Le Rapporteur spécial des Nations Unies affirme que Julian Assange est torturé

Par Oscar Grenfell
3 juin 2019

Nils Melzer, le Rapporteur spécial de l’Organisation des Nations unies sur la torture a publié hier une déclaration qui demande la fin immédiate de la «persécution collective» de Julian Assange. La déclaration condamne aussi les États-Unis et leurs alliés pour avoir infligé une «torture psychologique» à l’éditeur WikiLeaks.

Melzer a déclaré: «on a délibérément exposé Assange, pendant plusieurs années, à des formes de plus en plus graves de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dont les effets cumulés ne peuvent être qualifier que de tortures psychologiques.»

La déclaration de Melzer confirme les commentaires du père d’Assange, John Shipton, qui a déclaré le mois dernier qu’on avait soumis son fils à une «torture sans contact». Cela confirme également les avertissements du WSWS selon lesquels la tentative d’extradition d’Assange était menée comme une procédure quasi judiciaire semblable aux restitutions extraordinaires effectuées par le CIA.

La déclaration de Melzer est une mise en accusation de la campagne menée depuis huit ans par les États-Unis et leurs alliés, dont la Grande-Bretagne, la Suède et l’Équateur. Leur but était d’enfermer Assange dans une prison américaine et mettre fin aux activités de WikiLeaks, la publication qu’il a fondée en 2006.

Cela démontre qu’Assange a fait l’objet d’une vendetta politique et juridique sans précédent au sujet de son rôle dans l’exposition des crimes de guerre américains — y compris des opérations de surveillance de masse et des conspirations diplomatiques mondiales.

This has included the bogus Swedish “preliminary investigation” into concocted allegations of sexual misconduct against Assange, Ecuador’s termination of his political asylum in April, the trumped-up British bail charges he was subsequently convicted of, and the attempts to extradite him to the US to face espionage charges over WikiLeaks’ constitutionally-protected publishing activities.

Il s’agit notamment

• de la fausse «enquête préliminaire» suédoise sur les allégations concoctées d’inconduite sexuelle contre Assange,

• l’Équateur a abrogé illégalement son asile politique en avril,

• de fausses accusations de violation de la liberté sous caution britannique dont on l’a condamné par la suite,

• et des tentatives de l’extrader vers les États-Unis pour où il sera poursuivi pour espionnage pour les activités d’édition de WikiLeaks normalement protégées par la Constitution américaine.

Fait significatif: Melzer a reconnu qu’il était initialement hostile à Assange, et qu’il «avait été affecté par la même campagne de diffamation malavisée que tout le monde». Mais après un mois d’enquête, dont une réunion avec Assange à la prison de Belmarsh en avril, Melzer a publié une déclaration émouvante et humaine, qui expose tous les mensonges et calomnies dirigés contre le fondateur de WikiLeaks.

Ce fonctionnaire de l’ONU, qui a rencontré Assange à la prison britannique de Belmarsh le mois dernier, a déclaré que le fondateur de WikiLeaks «présentait tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris le stress extrême, l’anxiété chronique et le traumatisme psychologique intense».

Sa déclaration a été publiée un jour après que WikiLeaks eut averti qu’il avait de «graves préoccupations» pour la santé d’Assange, à la suite de son transfert au service médical de la prison. L’avocat suédois d’Assange avait précédemment déclaré à la presse qu’il n’avait pas pu avoir de conversation avec le fondateur de WikiLeaks le 24 mai, en raison de graves problèmes de santé.

Melzer a déclaré que si l’on extrade Assange vers les États-Unis sur la base de 17 chefs d’accusation d’espionnage passibles d’une peine maximale de 170 ans d’emprisonnement, il risque de subir d’autres «tortures et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants».

Avec des mots qui font écho aux sentiments de millions de personnes dans le monde entier, a déclaré le fonctionnaire de l’ONU: «La persécution collective de Julian Assange doit cesser ici maintenant!»

Melzer a écrit que depuis 2010, «il y a eu une campagne implacable et sans retenue de harcèlement public, d'intimidation et de diffamation contre M. Assange. La campagne s’est déroulée non seulement aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Suède et, plus récemment, en Équateur.»

Il a déclaré: «En 20 ans de travail avec les victimes de la guerre, de la violence et de la persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu depuis si longtemps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et l’État de droit.»

Melzer a écrit qu’Assange avait été la cible de «ridiculisation collective délibérée, d’insultes et d’humiliations, pour inciter à la violence et même d’appels répétés à son assassinat.»

C’est une condamnation, non seulement des gouvernements directement impliqués dans la persécution d’Assange, mais aussi des publications et des médias, tels que le New York Times, le Washington Post et le Guardian. Ces derniers ont mené une campagne systématique pour diaboliser le fondateur du WikiLeaks.

Parmi une litanie de calomnies, le New York Times a déjà qualifié Assange de «paranoïaque», tandis que le chroniqueur du Guardian, James Ball, a suggéré qu’Assange était «un narcissique qui représente un danger pour la société civilisée.»

Les talk-shows américains de fin de soirée ont fourni l’exemple le plus grossier du «ridicule collectif délibéré» mentionné par Melzer. Seth Meyers, animateur de l’émission «Late Night» de NBC, par exemple, a réagi à l’arrestation du fondateur de WikiLeaks le 11 avril. Soi-disant en plaisantant, il a dit en qu’on l’avait «traîné hors de l’ambassade d’Équateur, ressemblant au Père Noël avec un manifeste.»

Toutes ces institutions et tous ces individus sont complices de la torture d’un journaliste persécuté.

Le New York Times et d’autres publications du patronat ont écrit des éditoriaux qui condamnent formellement les accusations portées en vertu de la loi sur l’espionnage. Toutefois, ils ont minimisé les conditions insupportables auxquelles Assange a dû faire face pendant son emprisonnement. Ni le New York Times, ni le Wall Street Journal, ni le Washington Post n’ont fait état en première page du fait qu'Assange n'est pas en mesure de comparaître pour son extradition ou du rapport de Melzer.

Ils ont signalé qu’ils n’ont aucune objection de principe à ce qu’Assange pourrisse en prison pour le reste de sa vie. Le Washington Post, par exemple, s’est plaint la semaine dernière que «le gouvernement fédéral aurait pu enfermer M. Assange pendant des années sans contester le premier amendement» en intentant des poursuites pour espionnage.

La déclaration de Melzer souligne également le rôle honteux d’une multitude d’organisations, y compris la pseudo-gauche et les syndicats, qui ont soit abandonné Assange, soit rejoint la campagne contre lui.

Jacobin, la publication phare de la pseudo-gauche américaine est resté silencieux pendant plus d’une semaine après que le gouvernement Trump eut porté de nouvelles accusations contre Assange. Le magazine a enfin publié vendredi une déclaration pour la forme contre sa persécution en vertu de la loi sur l’espionnage.

Mais Jacobin n’a pas pu s’empêcher d’insulter le journaliste persécuté. Il a déclaré que la défense d’Assange est comme être «contre la torture d’un terroriste», ou défendre «le droit de vote d’un criminel même s’il a commis un crime horrible». Avec des amis comme cela, qui a besoin d’ennemis?

La seule force sociale qui peut et veut libérer Assange est la classe ouvrière internationale. Des millions de travailleurs, d’étudiants et de jeunes du monde considèrent Assange, à juste titre, comme un héros pour avoir révélé la vérité sur les crimes de guerre, l’espionnage et les massacres aux États-Unis.

La défense de Julian Assange, de Chelsea Manning et de tous les autres prisonniers de guerre de classe doit devenir une revendication centrale des luttes résurgentes de la classe ouvrière dans le monde entier.

Le WSWS, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et les Partis de l’égalité socialiste du monde entier se battent pour mobiliser l’opposition la plus large à la menace d’extradition d’Assange vers les États-Unis et pour sa liberté totale. Nous invitons nos lecteurs à nous contacter pour s’impliquer dans ce combat crucial!

(Article paru d’abord en anglais le 1er juin 2019)