Le Nouveau parti anticapitaliste exige une escalade militaire contre la Turquie en Syrie

Par Alex Lantier
14 octobre 2019

La réponse du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste à l’offensive sanglante du gouvernement turc contre les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie montre que c’est un intrument de l’impérialisme. Alors que les protestations contre l’attaque turque commencent, le NPA intervient pour promouvoir une perspective pro-guerre. Il appelle à une action agressive des principales puissances de l’OTAN contre la Turquie et à une intervention militaire impérialiste renforcée dans tout le Moyen-Orient.

Dans sa déclaration «Contre l’expédition militaire d’ [président turc Recep Tayyip] Erdoğan», le NPA écrit: «L’annonce par Trump du retrait américain de la zone tampon entre la Turquie et la zone détenue par les forces démocratiques syriennes (SDF), même si le président américain est ensuite revenu partiellement sur ses déclarations, a été prise pour un feu vert par Erdoğan pour commettre un nouveau massacre.» Elle demande ensuite un renforcement des sanctions et une action militaire contre la Turquie.

«La question des sanctions à l’encontre de la Turquie de Erdoğan doit également être posée», déclare le NPA. Il ajoute dans un article d’accompagnement: «c’est du devoir de toute la gauche française d’obtenir l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne et de sanctions économiques et diplomatiques contre la Turquie.»

Le professeur Gilbert Achcar, du NPA, s’est fait l’écho de cet appel depuis son poste universitaire à Londres. Il a exigé que les grandes puissances de l’OTAN arment les milices kurdes pour une guerre par procuration contre la Turquie. Il a dit: «Les alliés de l’OTAN du gouvernement turc doivent cesser leur soutien militaire à Ankara. Ils doivent imposer des sanctions économiques au gouvernement turc jusqu’à ce qu’il retire ses troupes de Syrie. Ils doivent fournir au mouvement kurde les armes dont il a besoin pour lutter contre l’invasion de son territoire par la Turquie.»

Achcar, un partisan de longue date de la guerre impérialiste au Moyen-Orient, salue les candidats démocrates à la présidence qui s’opposent au retrait des troupes américaines de Syrie. Il cite avec approbation les critiques du retrait des troupes américaines par Bernie Sanders, qui les qualifie d’«extrêmement irresponsables», et par Elizabeth Warren, qui les qualifie d’«imprudentes et non planifiées». Cela ne fait que souligner les liens étroits qui existent entre le NPA et les partis sans scrupules des grandes entreprises comme le Parti démocrate en Amérique.

Le NPA s’oppose à la seule politique viable et progressiste: unir les travailleurs au niveau international—turcs, kurdes, moyen-orientaux, européens, américains et au-delà — dans un mouvement révolutionnaire contre l’impérialisme et la bourgeoisie du Moyen-Orient. Au lieu de cela, le NPA cherche à faire pression sur les travailleurs et les jeunes pour qu’ils soutiennent une guerre menée par des sections de l’élite dirigeante impérialiste. Il vise celles liées au Parti démocrate, au Pentagone et à la forc nationaliste kurde des FDS, qui se battent pour le compte de Washington.

Le NPA publie sa politique avec mépris et indifférence à l’égard de la classe ouvrière turque. Des sanctions comme celles déjà imposées par Trump contre les exportations turques d’acier feraient perdre leur emploi à d’innombrables milliers de travailleurs en Turquie, augmenteraient l’inflation et réduiraient le niveau de vie des travailleurs. Après que Trump a menacé d’écraser l’économie turque avec des tarifs de guerre commerciale, les sénateurs américains Lindsey Graham et Chris Van Hollen ont dévoilé leurs plans pour de nouvelles sanctions contre la Turquie.

Amèrement hostile à l’unification des travailleurs de différentes nationalités contre la spirale accélérée de la guerre au Moyen-Orient, le NPA préconise plutôt une guerre impérialiste contre la Turquie. Tel est le contenu de classe de ses appels lancés à l’OTAN pour qu’elle applique une zone d’exclusion aérienne et arme les FDS contre la Turquie. L’application d’une zone d’exclusion aérienne à la frontière turco-syrienne implique que les forces armées américaines et européennes prennent le contrôle de l’espace aérien turc et syrien. Ces derniers déploient des forces prêtes à abattre les jets turcs dans cette zone et à détruire les forces terrestres et les missiles turcs qui tentent de protéger ces jets.

Fait remarquable, le NPA ne tient jamais compte des conséquences d’éventuelles représailles militaires des forces turques contre la France ou d’autres puissances impérialistes qui lanceraient une telle guerre contre la Turquie, dont l’armée est l’une des plus puissantes et avancées du Moyen-Orient.

Les pyromanes du NPA sont trop pressés pour se préoccuper des principes ou des conséquences de leurs propres actions. L’orientation de classe des ex-étudiants radicaux de 1968 que l’aristocratie financière fait passer frauduleusement depuis des décennies pour de la «gauche» est maintenant bien visible. Alors que ces riches professeurs d’université et dirigeants syndicaux assistent à la débâcle de leur politique au Moyen-Orient. Ils craignent l’effet que cela peut avoir sur la position mondiale des gouvernements et des marchés financiers américains et européens, et donc sur leurs propres portefeuilles d’actions, ils paniquent.

La fièvre guerrière qu’ils attisent contre la Turquie fait directement écho à leur réponse hystérique en 2011 aux soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Égypte. Ils ont soutenu les guerres par procuration de l’OTAN en Libye et en Syrie, d’où découle l’intervention turque en Syrie. Quiconque est tenté de soutenir la campagne du NPA contre la Turquie ferait bien de se rappeler les conséquences horribles de la dernière grande propagande du NPA pour une guerre.

Alors que l’OTAN bombardait les villes libyennes, Achcar a insisté sur le fait que la guerre de l’OTAN devait être soutenue comme un acte humanitaire pour protéger les manifestants contre le gouvernement en Libye. Affirmant qu’il était malheureusement contraint de soutenir la guerre, Achcar a déclaré qu’«en l’absence de tout autre moyen d’atteindre l’objectif de protection, personne ne peut raisonnablement s’y opposer… Vous ne pouvez pas, au nom des principes anti-impérialistes, vous opposer à une action qui empêcherait le massacre des civils.»

L’issue tragique de ce conflit, au cours duquel l’OTAN a bombardé la Libye et armé les milices islamistes armées comme forces par procuration contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi a confirmé l’insistance du WSWS sur la nécessité d’une opposition marxiste — fondée sur des principes — à la guerre impérialiste.

Près d’une décennie après que cette guerre se soit terminée par la torture et le meurtre extrajudiciaire de Kadhafi, la Libye est toujours plongée dans une guerre civile entre des milices islamistes rivales, soutenues par l’impérialisme. Son industrie pétrolière est en ruines, et les mensonges du NPA selon lesquels la guerre impérialiste construirait la démocratie ont explosé. Le régime néocolonial libyen gère un réseau de camps de concentration pour le compte de l’Union européenne (UE) où les réfugiés sont battus, violés, assassinés ou vendus comme esclaves pour les empêcher de traverser la Méditerranée vers l’Europe.

L’attaque turque contre les FDS est un autre fruit empoisonné de cette campagne de guerre et des huit années de bain de sang soutenu par le NPA en Syrie qui ont coûtées des centaines de milliers de vies. En 2015, le régime syrien, aidé par les troupes russes et iraniennes, avait largement écrasé les milices islamistes impopulaires que les puissances de l’OTAN avaient mobilisées contre lui. En conséquence, Washington a apporté son soutien aux milices nationalistes kurdes qui ont fourni les forces décisives au sein du SDF en tant que nouvelle et principale force mandataire américaine en Syrie.

Les partis nationalistes kurdes, en concluant une alliance avec l’impérialisme américain, ont trahi la lutte du peuple kurde pour obtenir les droits démocratiques et culturels au Moyen-Orient. Avec le soutien du NPA, ils l’ont mené dans un bain de sang. L’alliance Etats-Unis-FDS a terrifié le gouvernement turc, qui craignait qu’elle n’enflamme le séparatisme kurde en Turquie et a poussé Washington à abandonner les FDS. Finalement trahis par Trump, les Kurdes font maintenant face à l’assaut turc sans pouvoir faire appel au mécontentement croissant des travailleurs turcs contre Erdoğan.

Une autre victime de l’offensive turque est la posture progressiste du NPA, fondée sur son adhésion aux partis nationalistes kurdes pro-impérialistes. Pendant des années, les partis petits-bourgeois de toute l’Europe ont salué l’enclave «Rojava» du SDF. Ils ont essayé de peindre leur soutien à la guerre syrienne en couleurs «de gauche». Ils l’ont présentée comme un paradis anarchiste des droits des femmes et de l’auto-organisation autonome. L’offensive turque après le retrait de Trump a révélé que l’existence de Rojava dépendait entièrement de la présence des troupes américaines.

Le NPA écrit que l’objectif de Erdoğan «est clair: détruire la zone d’autonomie créée par les Kurdes. Erdoğan ne peut que la considérer comme une menace pour son gouvernement et sa politique nationaliste, étant donné les problèmes croissants qu’il a rencontrés lors des récentes élections municipales. […] Le développement du pluralisme religieux, le respect de l’autonomie des nationalités et les progrès des droits des femmes rendent son existence intolérable pour l’autocratique Erdoğan.»

En fait, le Rojava n’était pas un havre démocratique, mais une garnison protégée par les troupes américaines. Comme cela a été largement rapporté, il contenait des camps de prisonniers où plus de 11.000 personnes ont été emprisonnées par les puissances impérialistes, simplement parce qu’elles étaient soupçonnées d’être des combattants de l’État islamique (IS). Les tentatives du NPA pour présenter le Rojava comme une voie révolutionnaire et démocratique pour les Kurdes et d’autres peuples du monde étaient une fraude éhontée.

Le Rojava opérait sous le diktat du Pentagone, la force contre-révolutionnaire décisive au Moyen-Orient. En tant que telle, sa population était subordonnée aux plans de guerre implacables de l’impérialisme américain et de ses alliés européens. Ainsi qu’à l’accélération de leurs préparatifs de guerre avec l’Iran et à une conflagration militaire généralisée dans tout le Moyen-Orient. La propagande avec laquelle le NPA avait dissimulé cette réalité amère a été soudainement soufflée lorsque Trump a retiré ses troupes et a discuté avec Erdoğan de l’offensive de l’armée turque en Syrie.

La seule stratégie progressiste pour lutter contre l’attaque d'Erdoğan contre les forces kurdes est d’unir et de mobiliser la classe ouvrière dans la lutte contre la guerre. L’opposition à Erdoğan en Turquie, l’augmentation des grèves et des protestations sociales au Moyen-Orient, de l’Irak à la Jordanie et à l’Algérie, et la colère sociale et la désaffection croissante face à la guerre en Amérique et en Europe, indiquent le fondement objectif d’une telle politique.

Mais surtout, un tel mouvement exige une direction politique qui lutte pour la perspective socialiste internationaliste et révolutionnaire avancée par le Comité international de la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial. Une telle direction ne peut se construire que par une lutte sans compromis contre la ligne politique pro-impérialiste du NPA.

(Article paru d’abord en anglais le 12 octobre 2019)

 

Commenting is enabled but will only be shown on the live site.