Craignant la rébellion des travailleurs de l'automobile contre le syndicat UAW, Trump reçoit le PDG de General Motors à la Maison Blanche

Par Jerry White
7 septembre 2019

Un peu plus d’une semaine avant l’expiration des accords salariaux couvrant 155.000 travailleurs de l’automobile chez General Motors, Ford et Fiat Chrysler, le président Trump a tenu une réunion à huis clos jeudi après-midi avec le PDG de GM.

Avant la réunion, Reuters avait déclaré que les sujets principaux abordés par Trump et Mary Barra, PDG de GM, incluaient le futur accord salarial des travailleurs de GM, le projet de la société de fermer quatre usines américaines et la guerre commerciale avec la Chine.

La Maison Blanche n'a divulgué aucun détail de la discussion, et le seul commentaire de Barra parlait d’une réunion «productive et précieuse».

La réunion de la Maison Blanche, rare voire sans précédent, à la veille des négociations, témoigne de la peur qui règne dans les cercles dirigeants que les travailleurs de l'automobile se rebellent contre le syndicat UAW et suscitent un mouvement d'opposition plus large de la classe ouvrière.

President Donald Trump gestures towards GM CEO Mary Barra, right, before the start of a meeting with automobile leaders in the Roosevelt Room of the White House in Washington, Tuesday, Jan. 24, 2017. From left are, Vice President Mike Pence, left, and Matt Blunt, president of the American Automotive Policy Council and the former governor of Missouri. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Le président Donald Trump fait signe à la directrice générale de GM, Mary Barra, à droite, avant le début d'une réunion avec les leaders de l'automobile dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche à Washington, le mardi 24 janvier 2017. À gauche, le vice-président Mike Pence et Matt Blunt, président de l’American Automotive Policy Council et ancien gouverneur du Missouri. (AP Photo / Pablo Martinez Monsivais)

L'UAW n'a pas appelé à une grève nationale majeure depuis la grève chez Ford en 1976. Il a joué un rôle crucial dans la répression de la lutte de classe et facilité un vaste transfert de richesse vers l’élite patronale et financière américaine au cours des quatre dernières décennies.

La colère refoulée contre l'UAW a atteint un point d'ébullition après des révélations que ses principaux dirigeants avaient été payés des millions de dollars en pots-de-vin pour signer des accords favorables aux entreprises, ce qui a coûté des dizaines de milliers de dollars à chaque travailleur, en salaires et avantages perdus.

Comme l'a montré le vote d'autorisation de grève de 96 pour cent, les travailleurs de l'automobile sont déterminés à récupérer des années de reculs sociaux concédés par l'UAW. En particulier, des dizaines de milliers de jeunes travailleurs embauchés après le krach financier de 2008-2009 souhaitent abolir les salaires de misère «de seconde catégorie», bénéficier d'une couverture médicale complète et mettre un terme aux emplois temporaires, à temps partiel et intérimaires.

La situation actuelle est «en territoire inconnu», a averti mercredi le chroniqueur de Detroit News, Daniel Howes. «Cela fait une décennie depuis que deux des trois constructeurs automobiles de Detroit ont connu la faillite provoquée par le gouvernement fédéral; les entreprises rentables cherchent à réduire les coûts de main-d'œuvre alors même que les travailleurs horaires demandent des augmentations de salaire de base et le maintien des couvertures de santé privées parmi les meilleures mondiales; les rapports fédéraux et les reportages publiés par The Detroit News montrent que les dirigeants syndicaux récents et en exercice ont utilisé des fonds de formation et les cotisations des membres pour financer des avantages en nature somptueux, tels que de longues vacances et la construction d'une maison au bord du lac pour un président à la retraite.»

Howe ajoute, exprimant l'appréhension de la classe dirigeante à propos de ce qui va se passer ensuite: «C'est dans ce contexte confus que les négociateurs de l'UAW et de GM ont la responsabilité de parvenir à un accord de principe que la majorité des 46.000 travailleurs horaires du constructeur automobile pourrait ratifier. Bonne chance avec cela: la puanteur de la corruption, la suspicion et la méfiance pèseront sur tout ce que propose les deux intéressés, et personne ne devrait s’étonner que les syndiqués utilisent la ratification pour enregistrer leur dégoût et voter non.»

Les «négociations» en cours sont une fraude totale. Les comités de négociation UAW triés sur le volet sont totalement illégitimes. L’aveu de culpabilité mercredi de Michael Grimes, haut responsable de l'UAW, qui a avoué avoir encaissé près de 2 millions de dollars de pots-de-vin et dessous-de-table, et les perquisitions du FBI dans les maisons de l'actuel et ancien président de l'UAW impliquent désormais de hauts responsables ayant négocié les accords salariaux de 2011 et 2015 de GM.

Six des principaux membres du comité de négociation du UAW-FCA en 2015 ont été condamnés ou impliqués dans le scandale de corruption.

Six des huit négociateurs les plus importants de l'UAW ayant signé l'accord de 2015 avec Fiat Chrysler ont déjà été condamnés ou impliqués dans le scandale de la corruption.

Cela rend d'autant plus impératif que les travailleurs de l'automobile constituent des comités d'usine de base dans chaque usine pour que les négociations et l’organisation de la lutte soient enlevées des mains de l'UAW corrompu. Un réseau de comités de base doit être mis en place pour communiquer et coordonner un véritable combat contre les constructeurs automobiles et les deux partis politiques qu’ils contrôlent.

Un ouvrier chevronné a déclaré au WSWS Autoworker Newsletter : «Cent cinquante mille personnes ont donné tout, et elles sont maintenant à bout […] Croyez-moi, nous souffrons. Eux [les responsables de l'UAW] ne souffraient pas et nous continuons à souffrir à cause de leurs erreurs. Je suis sûr qu'ils vivront toujours mieux que n'importe lequel d'entre nous. Merci, UAW.»

En parlant de l'UAW, un ouvrier de Jeep de Toledo, en Ohio, a déclaré: «Lorsque vous avez un problème, on nous dit toujours que leurs mains sont liées ou il faut qu’on s’adresse à l'entreprise! Ils ne défendent jamais le travailleur ordinaire à moins que ce ne soit l'un de leurs amis.»

La femme d’un autre travailleur de l’automobile, se référant à Grimes, a déclaré: «C’est hilarant que le jour où cet homme plaide coupable, mon mari est chargé de travailler dimanche, son seul jour de congé. Ce qui signifie qu'ils doivent travailler deux semaines d'affilée sans aucun repos. Oh, et il reste deux semaines avant la grève potentielle. Quelle ironie. Tout le système est pourri et j’en ai ma claque de ce non-sens!»

Craignant qu'une rébellion des travailleurs de l'automobile ne prenne une forme plus politiquement consciente, Rory Gamble, vice-président et directeur du département national de Ford de l'UAW, a envoyé jeudi une lettre aux travailleurs de Ford pour les avertir des dangers des «influences extérieures» sur les médias sociaux.

«De nombreuses entités contre nous tentent de fausser la perception», a écrit Gamble. «Je vous demande de vous méfier des sources d'où proviennent vos informations et des documents que vous choisissez de partager. Il est impératif que nous ne soyons pas égarés dans ces négociations par des rumeurs, des informations erronées ou des influences extérieures. Encore une fois, l'unité est notre force.»

L’UAW est terrifiée par l’influence du World Socialist Web Site et de son bulletin d’informationl'Autoworker Newsletter, qui a joué un rôle clé dans l’opposition des travailleurs de l’industrie automobile lors de la bataille contre l’accord salarial de 2015. En opposition aux mensonges et aux déceptions de l'UAW, l’Autoworker fournit aux travailleurs de l'automobile les informations dont ils ont besoin, une voix pour exprimer leurs revendications et les moyens de s'organiser indépendamment de l'UAW.

Si les travailleurs ne disposent pas de leurs propres organisations, l'UAW, le gouvernement Trump et les démocrates vont manœuvrer pour imposer des reculs encore plus importants. Cela pourrait prendre la forme de faire traîner le processus bien au-delà de l'expiration de l’accord actuel ou du lancement d'une grève partielle suivie d'un prétendu accord «pour sauver l'usine». Un tel accord comporterait d’énormes concessions, notamment des réductions des soins de santé et une forte augmentation du nombre de travailleurs temporaires et intérimaires.

Cela pourrait également prendre la forme d’une intervention directe de l’administration Trump pour bloquer une grève invoquant des «préoccupations de sécurité nationale» ou l’utilisation de l’enquête de corruption pour organiser une prise de contrôle étatique de l’UAW, pour imposer une médiation contraignante et un autre accord favorable à l’employeur.

La conspiration du patronat et de l'UAW ne peut être contrée que par la formation de comités de base, dotés d'une stratégie politique, fondée sur la lutte pour l'unité de tous les travailleurs de l'automobile et des pièces détachées, aux États-Unis et dans le monde. Toute intervention du gouvernement Trump entraînerait un conflit politique direct entre la classe ouvrière et les deux partis des grandes entreprises, qui défendent le système de profit capitaliste.

Tout dépend maintenant de l'initiative indépendante des travailleurs de la base et du développement d'une puissante contre-offensive sociale et politique de toute la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 6 septembre 2019)