Le parti fasciste espagnol Vox enrôle d'anciens généraux et appelle à l'interdiction des partis marxistes

Par Alejandro López
26 mars 2019

Cette semaine, le secrétaire adjoint aux relations internationales du parti d'extrême droite espagnol Vox, Iván Espinosa de los Monteros, a déclaré que «l'extrême gauche et le nationalisme[catalan et basque] sont les ennemis de l'Espagne» et qu’«entre nous tous, nous devons les éradiquer». Il a dit que Vox proposerait de mettre hors-la-loi les partis qui «ne croient pas en l'unité de l'Espagne et ceux qui ne renoncent pas au marxisme».

Vox a inscrit cinq anciens généraux pour se présenter aux élections générales du 28 avril. Deux défendent publiquement l'héritage du dictateur fasciste Francisco Franco.

Les politiques de Vox sont ouvertement antidémocratiques et réactionnaires. Elles comprennent la suspension de tous les gouvernements régionaux, l'annulation des mesures limitées visant à s'occuper des crimes de Franco, la fermeture des mosquées, le renforcement de l'Église catholique, la réduction de l'impôt sur le revenu et l'impôt des sociétés et l'expulsion des migrants.

L'ancien général de marine Agustin Rosety Fernandez de Castro sera en tête de la liste Vox dans la province du sud de Cadix. Rosety, qui a servi dans l'armée espagnole pendant 40 ans sous les administrations du Parti populaire (PP) et du Parti socialiste (PSOE) en tant que chef des opérations spéciales, chef du principal organe du ministère de la Défense, la Direction générale de la politique de défense, a révélé ses véritables couleurs.

Il en va de même pour l'ancien général de division Alberto Asarta qui se présentera à Castellón. Il est l'auteur de la doctrine militaire actuelle de l'armée de l'air espagnole et a participé aux guerres et interventions impérialistes espagnoles, dirigeant la Brigade multinationale Plus Ultra II en Irak et la FINUL au Liban.

Rosety et Asarta ont tous les deux signé le manifeste profasciste de l'an dernier «Déclaration de respect au général Francisco Franco Bahamonde, Soldat d'Espagne», ainsi que 670 autres officiers supérieurs actuels et retraités. Publié dans l'Asociación de Militares Españoles franquiste, il proclame sauveur de l'Espagne Franco, qui a massacré des centaines de milliers de travailleurs pendant la guerre civile espagnole et fondé une dictature fasciste de 40 ans.

Rosety et Asarta seront rejoints par l'ancien général de l'armée de l'air Manuel Mestre Barea, qui a combattu en Afghanistan, au Koweït, en Bosnie-Herzégovine et en Irak et sera candidat à Alicante. L'ancien général Fulgencio Coll, qui sera candidat au poste de maire de Palma de Majorque, a été chef d'état-major de l'armée espagnole entre 2008 et 2012. Le général Antonio Budiño Carballo, qui a supervisé les opérations en Croatie, en Albanie et en Irak, sera candidat à Pontevedra.

La décision des hauts responsables espagnols de saluer les crimes fascistes, de se joindre à Vox et de se présenter aux élections législatives est un avertissement pour les travailleurs espagnols et partout dans le monde. Alors que l'armée française menace de tirer sur les manifestants en «gilet jaune», l'aristocratie financière se dirige partout vers des régimes fascistes et militaro-policiers.

Cela révèle la fausseté de l'affirmation selon laquelle l'armée espagnole aurait été «démocratisée» après la chute du régime franquiste. Au contraire, à l'instar de ce qui s'est passé dans toute l'Europe, la transition vers la démocratie bourgeoise sous le slogan «pardonner et oublier» a couvert les crimes des fascistes, leur a permis de poursuivre leur carrière sans entrave et de couver leurs successeurs. L'État construit délibérément le parti Vox. Il a été créé par d'anciens politiciens purs et durs du PP, faisant directement appel à l'armée, au pouvoir judiciaire et à la police.

Ces forces ont exploité la convocation des nationalistes catalans à un référendum sur l'indépendance pour faire évoluer le climat politique vers la droite et légitimer la construction d'un parti ouvertement profasciste.

Les sondages montrent que Vox ne bénéficie pas du soutien de la classe ouvrière. La plupart de ses électeurs sont d'anciens partisans du PP et proviennent de couches de la classe moyenne qui gagnent plus de €2.000 par mois. Seulement 13 pour cent des citoyens espagnols gagnent ce montant.

En décembre dernier, après une promotion médiatique massive, le parti est venu de pratiquement nulle part pour remporter 12 sièges au parlement andalou de 108 sièges et près de 11 % des voix. Il est ensuite devenu faiseur de rois, décidant de soutenir un gouvernement de coalition Citoyens-PP de droite dans la région.

Vox pourrait à nouveau être en mesure de négocier un gouvernement de droite après les élections nationales d'avril. Selon les derniers sondages, le parti pourrait remporter 10,3 % des suffrages, soit 20 à 23 sièges sur un Parlement de 350 sièges. Combinée avec le PP et Ciudadanos (Citoyens), l'aile droite pourrait se retrouver avec au moins 176 sièges – une mince majorité sur le PSOE et Unidos Podemos.

La menace d'Espinosa de los Monteros d'interdire les partis marxistes est aussi un avertissement. Au milieu des grèves et des protestations sociales de plus en plus nombreuses au Portugal, en France et dans toute l'Europe, la classe dirigeante espagnole est consciente de la large opposition de la classe ouvrière au PSOE et à Podemos à sa gauche.

Après 36 ans de règne ininterrompu en Andalousie, le PSOE a subi la pire défaite de son histoire – son nombre de sièges est tombé de 47 à 33 – alors qu'Unidos Podemos a perdu trois de ses 20 sièges, torpillant ainsi ses prétentions de la coalition selon lesquelles elle allait augmenter considérablement son vote.

Podemos n'est pas un parti marxiste. Il est en train d'être rapidement exposé comme un parti populiste de pseudo-gauche de la classe moyenne aisée, représentant des couches sociales quelque peu exclues du système de patronage bipartite mis en place après l'effondrement du régime franquiste. Un représentant régional en Andalousie reçoit un salaire de 3127 euros par mois, plus un supplément d'argent pour siéger dans des comités ou pour être porte-parole du parti et reçoit jusqu'à 500 euros par mois pour frais de déplacement.

Le fait que Vox et l'armée se sentent suffisamment enhardis pour saluer Franco, un assassin de masse fasciste, et à appeler à l'interdiction du marxisme, est surtout dû au rôle réactionnaire de Podemos et du PSOE, qui a promu la plupart de ces officiers au poste de général.

Depuis sa fondation il y a cinq ans, Podemos affirme que la seule politique «réaliste» pour défendre le «peuple» était de s'intégrer dans l'appareil d'État et de faire appel à la classe dominante. Durant ces années, le secrétaire général Pablo Iglesias courtisait assidûment les banquiers, les représentants des grandes entreprises (y compris avec un voyage à Wall Street) et les associations militaires et policières.

Podemos a formé des gouvernements de coalition au niveau régional et local (où il a contribué à l'imposition de l'austérité). Iglesias a supplié le PSOE de poursuivre cette politique au niveau national et d'inclure Podemos dans un «Gouvernement de changement».

En juin dernier, Podemos a finalement réussi à mettre en place un gouvernement dirigé par le PSOE grâce à des pourparlers secrets avec les partis nationalistes régionaux pour chasser le gouvernement du PP. En deux semaines, la farce d'un «programme gouvernemental progressiste» avec le PSOE, le principal parti du pouvoir capitaliste espagnol depuis 1978, a été révélée. Le premier ministre PSOE Pedro Sánchez a annoncé qu'il se conformerait à l'austérité de l'UE et exécuterait le budget adopté par le PP.

Au cours des huit mois qui ont suivi, jusqu'à ce que le gouvernement PSOE soutenu par Podemos soit tombé le mois dernier, ce gouvernement a poursuivi un programme indistinct de celui du PP. Il a continué à poursuivre en justice les dirigeants nationalistes catalans emprisonnés.

Là, le PSOE a ouvert la porte à la campagne de sécurité la plus à droite de l'histoire moderne de l'Espagne, centrée sur la question séparatiste catalane et les migrations. Comme le notait le quotidien El País, «du fait de messages plus populistes (la question catalane ou le nuage de poussière déclenché par l'éruption du Vox) l'économie est passée au second plan. Tout le monde admet que dans cette campagne, le débat économique sera minimisé malgré les graves menaces de ralentissement et la longue liste des tâches en suspens dans le domaine économique. On ne parle guère de coupes, d'austérité ou d'augmentations d'impôts.»

La cible non déclarée de cette campagne, cependant, est la classe ouvrière. Quelle que soit la coalition formée après les élections, qu'elle soit dirigée par la droite avec le soutien de Vox ou par un gouvernement dirigé par le PSOE et soutenu par Ciudadanos ou Podemos, elle s’attaquera rapidement aux travailleurs.

(Article paru en anglais le 25 mars 2019)