Trump menace l'imposition immédiate de tarifs sur la Chine si Xi ne participe pas au G20

Par Nick Beams
12 juin 2019

Le président américain Trump a menacé d’imposer immédiatement une nouvelle série de droits de douane sur des marchandises chinoises d'une valeur de plus de 300 milliards de dollars si le président chinois Xi Jinping ne le rencontre pas en marge du sommet du G20 qui se tiendra au Japon à la fin du mois.

La menace a été lancée lors d’une interview donnée hier à la chaîne d’affaires CNBC, après que Trump a appris que Pékin n’avait pas encore confirmé la tenue d’une telle réunion.

Trump a déclaré qu'il n'avait pas entendu dire que la réunion n'aurait pas lieu et qu'il serait surpris que Xi soit absent. Toutefois, en l'absence de Xi, des tarifs de 25 pour cent seraient immédiatement imposées, en plus du tarif de 25 pour cent appliqué aux produits chinois d'une valeur de 250 milliards de dollars.

«Nous sommes censés nous rencontrer. Si nous le faisons, c'est bien et si nous ne le faisons pas, c'est bien. Écoutez, de notre point de vue, le meilleur accord que nous puissions obtenir est de 25 pour cent sur les 600 milliards de dollars [de marchandises chinoises], d'accord?», a-t-il déclaré.

Trump a utilisé son interview pour attaquer les opposants à ses mesures tarifaires au sein de groupes commerciaux américains et pour renouveler son offensive contre la Réserve fédérale sur les taux d'intérêt et la politique monétaire.

L'interview a été précédée par les commentaires de Myron Brilliant, vice-président de la Chambre de commerce des États-Unis, qui s'est opposé aux mesures tarifaires qui créent une «incertitude chez nos partenaires commerciaux».

«L’utilisation de tarifs comme une arme – l’aggravation des menaces sur notre économie, nos agriculteurs, nos fabricants, nos consommateurs – va faire mal à notre pays», a-t-il déclaré.

Brilliant était particulièrement préoccupé par la menace de Trump d’imposer un droit de douane de 25 pour cent sur tous les produits mexicains si le Mexique ne se conformait pas aux exigences des États-Unis d’interrompre le flux d’immigrants et de réfugiés aux États-Unis, ce qui a été annulé à la suite de l’accord annoncé vendredi.

Il a noté que la menace tarifaire contre le Mexique avait été invoquée après la conclusion de l'accord États-Unis/Mexique/Canada (USMCA). Cela signifiait que si la Chine concluait un accord commercial avec les États-Unis, l'administration Trump pourrait toujours revenir plus tard et menacer d’imposer des droits de douane.

Trump a répondu que si la menace tarifaire n'avait pas été brandie, «nous n'aurions pas conclu l'accord avec le Mexique».

Sur des questions plus larges, il a évoqué le thème clé de son programme de «l’Amérique d’abord», affirmant que Brilliant défendait les intérêts des entreprises de la Chambre de commerce américaine qui étaient satisfaites des arrangements actuels, mais pas du pays.

Au cours de l'entretien, Trump a renouvelé son attaque contre la Fed [banque centrale] et donné une indication du type de régime personnalisé qu'il souhaiterait voir instaurer aux États-Unis.

Il a ajouté que la Chine avait dévalué sa monnaie et que, depuis des années, cela lui permettait de disposer d'un «formidable avantage concurrentiel. Et nous n'avons pas cet avantage parce que nous avons une Fed qui ne baisse pas les taux d'intérêt. Nous devrions avoir le droit de faire jeu égal, mais même sans jeu égal, car notre Fed nous perturbe énormément, même sans ce jeu égal, nous gagnons».

Dans une indication claire du type de régime financier qu'il souhaite voir mis en place, Trump a déclaré que les gens de la Fed n'étaient «pas les miens».

«N'oubliez pas que le président de la Fed en Chine est le président Xi. Il est le président de la Chine […] Il peut faire ce qu'il veut. Ils dévaluent, ils relâchent ou vous diriez qu'ils injectent beaucoup d'argent en Chine, et cela annule dans une certaine mesure, pas complètement, cela annule les [effets] des droits de douane», a-t-il déclaré.

Trump s’en est pris à la Fed pour ne pas avoir baissé ses taux et pour son «resserrement quantitatif» consistant à réduire ses avoirs en actifs financiers achetés au lendemain de la crise financière. Il a affirmé que la politique de la Fed est responsable du fait que l'indice Dow de Wall Street n’ait pas atteint un niveau de 10.000 points plus élevé.

Les milieux dirigeants et les médias ont fait part de leurs préoccupations selon lesquelles, dans ses attaques contre la Fed, Trump minait «l’indépendance» de cette dernière.

Mais Trump parle au nom d’une section considérable des cercles financiers américains qui soutient que les politiques de la Fed devraient viser à poursuivre et à intensifier le processus qui a fait de la stimulation du marché boursier un mécanisme central permettant de siphonner la richesse de l'économie américaine et la placer entre les mains de l'oligarchie financière au pouvoir.

Malgré toutes les expressions de réprobations contre Trump pour sa manière de saper «l’indépendance» de la Fed, celle-ci est sur le point de répondre à ses exigences en réduisant les taux d'intérêt, soit lors de sa réunion de la semaine prochaine, soit en juillet tout en prévoyant de nouvelles réductions en septembre.

La guerre économique et tarifaire des États-Unis, en particulier la menace de mesures tarifaires contre le Mexique, a suscité une grande inquiétude des milieux financiers internationaux sur fond de nombreuses mises en garde, notamment du Fonds monétaire international, selon lesquelles elle réduirait la croissance mondiale. Mais pour le moment, Trump mise sur l’usage de la force.

Au cours du week-end, le communiqué final de la réunion des ministres des Finances du G20 au Japon, tenue en prévision du sommet à la fin du mois, excluait une proposition de clause visant à «reconnaître le besoin urgent de résoudre les tensions commerciales» après l’intervention des États-Unis. La déclaration n’a pas fait mention non plus de l'impact sur la croissance mondiale du conflit sino-américain.

Dans un commentaire publié hier dans le Financial Times, le chroniqueur spécialisé dans les affaires étrangères, Gideon Rachman, a comparé les actes internationaux de Trump à ceux d'un don de la mafia, soulignant les actions extraterritoriales du gouvernement contre le Mexique.

La mesure contre le Mexique n'est pas le seul exemple. L'administration Trump a déchiré l'accord nucléaire de 2015 avec l'Iran et imposé de nouvelles sanctions, mesures auxquelles l'Union européenne s'est farouchement opposée en promettant de mettre en place un système de paiement alternatif.

«Mais les hauts responsables européens ont été informés qu'ils pourraient être exclus des États-Unis s'ils violaient les sanctions, et le projet n'a pas encore démarré», a-t-il noté.

En plus de l'Iran, les États-Unis ont étendu leurs actions extraterritoriales à la Chine, avec l'arrestation du directeur financier de Huawei, Meng Wanzhou, et la mise sur liste noire de la société par le département américain du Commerce.

Et ce n’est pas terminé. Comme le dit Rachman: «L’administration Trump pense que le rôle central de l’Amérique dans l’économie mondiale confère au pays une panoplie unique d’instruments coercitifs qu’elle commence à peine à mettre en œuvre».