La condamnation de Julian Assange: une parodie de justice

Par Andre Damon
3 mai 2019

Une juge britannique a condamné Julian Assange, l’éditeur et journaliste de WikiLeaks, à près d’un an de prison mercredi dans ce qui était un véritable simulacre de procès.

La sentence, prononcée aux cris de «c’est une honte» par des manifestants, vise à maintenir Assange en prison, dans l’impossibilité de recevoir des visiteurs ou de tenir des conversations privées. En même temps, la Maison-Blanche tente de l’extrader pour avoir dévoilé des crimes de guerre américains.

Dans la tradition de la justice de classe britannique, la juge a non seulement prononcé une peine excessive et préjudiciable, mais elle a insulté Assange. Elle a déclaré au journaliste – qui avait été détenu de fait à l’ambassade de l’Équateur à Londres depuis sept ans – qu’il s’était rendu coupable d’«avoir exploité votre position privilégiée pour bafouer la loi et faire connaître à travers le monde votre mépris pour la loi de ce pays».

La juge a prononcé la sentence la veille de l’audience d’extradition d’Assange. Le fait même que les États-Unis, un pays qui pratique la torture et la peine capitale, et qui opère en dehors du cadre du droit international, cherchent à extrader Assange constitue une preuve à première vue qu’il était entièrement justifié pour Assange de demander l’asile.

La juge n’a fait aucun effort sérieux pour réfuter les arguments de la défense d’Assange, documentés dans une demande d’atténuation de neuf pages. Cette note explique que sa reddition aux autorités britanniques l’exposerait au même type de persécution illégale qui a conduit le gouvernement équatorien à lui accorder l’asile.

Assange a demandé et obtenu l’asile politique par ce qu’il «craignait que la Suède le livre aux États-Unis où il serait soumis à un dur traitement, y compris la persécution et l’isolement cellulaire illimité. Cela était lié à son implication dans la publication par WikiLeaks de matériel militaire et diplomatique américain sensible (comme le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture avait conclu dans le cas de Chelsea Manning)».

L’Équateur a accordé l’asile au journaliste persécuté, «sur la base de son évaluation d’un risque fondé de refoulement [extradition] par la Suède vers les États-Unis et de persécution, de traitements inhumains et de violences physiques».

La décision de l’Équateur a pris en considération le fait que «la Suède avait aussi, à l’époque des faits, une longue et malheureuse histoire de coopération illicite avec les États-Unis en matière de mauvais traitements des détenus et de leur restitution».

Le document fait référence à deux décisions du Comité contre la torture de l’ONU, décrivant la «cession totale de son pouvoir» par la Suède aux autorités américaines qui pratiquent la restitution illégale et la torture. Ces jugements ont conclu, selon les termes des avocats d’Assange, que «la Suède avait passivement autorisé le personnel militaire américain à maltraiter les détenus sur le sol suédois (y compris en les dépouillant; en leur bandant les yeux; en leur imposant des cagoules; en les menottant; en les soumettant à la sédation par suppositoire anal forcé; en les ligotant dans des positions inconfortables, etc.), et en les torturant dans des États tiers».

Le New York Times et le Washington Post publient des arguments mensongers selon lesquels Assange fait face à l’extradition pour une accusation mineure de piratage informatique et ne court aucun danger pour sa vie. Au contraire, le ministère de la Justice américaine a clairement indiqué qu’il enquêtait sur lui pour «obtention et diffusion de renseignements secrets». C’est une accusation qui pourrait entraîner des poursuites en vertu de la loi américaine sur l’espionnage et être passible de mort.

La procédure judiciaire contre Assange n’est pas, en fait, une extradition, mais une restitution, qui rappelle le traitement de «présumés terroristes» qui ont été enlevés dans les rues d’Europe ou du Moyen-Orient, ligotés et menottés avec des sacs sur la tête, et envoyés par avion aux «sites noirs» de torture des États-Unis ou à Guantanamo Bay.

Cela fait trois semaines qu’Assange a été traîné hors de l’ambassade de l’Équateur le 8 mars et emmené à la prison de Belmarsh, appelée le Guantanamo du Royaume-Uni. Là, il a été détenu en isolement, privé de son droit de rencontrer des avocats et des membres de sa famille, et soumis à ce que son père appelle la «torture sans contact».

Près de huit semaines se sont écoulées depuis le nouvel emprisonnement de Chelsea Manning pour avoir refusé de témoigner contre Assange. Auparavant, la courageuse dénonciatrice avait contribué à dénoncer les crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan. On avait placé Manning en isolement cellulaire pendant une grande partie de sa détention et, selon son avocat, elle s’est vue refusée des soins médicaux appropriés.

La persécution d’Assange et de Manning survient alors que les États-Unis intensifient leurs efforts pour changer de régime au Venezuela, et leur conflit avec la Russie et la Chine. En emprisonnant le fondateur de WikiLeaks, qui a documenté et exposé les crimes américains de guerre, les États-Unis cherchent à réduire au silence l’opposition à leurs guerres impopulaires et criminelles.

La persécution d’Assange a lieu dans des conditions de conflit de classe croissant et d’opposition sociale. La classe dirigeante est bien consciente que ses politiques de guerre et de contre-révolution sociale se heurtent à une résistance de masse qui va s’intensifier. En faisant un exemple d’Assange, elle cherche à faire taire tous les médias qui s’opposent aux diktats de l’oligarchie financière.

L’attitude des organisations politiques et les tendances à la persécution d’Assange définissent leur caractère. Ceux qui soutiennent activement ou tacitement cette abomination pseudo-légale ont sur eux une tache noire qui ne pourra jamais être lavée.

Dans cette liste, on retrouve l’administration Trump, qui exige l’extradition d’Assange; le Parti démocrate, qui a fait campagne contre Assange dans le cadre de sa campagne contre la Russie; les médias, qui ont calomnié Assange et ont répandu des mensonges sur lui; et les organisations de pseudo-gauche de la classe moyenne qui ont accrédité les allégations fallacieuses de viol utilisées comme prétexte à sa poursuite. Tous s’opposent à Assange parce qu’ils soutiennent l’impérialisme américain.

La force sociale qui doit venir à la défense d’Assange et de Manning est la classe ouvrière internationale. Contrairement aux bureaucrates aisés et complaisants qui travaillent dans les grands médias, le Parti démocrate et ses alliés de pseudo-gauche, la classe ouvrière a un intérêt vital dans la défense des droits démocratiques.

Le 4 mai, le Comité international de la Quatrième Internationale tiendra son cinquième Rassemblement international du 1er mai en ligne. Le rassemblement réunira des travailleurs du monde entier pour discuter d’une stratégie commune pour la construction d’un mouvement socialiste international.

La défense de Julian Assange, fer de lance de la défense des droits démocratiques dans le monde entier, sera un thème majeur de cet événement. Nous exhortons tous ceux qui veulent prendre position contre la persécution d’Assange à s’inscrire et à participer.

(Article paru d’abord en anglais le 2 mai 2019)