Le père de Julian Assange dit que la santé de son fils emprisonné à Belmarsh «décline rapidement»

Par Oscar Grenfell
21 août 2019

Dans une interview accordée le 16 août à la station de radio communautaire de Melbourne 3CR, le père de Julian Assange, John Shipton, a déclaré que la santé du fondateur de WikiLeaks continuait de se détériorer dans la prison à sécurité maximale de Belmarsh, au Royaume-Uni.

Shipton a dit qu’Assange avait reçu la visite de son frère Gabriel quelques jours auparavant. «Julian est émacié et son état de santé laisse à désirer, a dit Shipton. Il souffre d’anxiété. Il est certes toujours dans un état d’esprit combatif, mais sa santé décline rapidement.»

Julian Assange

Shipton a révélé qu’il y avait un danger que «nous perdions Julian» si aucune mesure n’est prise pour mettre fin à son incarcération. Cette mise en garde fait suite à une déclaration du journaliste d’investigation de renommée mondiale John Pilger sur Twitter au début du mois, qui a écrit: «N’oubliez pas Julian Assange. Ou vous le perdrez. Je l’ai vu à la prison de Belmarsh et sa santé s’est détériorée...»

Le père d’Assange a décrit les conditions draconiennes dans la prison de Belmarsh, où Assange est détenu depuis qu’il a été sorti de l’ambassade de l’Équateur à Londres par la police britannique le 11 avril.

«Vous rendez-vous compte que Julian, un gars gentil et intellectuel, est enfermé dans une prison à sécurité maximale?» a-t-il demandé à l’intervieweur, Jacob Grech, un partisan de WikiLeaks.

Assange a été jeté dans cette prison alors qu’il n’a été reconnu coupable que d’une infraction mineure à la loi britannique sur la mise en liberté sous caution, à la suite de sa demande d’asile politique à l’ambassade de l’Équateur en 2012.

Shipton a expliqué qu’Assange était «dans une cellule 20 heures par jour et avait droit à deux visites sociales par mois. Les avocats sont autorisés à s’y rendre à d’autres moments. Les visites sociales peuvent toutefois être arbitrairement annulées ou leurs durées réduites.»

Il a ainsi raconté comment lorsqu’il est arrivé à Londres d’Australie il y a deux mois et demi de cela, «on nous a fait attendre puis on nous a dit que nous ne pouvions pas le voir» à la prison pour une visite préétablie avec lui.

«Aucune raison ne nous a été donnée, dit Shipton, sinon que des rendez-vous avaient été pris avec des médecins de la prison pour venir le voir. Ils utilisent donc ses heures de visite pour que leurs médecins légistes l’examinent, signifiant du coup l’annulation d’une visite sociale».

Shipton, accompagné d’un membre du personnel de WikiLeaks et de l’artiste chinois Ai Weiwei, est revenu la semaine suivante pour une autre visite organisée. «Nous avons attendu 46 minutes que Julian arrive,» dit-il. Les autorités de la prison ont prétendu qu’elles avaient «oublié» d’informer Assange de la visite, «alors elles ont dû aller le chercher pour le faire descendre».

La visite de deux heures, à laquelle Assange avait droit, a alors été réduite à une heure seulement. «Voyager depuis l’Australie pour ne voir Julian qu’une heure, cela me semble bien cruel», a dit Shipton.

Interrogé par Grech sur le fait de savoir s’il pensait que c’était le résultat d’une incompétence ou d’une attaque délibérée contre les droits d’Assange, Shipton a répondu: «On me dit que cela se fait souvent avec les prisonniers connus afin d’affirmer leur autorité sur eux et leurs visiteurs.»

Shipton a révélé que l’étendue des problèmes médicaux d’Assange et les conditions de son incarcération avaient contraint son frère Gabriel à écrire «une lettre au premier ministre [australien] Scott Morrison décrivant la situation et la santé de Julian. Il demandait dans sa lettre à Scott Morrison de faire quelque chose d’urgent, sinon on perdrait Julian.»

Le père d’Assange a condamné le refus des gouvernements australiens successifs d’agir pour défendre le fondateur de WikiLeaks, un citoyen et journaliste australien, ce qui contraste fortement avec les sentiments des gens ordinaires, dit-il.

Shipton a déclaré: «Julian, selon moi, dépend beaucoup du soutien des Australiens, et leur soutien n’a cessé de croître au fil des ans. Le gouvernement, bien sûr, ne prête pas attention, et ne semble se préoccuper que des États-Unis et du Royaume-Uni. Le gouvernement préfère sacrifier le bien-être de Julian et satisfaire aux exigences des États-Unis et du Royaume-Uni.»

John Shipton

Le mois dernier, le leader de l’opposition travailliste Anthony Albanese – ministre du gouvernement travailliste qui avait dénoncé WikiLeaks comme «illégal» en 2010 et soutenu sa persécution – a accepté de rencontrer Shipton pendant 10 minutes. Albanese n’a rien dit depuis. Tant la Coalition que les travaillistes ont traité avec mépris les appels de la famille et des amis d’Assange pour une intervention australienne, continuant plutôt de soutenir pendant neuf ans les efforts menés par les États-Unis pour le poursuivre et détruire WikiLeaks.

Shipton a noté que cette persécution était le résultat des activités de publication de WikiLeaks, qui «nous a donné un aperçu de tous les crimes odieux qui se sont déroulés devant nos yeux au cours des 20 dernières années, qu’il s’agisse des nombreux pays détruits, des assassinats ou de l’implantation d’espions et de politiciens de second rang entretenant des liens avec l’ambassadeur des États-Unis.»

Les derniers avertissements sur la santé d’Assange coïncident avec la publication de deux lettres qu’il a envoyées à ses partisans depuis son emprisonnement à Belmarsh.

Dans l’une d’elles, publiée sur Twitter par Ariyana Love le 16 août, Assange écrit: «Merci Mme Love, ce sont des gens comme vous, grands et petits, qui luttent pour sauver ma vie qui me font avancer. On peut gagner! Ne laissez pas ces salauds sacrifier la liberté d’expression, la démocratie européenne et ma vie sur l’autel du Brexit.»

Dans une autre lettre, écrite en mai, mais publiée seulement la semaine dernière, Assange a souligné l’importance des manifestations pour sa défense. Il a suggéré que les manifestations qui réclament sa liberté soient organisées devant les bureaux d’organisations «qui ne sont pas habituées à être la cible de protestations ou qui auraient des difficultés à se défendre idéologiquement contre elles» et a cité comme objectifs possibles plusieurs médias comme la BBC et Le Monde.

Assange a écrit: «Les manifestations ont un effet très puissant pour une organisation qui n’y est pas habitué, même si tout le monde prétend le contraire.»

(Article paru en anglais le 20 août 2019)

L’auteur recommande :

Pour une campagne mondiale contre la restitution de Julian Assange aux États-Unis!

Pour la formation d’un Comité de défense global pour assurer sa liberté!
[Déclaration du Comité éditorial international du World Socialist Web Site, 21 juin 2019]