Sri Lanka: une forte conférence du comité d'action des travailleurs de la plantation d’Abbotsleigh et du SEP

Par nos journalistes
21 mars 2019

Le Comité d’action des travailleurs de la plantation d’Abbotsleigh et le Parti de l’égalité socialiste (SEP) ont tenu une conférence à l’hôtel de ville de Hatton, le 17 mars. Cette ville se trouve dans la région des plantations du thé du Sri Lanka, dans les collines centrales de l’île.

Intitulé: «Les leçons de la lutte des travailleurs des plantations et la voie à suivre pour obtenir des salaires plus élevés et des droits démocratiques», l’événement a attiré plus de 100 personnes, dont plus de 30 travailleurs des plantations, des travailleurs de divers métiers, des étudiants d’université et des femmes au foyer. Une vingtaine de membres et de sympathisants du SEP sont venus de la province septentrionale du Sri Lanka ravagée par la guerre pour y participer.

La conférence s’est tenue après des semaines de campagne dans les plantations de thé, les zones industrielles urbaines et les universités. À sa conclusion, les participants ont adopté à l’unanimité des résolutions qui demandent la libération des travailleurs emprisonnés de Maruti-Suzuki en Inde; et la liberté pour Julian Assange, l’éditeur de WikiLeaks et Chelsea Manning, la lanceuse d’alerte américaine.

S. Kandipan

S. Kandipan, un travailleur de la plantation Glenugie Maskeliya et membre du SEP, a présidé la conférence. La trahison de la lutte salariale par les syndicats dans les plantations, a-t-il dit, a confirmé l’analyse de longue date du SEP et du WSWS. Cette analyse explique que les syndicats «ne représentent plus ni ne défendent les intérêts de la classe ouvrière. Les syndicats sont devenus des instruments de la classe dirigeante».

Les entreprises, le gouvernement et les syndicats «se trouvent d’un côté et les travailleurs de l’autre», a-t-il dit. Il a expliqué que la décision des travailleurs de la plantation d’Abbotsleigh de créer leur propre comité d’action était «un exemple pour tous les autres travailleurs».

M. Thevarajah, membre du comité politique du SEP, a présenté le rapport principal, décrivant la conférence comme «une expression claire de la résurgence internationale de la classe ouvrière».

Thevarajah a souligné que la lutte salariale des travailleurs des plantations était une réponse aux attaques constantes contre leurs conditions de vie. «La demande pour une augmentation de 100 pour cent du salaire journalier de base est venue des travailleurs. Des protestations se sont développée dans les plantations contre le rejet catégorique de la revendication par les entreprises. Ce fut à ce moment que le plus grand syndicat des plantations, le Ceylon Workers Congress (CWC — Congrès des ouvriers du Sri Lanka), a déclenché une grève afin de dissiper la colère des travailleurs».

M. Thevarajah

Le syndicat a mis fin à la grève sept jours après, invoquant une promesse bidon du président Maithripala Sirisena qu’il allait régler la question salariale.

«Mais les ouvriers du domaine sont restés en grève deux jours de plus. La lutte à la plantation s’est développée comme une rébellion contre les syndicats. Elle a culminé avec l’initiative prise par les travailleurs de la plantation d’Abbotsleigh de former un comité d’action sous la conduite du SEP».

L’orateur a évoqué les tentatives de la direction de la plantation d’Abbotsleigh de monter, avec l’appui des syndicats, une chasse aux sorcières contre S. Suntharalingam, le président du comité d’action et contre ses autres membres. Le directeur adjoint d’Abbotsleigh a même assigné Suntharalingam à des tâches spéciales le 17 mars, pour l’empêcher de participer à la conférence à Hatton. Plusieurs travailleurs d’Abbotsleigh ont cependant assisté à l’événement en défiant les menaces de la direction.

Thevarajah a expliqué que les classes dirigeantes essayaient au plan international d’imposer à la classe ouvrière tout le poids de la crise croissante du système capitaliste mondial. «Les sociétés de plantation au Sri Lanka font la même chose», a-t-il dit. «Ils exigent que les coûts de production du thé soient réduits afin d’être compétitifs sur le marché international, mais ne sont pas prêts à sacrifier une partie de leurs profits».

«Ces entreprises réalisent d’énormes bénéfices et leurs PDG perçoivent des salaires énormes, mais le salaire journalier des travailleurs de la plantation n’a été augmenté que de 20 misérables roupies (10 centimes d’euro) dans la convention collective signée entre les employeurs et les syndicats. » « En même temps », dit-il « la direction a augmenté l’objectif quotidien de la cueillette des feuilles»,.

Thevarajah a fait remarquer que les entreprises faisaient pression pour abolir le système salarial en attribuant de petites parcelles de terre aux travailleurs et en les transformant en métayers voire en travailleurs forcés modernes. «Des familles entières vont être poussées à entretenir ces parcelles», a-t-il averti.

Les partisans de la conférence font campagne parmi les travailleurs des plantations

La lutte salariale des travailleurs des plantations, a dit l’orateur, a confirmé que les travailleurs sri-lankais, comme leurs collègues du monde entier, ne peuvent pas gagner ou faire valoir leurs droits par l’intermédiaire des syndicats ; ou bien en faisant pression sur les gouvernements bourgeois et les patrons ou en faisant appel à eux.

«La classe ouvrière doit prendre les grands domaines, les usines et les banques sous son contrôle démocratique et les nationaliser», a-t-il dit, ajoutant: «et elle doit réorganiser l’économie mondiale afin de répondre aux besoins de la majorité de la société au lieu de servir les profits capitalistes».

Thevarajah a appelé les travailleurs de toutes les plantations et d’autres secteurs à rompre avec les syndicats. Il a dit qu’ils doivent établir leurs propres comités d’action et unifier ces organisations pour combattre les attaques de la classe capitaliste et du gouvernement.

«La mise en œuvre d’un programme socialiste nécessite l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement ouvrier et paysan dans le cadre de la lutte pour le socialisme à l’échelle internationale», a-t-il expliqué.

Plusieurs membres de l’auditoire ont pris la parole au cours de la séance de discussion animée.

Thanabalan est venu du domaine d’Hanthana, géré par la Direction du développement du domaine de Janatha contrôlé par le gouvernement. Il a déclaré à la conférence que la direction n’avait pas réussi à entretenir correctement le domaine et à le garder propre et sans mauvaises herbes. «Ils le gardent propre le long de la route parce que les bus touristiques traversent la zone», dit-il.

Thanabalan

«Les ministres du gouvernement et les politiciens ont progressivement pris le contrôle des terres du domaine d’Hanthana. Toutefois, les ouvriers du domaine doivent encore travailler sur ces propriétés, et maintenant de petits hôtels apparaissent sur ces terres».

Thanabalan a déclaré que les gestionnaires du domaine licencient les travailleurs lorsqu’ils atteignent l’âge de la retraite, mais qu’ils ne leur versent pas leurs fonds de pension. «Il nous manquait une plate-forme pour révéler ces problèmes. Je suis venu ici aujourd’hui pour divulguer ces choses».

Une employée du domaine de Bloomfield a dit: «Ils disent qu’ils ont augmenté notre salaire [quotidien] jusqu’à 700 roupies (3,46 euros). En réalité, ils ne l’ont augmenté que de 20 roupies (10 centimes d’euro), mais entre-temps, le prix des biens essentiels continue d’augmenter. La direction exige 16 kilos de feuilles de thé pour obtenir une journée complète de salaire».

«Je veux savoir pourquoi nos enfants doivent grandir comme travailleurs du domaine et faire face aux souffrances et au manque d’éducation auxquels nous sommes confrontés? Ne devrions-nous pas changer cette situation?»

Devika

Devika, une travailleuse du port de Colombo, a déclaré que la conférence lui a révélé la situation réelle des travailleurs des plantations. Les travailleurs des plantations sont une source principale de revenus pour le Sri Lanka, a-t-elle dit, et il devait y avoir une solution aux problèmes auxquels ils font face.

Soulignant la situation des travailleurs du port de Colombo, elle a expliqué que le gouvernement tente de privatiser la partie est du port. «Si cela se produisait, cela aurait de graves répercussions sur la main-d’œuvre massive du port. Les activités des syndicats portuaires cachent les problèmes dans le port».

Mayuran, de l’Université de Peradeniya, a déclaré à la conférence que cela faisait 71 ans que le Sri Lanka avait accédé à l’indépendance, mais que «les problèmes fondamentaux du peuple restent non résolus». Il a rappelé la décision réactionnaire d’abolir les droits de citoyenneté des travailleurs des plantations en 1948, et comment la classe dirigeante continue d’employer des politiques racistes pour diviser la classe ouvrière aujourd’hui.

Mayuran

Mayuran a déclaré que les étudiants universitaires du nord et de l’est du Sri Lanka ont organisé des manifestations pour soutenir les travailleurs des plantations en grève. «Et je peux vous assurer que les étudiants élèveront la voix pour les travailleurs des domaines à l’avenir», a-t-il dit.

Un ouvrier d’Abbotsleigh a dit: «Je suis heureux d’assister à cette conférence en tant que membre du comité d’action des travailleurs du domaine d’Abbotsleigh. Plusieurs personnes ont prononcé ici de bons discours aujourd’hui. Ce n’est qu’en participant à ce genre de conférence que nous pourrons parler et comprendre les problèmes de notre société et discuter de la manière de les résoudre.

«Il y a deux semaines, je suis venu ici pour participer à la publication du livre tamoul de David North intitulé La Révolution russe et le XXe siècle inachevé. En rentrant chez moi, j’ai pensé à ce que je ferais si je rejoignais [le SEP]? À la maison, j’ai lu deux pages du livre et j’ai demandé à ma fille de les lire. L’argent pour ce livre n’a pas été gaspillé parce qu’il y a beaucoup de choses importantes expliquées. Nous devrions tous lire attentivement les phrases de ce genre de livre».

Sulakshana

Sulakshana, une jeune femme venue d’un des domaines, a parlé du système dit de partage des revenus ou de métayage. «Ce système de partage des revenus va miner l’éducation des enfants des domaines. Des charges supplémentaires seront imposées aux travailleurs. Si les enfants deviennent des travailleurs, les capitalistes les exploiteront aussi».

«On a opprimé les travailleurs des domaines pendant 150 ans», dit-elle, «maintenant ils feront face à des conditions d’esclavage dans ce système et ils devraient le rejeter complètement. Nous devrions rompre avec les syndicats [et], comme le SEP l’a expliqué, élire démocratiquement des comités d’action. La solution ne viendra que si une révolution arrive».

Dans ses remarques finales à la conférence, K. Ratnayake, rédacteur national du WSWS, a déclaré que l'événement de Hatton représentait une nouvelle étape du développement de la lutte de la classe ouvrière.

«Les travailleurs d’Abbotsleigh ont pris une initiative audacieuse et progressiste pour rompre avec les syndicats et s’organiser de manière indépendante pour défendre leurs droits», a-t-il déclaré. «Cela fait partie d’un développement international, comme le montrent les travailleurs de General Motors qui s’apprêtent à établir des comités de la base».

K. Ratnayake

«Les entreprises de plantations exigent l’abolition du système salarial et la mise en place d’un système de travail de servitude pour dettes. Les conglomérats internationaux, tels que Unilever et Tata, exigent une production à bas prix afin d’accumuler des profits massifs», a-t-il déclaré. Cette exploitation, a-t-il expliqué, est un processus global. «Une solution nationale à ces attaques n’existe pas. Les travailleurs ne peuvent lutter qu’en s’organisant au niveau international et en luttant pour le socialisme».

Ratnayake a déclaré à la conférence que l’élite dirigeante sri-lankaise était dans un état de délabrement avancé. «Le Parti national uni (UNP) au pouvoir, le président Sirisena et l’opposition dirigée par l’ancien président Mahinda Rajapakse n’ont aucune solution aux problèmes auxquels les masses font face et se préparent tous à leur manière à imposer des formes autocratiques de gouvernement».

«C’est une classe dirigeante qui a mené une guerre de 30 ans contre son propre peuple, c’est-à-dire une guerre communautariste contre le peuple tamoul», a-t-il dit. En concluant, il a exhorté tous ceux qui étaient présents à rejoindre le SEP, la section sri-lankaise du Comité international de la Quatrième Internationale, et à en faire le parti révolutionnaire de masse de la classe ouvrière.

(Article paru d’abord en anglais le 20 mars 2019)