Le conseiller spécial Robert Mueller remet son rapport d’enquête sur la Russie

Par Kevin Reed
25 mars 2019

Le conseiller juridique spécial Robert Mueller a remis vendredi soir au procureur général William Barr un rapport qui vient conclure 22 mois d’enquête sur l’ingérence présumée de la Russie dans les élections américaines de 2016. Aucun détail sur le contenu du rapport n’a encore été rendu public.

Barr en a avisé, dans une lettre officielle du Département de la Justice, les leaders et membres influents des commissions judiciaires de la Chambre et du Sénat, les démocrates Jerrold Nadler et Dianne Feinstein, et les républicains Lindsey Graham et Doug Collins. Barr a écrit qu’il était en train d’examiner le rapport confidentiel et qu’il «pourrait être en mesure de [leur] communiquer les principales conclusions du conseiller spécial dès ce week-end».

Le règlement sur les conseillers juridiques spéciaux veut que le procureur général avise le Congrès de toute mesure proposée dans le rapport Mueller à laquelle il opposerait son veto pour être «tellement inappropriée ou injustifiée en vertu des pratiques ministérielles établies qu’elle ne devrait pas être envisagée». Barr a écrit que de tels cas ne se présentaient pas dans l’enquête de Mueller.

La loi sur les conseillers spéciaux donne également au procureur général Barr le pouvoir discrétionnaire de déterminer ce qui dans le rapport sera communiquée au Congrès et au public. Il a écrit qu’il s’était «engagé à faire preuve de la plus grande transparence possible» et qu’il prendrait cette décision au cours de son examen.

Peu de temps après que Mueller eut présenté ses observations, NBC News a rapporté qu’un haut fonctionnaire anonyme du ministère de la Justice avait confirmé que l’enquête n’avait produit aucun acte d’accusation scellé ou autre. Cela signifie que personne de la campagne Trump n’a été ou ne sera accusé d’avoir commis un acte criminel conjointement avec la Russie.

Le démocrate Adam Schiff, président de la Commission du renseignement de la Chambre, a rejeté les allégations qu’aucune autre inculpation ne serait prononcée. Il a affirmé à CNN qu’il convoquerait Mueller devant un panel de la Chambre pour des questions, montrant que le conflit interne entre les différentes fractions de l’establishment au pouvoir n’est pas terminé.

Tout au long de l’enquête Mueller, le Parti démocrate a conduit une campagne sans fin d’accusations non fondées de type McCarthy laissant entendre que la campagne Trump était de connivence avec les Russes pendant les élections de 2016. Ils ont même suggéré que l’«ingérence russe» était responsable de la victoire de Trump au Collège électoral.

Si le résultat final de l’enquête Mueller était de confirmer les affirmations sans fin de Trump qu’il n’y avait «pas de collusion», ce serait une débâcle politique pour le Parti démocrate et la fraction de l’appareil militaire et de renseignement qui s’est alignée sur les démocrates dans la campagne contre Trump.

Les personnes les plus proches de Donald Trump à être inculpées – comme George Papadopoulos, Paul Manafort, Michael Flynn et Michael Cohen – ont été accusées de mensonge envers les enquêteurs fédéraux, de fraude fiscale et bancaire dans leurs relations personnelles d’affaires et de violations du financement des campagnes, et non de collusion avec le gouvernement russe ou des entrepreneurs russes.

Les gens inculpés par l’enquête Mueller sur les activités cybernétiques durant l’élection présidentielle de 2016 étaient tous des Russes et non des membres du camp Trump. Même si on accepte que ces inculpations sont justes – elles n’ont été mises à l’épreuve dans aucune procédure judiciaire et ne le seront pas – les 13 ressortissants et les trois organisations russes accusés de «guerre de l’information» dans l’élection de 2016 se livraient à des activités en ligne ayant un impact minimal ou nul sur le résultat du vote.

De plus, ni les hommes d’affaire russes ni les 12 agents de renseignement russes présumés, inculpés pour avoir piraté les serveurs du Comité national démocrate avant l’élection, n’ont été mis directement en relation avec qui que ce soit de la campagne Trump ou à la Maison-Blanche.

Dans la mesure où les détails du rapport Mueller seront rendus publics, ils montreront certainement la gravité des attaques portées contre la démocratie par l’establishment politique américain et ses tendances à l’autoritarisme. Parmi les sous-produits de la campagne sur l’«ingérence russe» au centre de l’enquête Mueller, il y a eu une campagne permanente pour la censure en ligne de la part des deux partis capitalistes, des services de renseignement et de l’industrie de la technologie Internet sous prétexte de combattre les «fausses nouvelles» et la «désinformation».

(Article paru d’abord en anglais le 23 mars 2019)