Six mois depuis l'arrestation brutale de Julian Assange, éditeur de WikiLeaks

Par Oscar Grenfell
14 octobre 2019

Hier a marqué six mois depuis l’éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, a été expulsé de l'ambassade d’Équateur à Londres et arrêté par la police britannique. Le spectacle d'un journaliste persécuté malmené par cinq policiers costauds dans la capitale d'un pays prétendument démocratique a choqué des millions de personnes dans le monde.

Cette arrestation violente était elle-même l'aboutissement d'un complot politique sans précédent contre Assange, impliquant les gouvernements américain, britannique, suédois et australien. Washington et ses alliés l'ont poursuivi sans relâche pour avoir révélé leurs crimes de guerre et leurs intrigues diplomatiques, contraignant Assange à demander l'asile à l'ambassade d'Équateur en juin 2012.

Prisonnier pendant sept ans à l'intérieur de la petite ambassade, Assange a été privé de la lumière du soleil et empêché par le gouvernement britannique d'accéder à des soins médicaux adéquats. Au cours des 18 mois qui ont précédé la révocation de son asile, les autorités équatoriennes l’ont trahi et ont transformé le minuscule hébergement d’Assange en une prison de facto de la CIA, espionnant ses entretiens avec des avocats et mettant même en place une vidéo surveillance du journaliste australien directement retransmise à ses persécuteurs américains.

***Photo*** Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, transporté dans une voiture de police au tribunal[source: AP Photo / Matt Dunham]

Toute illusion selon laquelle Assange serait traité humainement par les autorités britanniques a été dissipée. Il a été incarcéré à la prison de Belmarsh, un établissement de sécurité maximale conçu pour les meurtriers et les terroristes condamnés, dans des conditions de quasi-isolement cellulaire. Assange n'a été autorisé qu'à deux visites par mois et n'a pas accès aux ordinateurs ni aux documents juridiques nécessaires à la préparation de sa défense.

Assange a été soumis à une parodie judiciaire après l'autre.

Lors d'une audience administrative tenue hier, un juge britannique a décidé qu'il resterait indéfiniment derrière les barreaux, considéré comme un «risque de fuite», en dépit de la fin au 22 septembre de sa peine purgée pour une infraction bidon à une mise en liberté sous caution.

En d'autres termes, le fondateur de WikiLeaks est explicitement détenu en tant que prisonnier politique. Tous les motifs pseudo-juridiques de son maintien en détention ont été abandonnés. Il est emprisonné par la Grande-Bretagne à la demande du gouvernement américain, qui tente de le faire extrader pour le trainer dans un procès spectacle et le condamner à une peine de réclusion à perpétuité pouvant aller jusqu'à 175 ans pour le «crime» d'avoir publié la vérité.

Un journaliste de l'AFP a déclaré qu'Assange, qui avait comparu devant l'audience administrative hier via une liaison vidéo, «a donné son nom et son âge d'une voix hésitante et légèrement rauque, tout en chancelant avec les épaules affalées. Assange a commencé à tirer les manches de son pull par-dessus ses jambes croisées en écoutant le juge passer quelques minutes à parcourir le dossier.»

Cette scène tragique fait suite à un avertissement du père d'Assange, John Shipton, la semaine dernière, craignant que son fils ne meure en prison. Cela confirme la conclusion du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, en mai dernier, selon laquelle Assange est victime de «torture psychologique» en raison de «formes progressivement sévères de traitements cruels, inhumains et dégradants.»

Tandis qu'Assange est soumis à un traitement qui équivaut à la torture dans une prison britannique, les criminels de guerre, contre qui il a tant fait pour les dénoncer, ne sont pas inquiétés. Dans un tweet de la semaine dernière et dans son discours de campagne fascisante d'hier, le président américain Donald Trump a reconnu que les guerres américaines au Moyen-Orient au cours des deux dernières décennies étaient basées sur des mensonges et avaient coûté la vie à des millions de personnes.

Pourtant, les seules personnes emprisonnées en Grande-Bretagne et aux États-Unis pour des faits liés aux guerres en Irak et en Afghanistan sont celles qui ont fait plus que quiconque pour révéler leur criminalité: Assange et la courageuse lanceuse d’alerte Chelsea Manning.

Manning est emprisonnée par le gouvernement américain depuis plus de sept mois pour avoir refusé de se parjurer en témoignant contre Assange. Les documents qu'elle a divulgués à WikiLeaks ont révélé des dizaines de milliers de civils tués en Irak et en Afghanistan qui avaient été dissimulés aux États-Unis, l'existence d'unités d'assassinat secrètes au sein de l'armée américaine et le recours à la torture à grande échelle.

La tentative de poursuivre Assange pour avoir révélé ces crimes historiques à la population mondiale montre que sa persécution vise à criminaliser l'opposition à la guerre, alors que l'impérialisme américain se prépare à de nouveaux et encore plus désastreux affrontements militaires, notamment avec la Chine et la Russie.

Alors qu'ils cherchent à destituer Trump dans le cadre d'une lutte acharnée au sein de l'élite dirigeante américaine, les démocrates soutiennent pleinement la tentative de son gouvernement de faire taire Assange. Faisant preuve de leur rôle en tant que parti prééminent de l'armée et des agences de renseignement, les démocrates ont été le fer de lance de la poursuite d'Assange, lancée par le gouvernement Obama.

Les publications des grands médias, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans le monde entier, ont joué le rôle de propagandistes de cette campagne, diffamant sans relâche Assange et cherchant à empoisonner l'opinion publique à son encontre. S'ils se sont inquiétés des accusations portées contre Assange dans le cadre de la loi sur l'espionnage, ce n'est que par crainte que des mesures similaires pourraient être prises à leur sujet à l'avenir.

Le Washington Post aparlé au nom de tous les scribouillards de l’establishment, du New York Times au Guardian, lorsqu’il se plaint en mai dernier que «le gouvernement fédéral aurait pu enfermer M. Assange pendant des années sans mettre en cause le premier amendement», une poursuite en justice qui menace ce dernier en lien avec la loi sur l’espionnage.

En Grande-Bretagne, tous les partis officiels, y compris le Parti travailliste de Jeremy Corbyn, sont complices de la détention d'Assange, dont la vie même est menacée. En Australie, les gouvernements successifs, qu'ils soient travaillistes ou conservateurs, ont refusé de défendre Assange, malgré le fait qu’il soit un citoyen australien. L'establishment australien a préféré rejoindre la vendetta dirigée par les États-Unis contre lui.

De leur côté, la pseudo-gauche, les syndicats et une foule d'organisations soi-disant «des défenseurs de libertés civiles» ont abandonné Assange, le jetant aux loups à mesure qu'elles ont fait la paix avec la guerre et la répression impérialistes.

L’expérience le montre qu’il n’y aura pas de défense d’Assange ou de droits démocratiques par quelle que couche que ce soit du média et des partis politiques de l’establishment.

La couche de la population disposée à lutter pour les prisonniers de guerre de classe comme Assange et Manning, et vaincre le tournant vers l'autoritarisme, est la classe ouvrière internationale. Partout dans le monde, les travailleurs se lancent dans de grandes luttes, des 48.000 travailleurs américains de l’automobile actuellement en grève aux centaines de milliers de personnes qui se rebellent contre le même régime corrompu équatorien qui a livré Assange à ses persécuteurs.

La défense d’Assange est un élément central de la défense de tous les droits sociaux et politiques de la classe ouvrière. La campagne contre lui a toujours eu pour objectif de créer un précédent pour la victimisation de quiconque s'oppose aux crimes et à l'illégalité commis par les gouvernements et prend position contre le pouvoir en place. S'il est extradé aux États- Unis et poursuivi, cela ouvrira la porte à une attaque encore plus intense contre les droits démocratiques, dirigée avant tout contre la classe ouvrière.

Le WSWS appelle tous les travailleurs, étudiants, jeunes et défenseurs des libertés civiles à se joindre à notre campagne internationale pour la liberté immédiate et inconditionnelle d’Assange, de Manning et de tous les prisonniers de guerre de classe.

(Article paru en anglais le 12 octobre 2019)

 

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