Après l’attentat à la préfecture de Paris, Macron lance une campagne islamophobe

Par Anthony Torres
11 octobre 2019

Le discours prononcé mardi par Emmanuel Macron à la préfecture de police de Paris après l’attaque au couteau d’un employé du renseignement faisant 4 morts marque un nouveau tournant du président français vers une politique néofasciste. La révélation qu’un membre du renseignement au centre de l’appareil d’État aurait été islamiste a ébranlé la classe politique et les forces de l’ordre. Faisant le silence sur les causes du drame, Macron a préféré lancer un appel violent à «éradiquer» l’islamisme.

D’après les investigations menées depuis l’attentat du 3 octobre, Mickaël H. aurait adhéré à «une vision radicale de l’Islam» depuis une dizaine d’années, et que cette radicalisation s’est affirmée plus nettement ces cinq dernières années. Il aurait limité son contact avec les femmes, justifié les attentats de Daech contre Charlie Hebdo auprès de ses collègues, et envoyé 33 SMS sur des sujets religieux le jour de l’attentat à sa femme, qui est à présent au coeur des investigations.

Dans son discours, Macron n’a rien dit sur la promotion par la France et l’OTAN de réseaux islamistes pour mener la guerre en Syrie, ni sur la surcharge de travail imposée aux policiers par sa violente répression de l’opposition des travailleurs à l’austérité. Un an après son salut à Pétain en tant que «grand soldat», Macron a appelé à la formation d’un État policier faisant la guerre aux islamistes.

Macron a dit: «Vos collègues sont tombés sous les coups d’un islam dévoyé et porteur de mort qu’il nous revient d’éradiquer. L’administration seule et tous les services de l’État ne sauraient venir à bout de l’hydre islamiste (...) Une société de vigilance, voilà ce qu’il nous revient de bâtir».

Macron a insisté que pour stopper les attentats, il s’agit de créer une atmosphère nauséabonde basée sur la dénonciation. Il faut selon lui «savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République».

Ainsi une personne de confession musulmane pratiquant le ramadan ou qui fait plusieurs fois la prière par jour pourra être dénoncée comme étant «éloignée des lois et des valeurs de la République». Elle pourrait ainsi être poursuivie voire licenciée si elle est employé à la SNCF ou à la RATP, qui demandent aux services de renseignement des fiches sur leurs personnels afin de les licencier pour radicalisation.

C’est là l’avenir que Macron promet sur une durée indéterminée. Il a dit que «vaincre l’islamisme radical prendra du temps. C’est le défi d’une génération. C’est un travail de longue haleine toujours trop lent mais un travail là aussi nécessaire dont nous ne céderons rien, bien au contraire.»

Ce discours démontre comment les mensonges politiques sur les guerres impérialistes à l’extérieur servent à renforcer la poussée vers un État policier fascisant. Car l’émergence de «l’hydre islamiste» est de la responsabilité de l’impérialisme, et non de l’islam ou des musulmans.

Le fait que l’on retrouve des islamistes dans le renseignement français n’est pas une surprise. Le renseignement Français ont collaboré avec les réseaux islamistes pour mener des guerres contre les régimes de Kadhafi en Libye et d’Assad en Syrie à partir de 2011. Les présidents comme Sarkozy et Hollande et des imposteurs de pseudo gauche comme Besancenot chantaient tous les louanges de l'idée d'armer les rebelles, faisant le silence sur le caractère islamiste et terroriste des réseaux en question.

Une vaste propagande s’est faite dans les médias pour présenter ces réseaux comme de courageux insurgés luttant pour la libération de leurs pays. Il est impossible pour l’heure de savoir quel impact cette propagande a eu sur Mickaël H. Toujours est-il que sa radicalisation date environ du début des guerres en Libye et en Syrie, et qu’elle se serait affirmée plus nettement alors que Paris rompait avec certaines milices islamistes en Syrie, en attaquant Daech.

Il aurait poursuivi sa radicalisation alors que Washington, pour protéger son régime fantoche en Irak contre lequel Daech s’était retourné, décidait de mener la guerre à Daech, et que la France et l’Europe subissaient les attentats par lesquels Daech a réagi. Loin de riposter en abandonnant tout soutien aux réseaux islamistes après l’attentat à Charle Hebdo, les puissances de l’OTAN ont réagi en couvrant ces réseaux et en faisant monter la répression.

L’expansion des pouvoirs répressifs de la police sous l’état d’urgence imposé entre 2015 et 2017 a créé une atmosphère même plus tendue parmi les forces de l’ordre. Chargées de réprimer l’opposition à la loi travail, à la réforme des universités, à la casse du statut des cheminots, et celle des «gilets jaunes», elles sont depuis presque quatre ans régulièrement en guerre contre l’opposition sociale. Ceci a créé une hystérie permanente dans les forces de l’ordre faisait flamber les taux de suicide, supérieurs d’un tiers à ceux de la population générale.

Le mensonge qui consiste à faire porter la responsabilité des attentats à l’islam et aux musulmans, plutôt qu’à l’impérialisme, a les conséquences les plus réactionnaires. Il entoure les musulmans dans la presse officielle d’un suspicion permanente qui attise les préjugés racistes et renforce le néofascisme.

Marine Le Pen a déclaré être «ravie» d’ailleurs des interventions d’Emmanuel Macron appelant sa majorité «à faire face» et à ne pas fuir le sujet de l’islam. La dirigeante néofasciste a expliqué: «Sarkozy avait fait de même. On était alors dans les choux et ça nous a permis de rebondir. Chaque fois qu’un président fait des sorties tonitruantes sur l’immigration, qu’il accompagne ensuite de mesurettes, ça nous sert».

La presse a mené comme d'habitude une campagne antidémocratique pour intensifier la méfiance et l’hostilité envers l’islam. «L’expert» du terrorisme pour la chaine BFMTV, Mohamed Sifaoui a dit: «Je suis désolé si ça doit faire sursauter. Aujourd’hui, voir une personne dont ce n’est pas la culture embrasser la religion musulmane à 45 ans, ça doit poser question.»

Quant au philosophe de droite Alain Finkielkraut, lui aussi invité par la chaîne d’info à se prononcer contre l’islam, il a assuré que l’« On a le droit et le devoir de généraliser. Dans un souci de rigueur intellectuelle, l’islam existe en tant qu’islam. Il n’y a pas que des musulmans qui sont de purs individus. En 1956, 1956 !, Malraux disait que l’Occident s’aveugle, ne veut pas voir qu’il y a un problème de l’islam. ».

Cette propagande de la part des médias, d’intellectuels réactionnaires et de l’État est un avertissement aux travailleurs. En créant un climat de guerre de religions, la classe dirigeante non seulement foule au pieds les droits démocratiques mais se dote d’un État policier braqué sur les travailleurs et les jeunes. La défense des musulmans contre cette hystérie répressive, comme l’opposition à la guerre et au terrorisme individuel est une tâche essentielle qui revient à la classe ouvrière.

 

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