Trump aggrave les menaces de guerre après qu’un drone américain est abattu sur l’Iran

Par Bill Van Auken
25 juin 2019

Le président américain Donald Trump a autorisé jeudi des frappes militaires contre l’Iran avant de les annuler de manière inattendue, selon le New York Times. Ce geste brutal laisse entrevoir la possibilité imminente d’une nouvelle guerre majeure au Moyen-Orient, qui pourrait tuer des millions de personnes et déclencher un conflit militaire mondial.

Le Times a rapporté jeudi que «les responsables ont déclaré que le président avait initialement approuvé des attaques contre une poignée de cibles iraniennes, comme des radars et des batteries de missiles».

La nouvelle est venue après que Trump ait livré une série de déclarations contradictoires menaçant de représailles à la suite de l’abattage par l’Iran d’un drone sans pilote espionnant le territoire iranien, tout en suggérant que l’action pourrait avoir été une «erreur» commise par un membre de l’armée iranienne.

«C’est difficile de croire que c’était intentionnel, si vous voulez savoir la vérité», a dit Trump aux journalistes à la Maison-Blanche. «Je pense que cela aurait pu être quelqu’un de lâche et stupide ce jour-là».

Cette déclaration contrastait avec sa réaction plus tôt dans la journée. Il déclarait à ce moment-là que «l’Iran avait commis une très grosse erreur» et répondait aux questions des journalistes sur l’éventualité d’une guerre en déclarant: «Vous allez le découvrir».

Les intentions réelles de l’Administration américaine restent opaques. Trump a convoqué les principaux dirigeants du Congrès à la Maison-Blanche, à la fin de la journée de jeudi, pour une séance d’information classifiée sur l’Iran. Étaient présents:

 Le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell,

 La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi,

 Le leader de la minorité au Sénat, Charles E. Schumer,

 Le leader de la minorité à la Chambre, Kevin McCarthy, et

 Les présidents et membres influents des comités du renseignement et des services armés de la Chambre et du Sénat.

Une telle réunion pourrait bien être le prélude à une action militaire américaine.

L’affirmation de Trump selon laquelle la fusillade du drone était une «erreur» est en totale contradiction avec ce que le gouvernement iranien lui-même a dit.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) en Iran a immédiatement revendiqué la responsabilité d’avoir abattu le drone. L’abatage du drone a eu lieu près du détroit stratégique d’Ormuz, déclarant que l’action était destinée à envoyer un message à Washington.

«Le message est que les gardiens des frontières de l’Iran islamique répondront de manière décisive à la violation de tout étranger sur cette terre», a déclaré jeudi le général Hossein Salami, commandant de l’IRGC. «La seule solution pour les ennemis est de respecter l’intégrité territoriale et les intérêts nationaux de l’Iran», a-t-il ajouté dans un discours diffusé en direct à la télévision iranienne.

Alors que l’Iran a immédiatement reconnu qu’il avait abattu le drone parce qu’il avait violé l’espace aérien du pays d’une manière «illégale et provocante», l’armée américaine n’a d’abord fait aucun commentaire sur la fusillade, si ce n’est nier que des avions américains étaient «en activité dans l’espace aérien iranien aujourd’hui».

Le drone détruit par un missile sol-air iranien était un RQ-4B Global Hawk, utilisé par l’US Navy comme «Broad Area Maritime Surveillance Unmanned Aircraft System». Ces avions, qui ont l’envergure d’un Boeing 737 — un avion civil à des centaines de passagers — sont remplis d’équipement de surveillance électronique et coûtent au Pentagone plus de 200 millions de dollars chacun.

Le drone est capable de voler à des altitudes allant jusqu’à 65.000 pieds. Les forces américaines l’ont utilisé dans le cadre d’interventions militaires américaines en Irak et en Syrie sans se soucier de sa vulnérabilité aux attaques depuis le sol. L’intensification de la guerre contre l’Iran, cependant, comme l’indique clairement l’abattage du drone, est une autre affaire.

L’Iran a rapporté qu’il a fait tomber le drone avec le système de défense antimissile Sevom Khordad fabriqué par l’Iran. Toutefois, le pays a également reçu des capacités de missiles de la Russie, y compris le système de missiles sol-air S400, qu’il vient de commencer à déployer.

L’abattage du drone américain à prix élevé a été un choc pour le Pentagone. C’est une nouvelle mise en garde contre le fait que les coûts d’une guerre totale des États-Unis contre l’Iran seront beaucoup plus élevés que les précédentes interventions militaires de l’impérialisme américain au Proche-Orient.

C’est la deuxième fois ce mois-ci qu’un drone américain est abattu dans la région. Le 6 juin, des rebelles Houthis ont abattu un Reaper MQ-9, un drone américain, au-dessus du Yémen. Le drone soutenait la guerre quasi génocidaire menée contre ce pays par l’Arabie saoudite et ses alliés. Cette coalition des États a tué plus de 80.000 civils et a conduit des millions de personnes au bord de la famine.

L’Iran lui-même a prétendu avoir abattu ou pris possession de cinq autres drones américains avant la dernière fusillade. En décembre 2011, il a capturé un drone furtif américain Lockheed Martin RQ-170 opéré depuis une base en Afghanistan et survolant le territoire iranien. Il a été capable d’inverser la conception du drone pour produire sa propre version de l’avion.

Le Commandement central américain (CENTCOM) a réagi à l’abattage du drone au-dessus de l’Iran, jeudi. Il a affirmé que la frappe du missile était une «attaque non provoquée» et que l’avion avait survolé les eaux internationales.

Comme dans le cas récent, des accusations de la responsabilité iranienne étaient simplement affirmées pour les dommages causés aux pétroliers dans le golfe d’Oman. Les dernières accusations américaines concernant l’abattage du drone se sont faites aussi sans aucune preuve pour les étayer.

Le Pentagone et le gouvernement iranien ont fourni des cartes régionales avec la position du drone à l’appui de leurs affirmations respectives selon lesquelles le drone survolait des eaux internationales ou le territoire iranien/des eaux iraniennes.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas d’accord entre Washington et Téhéran sur ce qui constitue le territoire iranien. C’est la dictature du Shah, soutenue par les États-Unis, qui a revendiqué les eaux territoriales de l’Iran s’étendaient sur 12 milles marins à partir de ses côtes. Cela comprenait le détroit d’Ormuz, qui à son plus étroit n’est que de 21 milles marins.

Quelle que soit la trajectoire de vol du drone-espion américain, l’affirmation selon laquelle son abattage par un missile iranien n’aurait pas été «non provoqué» est ridicule de prime abord.

L’avion sans pilote était utilisé pour espionner l’Iran dans des conditions où Washington n’a cessé d’intensifier les menaces militaires contre le pays. Les États-Unis ont envoyé un groupe tactique porteur d’avions, une force de bombardement dirigée par des B-52 à capacité nucléaire, et d’un groupe de débarquement amphibie transportant des Marines américaines. Il s’en est suivi l’envoi dans la région de 1500 soldats américains, puis de 1000 autres, tous au nom de la «dissuasion». Tout cela était justifié par des allégations non fondées de menaces iraniennes contre les «intérêts américains» dans la région.

Ce renforcement militaire se fait dans le contexte d’un siège économique américain contre l’Iran qui équivaut à un état de guerre. L’Administration Trump, ayant unilatéralement déchiré l’accord nucléaire iranien de 2015 avec les grandes puissances, a mené ce qu’elle appelle une campagne de «pression maximale». Cet acte d’étranglement économique vise à réduire à zéro les exportations d’énergie iranienne et à affamer la population iranienne. Le but est de soumettre le pays à la réimposition d’un régime fantoche soutenu par les États-Unis, à l’instar de la dictature détestée du Shah.

L’objectif stratégique de ce siège économique et militaire contre l’Iran — poursuivi par les Administrations Républicaine et Démocrate au cours des 40 dernières années — est d’affirmer l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient riche en pétrole. L’objectif est de mettre Washington ainsi en mesure de rationner voire de couper les importations énergétiques du principal rival mondial des États-Unis, la Chine.

Des signes se manifestent de profondes divisions au sein de l’appareil d’État américain au sujet de la guerre contre l’Iran. Toutefois, les provocations américaines dans le golfe Persique mènent inexorablement à un conflit armé qui pourrait rapidement faire des dizaines de milliers de victimes.

Dans le même temps, les tensions suscitées par le siège américain contre l’Iran avec l’Europe et la Chine constituent un avertissement clair que l’éclatement d’une confrontation militaire pourrait déborder dans une nouvelle guerre mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 21 juin 2019)