Visite de la créatrice de mode Vivienne Westwood à Assange: «C’est un combattant de la liberté!»

Par Oscar Grenfell
14 septembre 2019

La célèbre créatrice de mode Dame Vivienne Westwood a rendu visite mercredi à Julian Assange à la prison de Belmarsh, à Londres. Elle a ensuite condamné avec passion la persécution du fondateur de WikiLeaks et appelé à sa liberté.

Au moment où Vivienne Westwood visita Assange, cela faisait exactement cinq mois qu’il avait été expulsé de l’ambassade d’Équateur à Londres (le 11 avril) et brutalement arrêté par la police britannique. Ce jour anniversaire, ainsi que la visite de Westwood à Belmarsh, a fait l’objet d’un black-out total dans la presse bourgeoise britannique, américaine, australienne, ou dans d’autres pays.

Julian Assange

Et cela, malgré que la créatrice de mode ait une renommée internationale dans son domaine. Westwood est largement reconnue pour avoir intégré les tendances de la nouvelle vague et de la mode punk dans la mode grand public. Elle a remporté de nombreux prix et se prononce depuis de nombreuses années sur les questions sociales comme les inégalités et la destruction de l’environnement.

Les activités professionnelles et opinions politiques de Westwood sont largement couvertes par les principaux médias. La BBC a, par exemple, publié deux articles à son sujet ce dernier mois. L’Independent a publié ses commentaires sur le changement climatique en août et le Guardian l’a citée au moins six fois cette année.

Ces médias, comme toute la presse britannique, ont ignoré un «appel à la presse» de WikiLeaks, qui avait déclaré que Westwood visiterait Assange et ferait des commentaires aux médias. Les réseaux RT et Ruptly, propriété de la Russie, sont à ce jour les seules publications ayant rendu compte de l’événement.

Le silence des médias est un acte de censure délibéré. Il vise à empêcher le public d’entendre les avertissements d’une personnalité culturelle de premier plan, sur la dégradation de la santé d’Assange et sur les questions de principe en jeu dans sa persécution.

Quand elle est sortie de la prison à sécurité maximale, Westwood a dit à RT et à un groupe de supporters de WikiLeaks qu’elle avait été « absolument ravie » de voir Assange.

Westwood a rapporté qu’Assange avait «perdu du poids» depuis qu’elle l’avait vu la dernière fois et qu’il était détenu dans les conditions d’un quasi isolement cellulaire. «L’état dans lequel il est, c’est un miracle», a-t-elle ajouté: «Je ne sais pas comment je m’en tirerais.»

D’autres visiteurs récents d’Assange, dont le journaliste d’investigation John Pilger et le frère du fondateur de WikiLeaks, Gabriel Shipton-Barber, ont averti que sa santé s’était considérablement détériorée au cours des cinq mois de son incarcération.

La créatrice de mode a déclaré qu’Assange était «un homme innocent» qu’on avait «persécuté pendant neuf ans pour avoir dit la vérité».

Westwood a souligné le caractère sans précédent de l’emprisonnement d’Assange. Il est incarcéré dans une prison de haute sécurité où sont détenus des assassins et des terroristes condamnés, bien que reconnu seulement coupable d’une infraction mineure à une libération sous caution, conséquence de sa demande d’asile politique acceptée en 2012.

«Il ne doit pas être extradé» a déclaré Westwood. Elle a averti que s'il était envoyé aux États-Unis, «cet homme risqu[ait]175 ans de prison, qu’on le croie ou pas. C'est totalement disproportionné. C'est le genre de chose dont une nation devenue folle accuserait quelqu'un, parce qu’il a dit la vérité».

La créatrice de mode a salué Assange comme un «combattant de la liberté», ajoutant: «S’il est un homme si innocent et si bon, c’est parce qu’il est un combattant de la liberté. Pourquoi pensez-vous que des gens comme cela défendent la vérité? Parce qu’ils se soucient des gens, voilà pourquoi.»

Westwood à l'extérieur de la prison de Belmarsh (Capture d'écran/RT)

Westwood a cité la vidéo «Collateral Murder», rendue publique par WikiLeaks en 2010, qui montrait des militaires américains dans un hélicoptère Apache en Irak tirant sur des civils non armés dont deux journalistes de Reuters. Elle dit que des figures comme Assange «s’en faisaient que des gens puissent essayer de tirer en toute impunité sur des innocents ».

Les commentaires de Westwood font suite à d’autres fortes interventions en défense Assange de la part d’artistes et d’intellectuels.

Le 2 septembre, Roger Waters, célèbre musicien cofondateur de Pink Floyd, a chanté un très émouvant «Wish you were here», qu’il a dédié à Assange.

John Pilger s’est joint à Waters en s’adressant à une foule d’un millier de travailleurs, d’étudiants et de jeunes. «En défendant Julian Assange, nous défendons nos droits les plus sacrés. Faites-vous entendre maintenant ou réveillez-vous un matin dans le silence d’une nouvelle tyrannie. À nous de choisir » a-t-il déclaré.

L’événement le plus important en faveur d’Assange depuis de nombreuses années s’est vu accueilli par le silence de pratiquement toutes les publications bourgeoises, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Australie.

Vendredi dernier, la mannequin et actrice Pamela Anderson a présenté une robuste défense d’Assange dans l’émission télévisée américaine «The View». Elle a réfuté les calomnies selon lesquelles Assange et WikiLeaks auraient menacé la «sécurité nationale américaine» et a insisté sur le fait qu’il était persécuté pour avoir dénoncé des crimes de guerre américains.

La réfutation par Anderson des dénonciations hystériques d’Assange par Meghan McCain, panéliste régulière et fille du feu sénateur John McCain, furent soutenues par l’auditoire du studio de télévision et largement diffusées sur les réseaux sociaux.

La défense d’Assange par Westwood, Pilger, Waters, Anderson et d’autres personnalités en vue, reflète le large soutien pour le fondateur de WikiLeaks parmi des millions de travailleurs, d’étudiants et de jeunes.

Le refus des médias bourgeois de parler du calvaire d’Assange, voire même de mentionner les événements ayant lieu pour sa défense, souligne l’intense crainte de l’establishment politique et médiatique dans chaque pays que de tels sentiments ne se cristallisent en un mouvement politique qui lutte activement pour sa libération.

(Article paru d’abord en anglais le 12 septembre 2019)