l'un des États de première ligne dans ce qui pourrait rapidement dégénérer en une guerre régionale impliquant toutes les grandes puissances, comme l'ont récemment démontré les tensions provoquées par l'invasion de la Syrie par la Turquie.

Les troupes canadiennes se tiennent également aux côtés de leurs homologues américains en Europe de l'Est pour encercler la Russie. Les forces canadiennes et américaines forment activement des unités militaires ukrainiennes pour, selon les propres termes de Trudeau, «libérer» le territoire ukrainien de la Russie. Et les soldats canadiens commandent l'un des quatre bataillons de réactions rapides de l'OTAN dans la Baltique et en Pologne, le long de la frontière occidentale de la Russie. Les bataillons sont les avant-postes d'un renforcement militaire massif de l'alliance dirigée par les États-Unis qui a pour but de faire la guerre à Moscou.

Le fait qu'aucune de ces questions n’a fait l'objet de discussions au cours de la campagne actuelle montre que tous les partis, y compris les Verts et le NPD, appuient pleinement la violence impérialiste canadienne dans le monde.

De plus, toutes les sections de l'establishment politique reconnaissent que le fait de discuter publiquement des plans en faveur de la guerre qu'elles ont toutes déjà accepté de mettre en œuvre après le 21 octobre provoquerait une opposition populaire généralisée. Ces plans comprennent l’augmentation des dépenses militaires de plus de 70% d'ici 2026, l’achat de nouveaux cuirassés, avions de guerre et drones et la modernisation de l'alliance canado-américaine de défense aérospatiale nord-américaine (NORAD). Cette dernière initiative est intimement liée à une puissante faction de l'élite dirigeante qui pousse le Canada à se joindre au bouclier antimissile balistique de Washington, dont le but ultime est de rendre une guerre nucléaire «gagnable».

Le NPD se plaint dans son programme électoral des «coupes» dans les dépenses militaires et de la «mauvaise gestion» des achats de cuirassés et d'avions de guerre, soulignant qu'il veillera à ce que ces projets clés de réarmement soient réalisés à temps. Le parti dénonce ensuite l'absence d'un «mandat stratégique» pour les forces armées. Cela s'inscrit dans le droit fil de l'appui du NPD à toutes les interventions militaires canadiennes à l'étranger depuis l'attaque de l'OTAN contre la Yougoslavie en 1999.

Les Verts sont également militaristes. Dans leur programme, ils affirment que depuis la fin de la guerre froide, la situation sécuritaire mondiale n'a jamais été aussi «précaire». En réponse, les Verts exigent des forces armées canadiennes «aptes au combat, qui peuvent intervenir dans divers contextes», soutenues par un «financement stable» pour faire face aux «urgences intérieures, à la défense continentale et aux opérations internationales».

Les programmes des Verts et du NPD tentent d'habiller leur appui à l'agression et à la guerre impérialiste canadienne d'une apparence pseudo-progressive en faisant référence au «maintien de la paix» et au «devoir de protéger». Cet impérialisme des «droits de l'homme» a été utilisé pour justifier pratiquement toutes les guerres d'agression de ces dernières années, du bombardement de la Libye en 2011 à l'intervention en cours en Irak, en Syrie et au Moyen-Orient. Loin de protéger qui que ce soit, ces conflits initiés ou déclenchés par les États-Unis ont coûté la vie à des centaines de milliers de civils et ont détruit des sociétés entières.

S'opposer à la campagne de guerre téméraire et désastreuse de la bourgeoisie exige une rupture inconciliable de la classe ouvrière avec tous les partis proguerre, y compris les partis «de gauche» de l'élite au pouvoir, les Verts et le NPD. Les travailleurs canadiens doivent s'unir aux travailleurs du monde entier dans un puissant mouvement antiguerre pour mettre fin à la violence impérialiste et s’orienter vers une perspective socialiste pour lutter pour le renversement du capitalisme, qui menace d'entraîner l'humanité, comme elle l'a fait deux fois au siècle dernier, dans un conflit mondial.

(Article paru en anglais le 17 octobre 2019)

 

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