Le commandant américain au Moyen-Orient propose un renforcement militaire permanent contre l'Iran

Par Bill Van Auken
12 juin 2019

Le chef du Commandement central (CENTCOM), qui supervise toutes les opérations du Pentagone au Moyen-Orient, a affirmé ce week-end que l'Iran continue de représenter une menace «imminente» pour les intérêts de Washington dans la région et qu'une escalade militaire permanente contre le pays et ses 82 millions de personnes pourrait être nécessaire.

Le général Frank McKenzie, au cours d'une visite de la région qui comprenait Bagdad et le porte-avions USS Abraham Lincoln, naviguant dans le nord de la mer d'Oman, a déclaré aux journalistes qu'il «négociait» avec le Pentagone des plans pour «apporter des ressources supplémentaires sur le terrain» afin de renforcer la campagne militaire contre l'Iran.

Le mois dernier, l'administration Trump a ordonné l'entrée dans la région du groupe aéronaval de l'USS Lincoln, une force d'attaque de bombardiers dirigée par des B-52 à capacité nucléaire, ainsi que 900 soldats supplémentaires et une batterie de missiles Patriot, sous prétexte de répondre à de prétendues menaces iraniennes.

An Air Force Combat Controller in Jordan [Credit: US Central Command]

Des plans ont également fait l'objet de fuites qui prévoyaient la mobilisation de 120.000 soldats pour un déploiement dans la région, une force similaire à celle qui avait été mise sur pied avant l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003.

Le général McKenzie a affirmé que les déploiements militaires et les menaces américaines avaient poussé l'Iran à «reculer et à recalculer le cap qu'il semblait suivre».

Il a toutefois déclaré à l'Associated Press: «Je ne crois pas que la menace ait diminué. Je crois que la menace est très réelle.»

S'adressant à des journalistes, il a déclaré que les renseignements américains sur les menaces iraniennes étaient «clairs» et «convaincants», ajoutant que ces menaces présumées étaient «avancées, imminentes et très spécifiques».

L'AP constate cependant que le général n'a fourni aucune information spécifique sur les «menaces», insistant sur le fait que les renseignements «convaincants» étaient tous classifiés.

S'adressant à des milliers de marins rassemblés sur le porte-avions Lincoln, McKenzie a déclaré: «Je suis la raison pour laquelle vous êtes là. J'ai demandé ce navire à cause des tensions continues avec l'Iran, et rien ne démontre mieux qu’on est intéressé à quelqu’un que 90.000 tonnes de porte-avions et tout ce qui va avec.»

«Mon intention en vous faisant venir ici était de stabiliser la situation, de faire savoir à l'Iran que ce n'est pas le moment de faire une bêtise.»

Si Washington n'a fourni aucune preuve de «menaces» iraniennes, ce n'est pas parce que les renseignements sont classifiés, mais plutôt parce qu'ils n'existent pas.

Pourtant, les médias capitalistes, en envoyant leurs reporters «embarqués» enregistrer servilement McKenzie lors de sa tournée au Moyen-Orient, ont largement répété les allégations non fondées du Pentagone contre l'Iran comme si elles étaient des faits.

Aucun d'entre eux n'a pris la peine de situer ces allégations dans le contexte des menaces et de l'agression incessantes de l'impérialisme américain contre l'Iran, un pays opprimé qui a été gouverné pendant plus d'un quart de siècle par la dictature brutale du Shah, soutenue par les États-Unis, avant d'être renversé par la révolution iranienne de 1979.

La présente confrontation a été préparée par ce que l'administration Trump appelle une campagne de «pression maximale» contre l'Iran, qui a pour objectif le changement de régime et l'imposition d'une autre dictature fantoche américaine à Téhéran.

Depuis l'abrogation unilatérale de l'accord nucléaire iranien de 2015 il y a un an, l'administration Trump a imposé à l'Iran le régime de sanctions le plus punitif de l'histoire, un blocus économique qui équivaut à un état de guerre.

La semaine dernière, Washington a imposé une nouvelle série de sanctions, imposant un embargo sur l'industrie pétrochimique iranienne, avançant comme prétexte son prétendu financement du Corps des gardiens de la révolution islamique, une composante de l'armée du pays que Washington a qualifiée d'organisation terroriste internationale. Téhéran a réagi à cette désignation en qualifiant le Commandement central américain d'entité terroriste.

Ces dernières sanctions s'ajoutent à un embargo pétrolier visant à réduire à zéro les exportations pétrolières du pays, à des mesures qui empêchent l'Iran d'accéder au système financier mondial dominé par les États-Unis et à des sanctions contre son industrie métallurgique, sa principale source de revenus extérieurs non liés au pétrole.

L'objectif déclaré de ces sanctions est d'obliger l'Iran à renégocier l'accord nucléaire et à se soumettre aux exigences de Washington qu'il renonce complètement à son programme nucléaire, de renoncer à ses missiles balistiques et de cesser toute tentative visant à affirmer son influence au Moyen-Orient. Téhéran a rejeté ce diktat de style colonial, ainsi que les déclarations cyniques de Trump selon lesquelles il est ouvert aux pourparlers, soulignant qu'il est inutile de négocier avec un gouvernement qui déchire des accords déjà existants.

Loin de «stabiliser» la situation dans le golfe Persique, le déploiement massif de l'armée américaine a exacerbé les tensions jusqu'au bord de la guerre. Le groupe aéronaval et l'escadron de bombardiers envoyés dans la région s'ajoutent à l'encerclement permanent de l'Iran par des dizaines de milliers de soldats américains dans une série de bases à travers la région.

L'escadron de bombardiers B-52 et le contingent de 70 chasseurs F-18 Hornet basés sur le pont de l'USS Lincoln ont tous deux mené des opérations provocatrices près de l'espace aérien iranien.

Le budget militaire américain, quant à lui, est environ 50 fois supérieur à celui de l'Iran. La question de savoir qui menace qui n'a pas besoin de réponse.

Lors d'une conférence de presse lundi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a rejeté les allégations américaines selon lesquelles c'était l'Iran qui déstabilisait la région.

«Qui cause l'instabilité dans cette région ? Avons-nous donné des armes à Saddam Hussein ? Avons-nous soutenu Al-Qaïda ? Avons-nous emprisonné le Premier ministre libanais ?» a-t-il dit. «Est-ce nous qui bombardons des civils au Yémen tous les jours ? Avons-nous soutenu Daesh et al-Nusra [les milices liées à Al-Qaida en Syrie] ou s'agissait-il d'armes américaines que l'Arabie saoudite leur a données?»

Les affirmations du général McKenzie concernant une «menace imminente» de la part de l'Iran ont été gravement affaiblies le mois dernier lorsque le général Christopher Ghika, commandant adjoint chargé des renseignements pour l'opération Inherent Resolve, la coalition dirigée par les États-Unis déployée dans la région sous prétexte de combattre le groupe État islamique (EI), a déclaré clairement qu'il n'y avait aucune menace de la part des forces soutenues par les Iraniens en Irak et en Syrie. Le Pentagone a été contraint de répudier la déclaration de Ghika, qui allait directement à l'encontre de son discours justifiant le renforcement militaire agressif contre l'Iran.

Avant de s'installer à Tampa, en Floride, au quartier général du Commandement central américain, McKenzie était affecté au Pentagone, où il a occupé le poste de directeur des «Plans et politiques stratégiques» pendant la période où des plans stratégiques ont été élaborés pour déplacer le militarisme américain à l'étranger vers la préparation à la confrontation avec des «grandes puissances» rivales, notamment la Chine et la Russie.

Le Wall Street Journal a noté lundi que la proposition du commandant du CENTCOM pour un nouveau renforcement militaire au Moyen-Orient signifierait «un renversement significatif du dispositif militaire mondial américain, qui s'est éloigné du Moyen-Orient dans le cadre de la stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump, qui met l’accent sur les risques de la concurrence venant de la Russie et de la Chine ».

Cette contradiction, cependant, est plus apparente que réelle. L'impérialisme américain cherche à compenser le déclin de son hégémonie économique et la montée en puissance de la Chine en tant que rival potentiel en utilisant sa puissance militaire pour affirmer son hégémonie incontestée sur les principales régions productrices d'énergie de la planète, en particulier le Moyen-Orient et le Venezuela, se mettant ainsi en mesure d’imposer un rationnement à la Chine.

Au même moment, la confrontation avec l'Iran est liée aux conflits de plus en plus âpres et croissants entre l'impérialisme américain et l'impérialisme européen sur l'accès aux marchés et aux ressources naturelles et la domination mondiale.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s'est rendu lundi à Téhéran, où il s'est exprimé au nom de toutes les grandes puissances européennes, dont la Grande-Bretagne et la France, en faveur du Plan d'action global conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action - JCPOA), l'accord nucléaire iranien rejeté par Washington.

Maas a affirmé que l'Instrument à l'appui des échanges commerciaux (INSTEX), un système de troc qui contourne le dollar conçu pour échapper au régime de sanctions américain et maintenir le commerce entre l'Europe et l'Iran, entrerait en vigueur «dans un avenir proche».

Au même moment, le ministre allemand des Affaires étrangères a déclaré que si les puissances européennes voulaient respecter leurs engagements de lever les sanctions économiques en échange de la réduction par l'Iran de son programme nucléaire, elles ne pouvaient pas faire de «miracles» face à la guerre économique de Washington.

Lié à ces rivalités entre les «grandes puissances», un affrontement militaire avec l'Iran pourrait déclencher une troisième guerre mondiale menée avec des armes nucléaires. Une telle catastrophe mondiale ne peut être évitée que par la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale contre la guerre et sa source, le système capitaliste.