Tandis que Trump intensifie la guerre contre les immigrants

Un organisme américain trouve 900 immigrants entassés dans une prison conçue pour 125 personnes

Par Barry Grey
3 juin 2019

Le mois dernier, l’Intercept a rendu compte d'une étude réalisée par un consortium international de journalistes et d'organes d'information sur le recours généralisé à l'isolement cellulaire, qualifié de torture par les Nations Unies, dans les centres de détention pour immigrants aux États-Unis.

Les conditions horribles et illégales dans lesquelles sont détenus les travailleurs et les enfants immigrés sont de plus en plus exposées, alors même que le président Donald Trump réagit aux menaces croissantes de destitution par de nouvelles attaques contre les réfugiés et de nouveaux appels à sa base fascisante.

Vendredi, CNN a cité un rapport de l'inspecteur général du département de la Sécurité intérieure sur les conditions inhumaines, insalubres et dangereuses au Centre de traitement d'El Paso Del Norte, au Texas. L'inspecteur général a découvert les conditions dans les salles où on ne peut que se tenir debout et a constaté que les détenus «se tenaient sur des toilettes dans les cellules pour faire de la place, limitant ainsi l'accès aux toilettes».

Un conteneur à déchets où se trouvent les biens personnels des détenus, vu le 8 mai 2019 [Source: Bureau de l'Inspecteur général]

Une inspection impromptue a permis de trouver des registres indiquant que les 7 et 8 mai, il y avait «environ 750 et 900 détenus, respectivement» à l'établissement, qui est conçu pour accueillir un maximum de 125 personnes. D'après le rapport, une cellule d'une capacité maximale de 12 détenait 76 détenus, une autre d'une capacité maximale de huit en détenait 41, et une autre d'une capacité maximale de 35 en détenait 155.

«Avec un accès limité aux douches et à des vêtements propres,» le rapport continue, «les détenus portaient des vêtements souillés pendant des jours ou des semaines.»

Il y a de bonnes raisons de croire que des conditions similaires existent dans d'autres centres de détention et pénitenciers pour les dizaines de milliers d'immigrants emportés par la guerre croissante du gouvernement américain contre les immigrants.

El Paso Del Norte était l'un des cinq postes de patrouille frontalière et l'un des deux ports d'entrée de la région d'El Paso, au Texas, y compris le grand El Paso et l'est du Nouveau-Mexique, qui ont fait l'objet de visites d'inspection inopinées effectuées en mai aux installations de détentions du Service des douanes et de la protection frontalière.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) recommande la construction d'établissements de détention supplémentaires à El Paso pour faire face à la vague croissante de travailleurs et de jeunes qui traversent la frontière mexicaine pour demander l'asile contre la violence des gangs, la répression de l'État et la pauvreté brutale dans leurs pays d'Amérique centrale.

L'Immigration and Customs Enforcement (ICE), une agence du DHS, a construit une installation en type de tente pouvant accueillir 500 personnes sur le site, prévoit d'ouvrir une «installation modulaire de 800 places» d'ici le 31 juillet et un centre de traitement permanent pour environ 1800 personnes d'ici le 1er décembre 2020.

L'impérialisme américain est le principal responsable des conditions horribles au Honduras, au Guatemala et au Salvador. Ce sont des pays qu'il opprime et exploite depuis plus d'un siècle, intervenant à plusieurs reprises pour renverser des gouvernements et installer des dictatures soutenues par la CIA, plus récemment au Honduras, où l'administration Obama et alors secrétaire d'État Hillary Clinton ont soutenu le renversement militaire du président élu, Manuel Zelaya.

Des femmes entassées dans une cellule, vu le 8 mai 2019 [Source: Bureau de l'Inspecteur général]

La répression de Trump contre l'immigration a stimulé l'afflux accru de réfugiés à la frontière en mettant pratiquement fin aux tentatives des immigrants de demander l'asile aux points d'entrée. La Maison-Blanche a demandé au Congrès un financement d'urgence supplémentaire de 4,5 milliards de dollars pour étendre la police des frontières et construire davantage de centres de détention. Le mois dernier, il est apparu que son administration envisageait un plan pour procéder à l'arrestation de masse de 10.000 immigrants dans les grandes villes des États-Unis.

Les conditions à El Paso ne sont que la dernière révélation du traitement sadique des travailleurs et des jeunes immigrés. Le Washington Posta publié jeudi un rapport selon lequel 2000 enfants non accompagnés sont détenus dans des «installations surpeuplées de la US Border Patrol... au-delà des limites de temps légalement autorisées, y compris des enfants de 12 ans ou moins».

Les enfants souffrent de la varicelle et de maladies respiratoires. Six enfants – cinq Guatémaltèques et un Salvadorien – sont morts sous la garde des États-Unis depuis septembre.

Le mois dernier, l’Intercept a rendu compte d'une étude réalisée par un consortium international de journalistes et d'organes d'information sur le recours généralisé à l'isolement cellulaire, qualifié de torture par les Nations Unies, dans les centres de détention pour immigrants aux États-Unis.

Ces conditions ne sont ni aberrantes ni involontaires. Elles sont le résultat d'une politique délibérée d'infliger des souffrances aux immigrants afin de les dissuader de chercher à entrer aux États-Unis et de renforcer la promotion par l'administration du chauvinisme et du racisme de «l’Amérique d’abord».

Dans la foulée de la déclaration faite mercredi par le Conseiller spécial Robert Mueller, qui suggérait que M. Trump était coupable d'obstruction à la justice en rapport avec son enquête sur l’«ingérence» supposée de la Russie dans les élections américaines et la collusion possible de la campagne électorale de 2016, et de son encouragement à une enquête du Congrès pour destitution, Trump a répondu en doublant ses poursuites contre les immigrants et ses efforts pour attiser des éléments fascisants et arriérés.

Jeudi, il a annoncé qu'il imposerait des droits de douane sur toutes les marchandises en provenance du Mexique, commençant à 5 % et passant à 25 %, à moins que le gouvernement mexicain n'arrête toute immigration en provenance d'Amérique centrale via son territoire. Il a déclaré aux cadets diplômés de l'École de la Force aérienne dans un discours de campagne électorale qu'il allait bientôt faire une annonce importante sur l'immigration et sa répression à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Politico a indiqué que Trump prévoyait d'édicter une nouvelle règle qui «étoufferait l'asile aux Centraméricains» en interdisant les demandes d'asile aux réfugiés qui arrivaient aux États-Unis par un pays tiers, c'est-à-dire le Mexique. Cela aurait pour effet immédiat de refuser l'asile à des milliers de migrants qui attendent depuis des mois juste au sud de la frontière américaine en vertu d'un accord conclu l'année dernière entre Trump et le président mexicain Andrés Manuel López Obrador. L'accord, surnommé le programme «rester au Mexique», empêche les demandeurs d'asile de rester aux États-Unis en attendant le traitement de leur demande.

L'intensification des attaques contre les immigrants s'accompagne d'affirmations de plus en plus agressives du pouvoir présidentiel illimité et de menaces de résister aux efforts visant à le démettre de ses fonctions. Le mois dernier, Trump a menacé d'annuler les élections de 2020 et de prolonger son mandat jusqu'en 2022. Il a en effet rejeté la surveillance du Congrès en défiant les citations à comparaître de la Chambre des représentants sous contrôle démocrate pour obtenir le témoignage de ses collaborateurs ainsi que des documents relatifs à l'enquête menée par M. Mueller sur la Russie. Cela coïncide avec sa déclaration d'urgence nationale d'utiliser l'armée pour construire son mur frontalier.

La réponse du Parti démocrate au discours de Mueller est également de droite. Soulignant la base réactionnaire de l'opposition des démocrates à Trump, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et la candidate présidentielle de 2016, Hillary Clinton, ont profité de la déclaration de Mueller, dans laquelle il a réitéré les allégations sans fondement selon lesquelles le gouvernement russe avait subverti les élections de 2016 pour installer Trump au pouvoir, en intensifiant leur hystérie anti-russe. Toutes deux ont réagi à une vidéo éditée de Pelosi publiée sur Facebook en dénonçant Facebook comme un agent «conscient» des complots de la Russie contre l'Amérique.

Dans la guerre en cours à Washington, qu'elle prenne ou non la forme d'une destitution, les démocrates continueront de se concentrer sur le bellicisme contre la Russie et sur les demandes de censure plus sévère d'Internet tout en ignorant pratiquement la guerre de Trump contre les immigrants et les atteintes aux droits démocratiques.

(Article paru en anglais le 1er juin 2019)