Les appels se multiplient à une lutte nationale alors que les syndicats cherchent à mettre fin à la grève des enseignants d'Oakland

Par Joseph Santolan
26 février 2019

La grève de plus de 3300 enseignants d'Oakland, en Californie, enchaîne aujourd'hui dans sa troisième journée. La lutte a gagné un large soutien au sein de la classe ouvrière d’Oakland et de la région de la Baie de San Francisco. C'est l'expression la plus récente de la montée de la lutte de classes aux États-Unis et dans le monde.

Il existe un fort soutien à Oakland, à travers la Californie et tout le pays pour une lutte unifiée des enseignants et d’autres secteurs de la classe ouvrière dans la défense de l’enseignement public. Dans les États qui ont connu des grèves l’année dernière, notamment dans l’Oklahoma et l’Arizona, les enseignants soulèvent la demande d’un nouveau combat.

La semaine dernière, des enseignants de Virginie-Occidentale ont débrayé pendant deux jours, un an après que des enseignants de l'État aient lancé la vague de grèves d'enseignants aux États-Unis en 2018. La grève de Virginie-Occidentale faisait suite à une grève de trois jours menée par des enseignants à Denver, au Colorado et une grève de six jours d'enseignants à Los Angeles, en Californie.

Au niveau international, des grèves d'enseignants ont eu lieu au Mexique, en Argentine, au Maroc, en Tunisie, au Danemark, en France et au Royaume-Uni. À São Paulo, au Brésil, les enseignants font grève depuis le 4 février pour s’opposer aux attaques sur les retraites.

Les syndicats sont le principal obstacle au développement d’une lutte unifiée. Le syndicat de la Fédération américaine des enseignants (AFT) et la National Education Association (NEA) se sont efforcées d'isoler chaque lutte, de canaliser cette opposition au profit du Parti démocrate et d'empêcher que deux sections d'enseignants déclenchent une grève simultanée.

Indépendamment des syndicats, les enseignants cherchent un moyen d’élargir leur lutte. Certains ont appelé cette semaine à la solidarité des dockers pour qu’ils bloquent le port d'Oakland, le cinquième port à conteneurs le plus actif des États-Unis.

Le Bulletin des Enseignants du World Socialist Web Site appelle les enseignants d'Oakland à former des comités de grève de base afin d’enlever la conduite de la lutte des mains des syndicats. Les enseignants devraient formuler leurs propres revendications et s'adresser aux enseignants de tout le pays et d'autres couches de la classe ouvrière pour préparer une grève générale à l'échelle nationale.

À Oakland, les syndicats travaillent en étroite collaboration avec le Parti démocrate – qui a les rênes du pouvoir politique en Californie et a pleinement participé à l'attaque contre l'éducation publique – afin d'isoler et de mettre fin à la grève sur la base d'un accord qui ne répond aucunement aux principales revendications des enseignants.

Les démocrates en Californie ont supervisé des décennies d'austérité qui ont entraîné une chute des dépenses par élève du premier au 43e rang dans le pays. Tout en prétendant représenter les enseignants d'Oakland, le syndicat l'Oakland Education Association (OEA) et ses organisations mères, la California Teachers Association (CTA) et la NEA ont toujours approuvé le financement des politiciens démocrates.

Les coupes sociales imposées par les démocrates parrainés par les syndicats ont fait d'Oakland l'un des districts les plus pauvres de Californie. L’académie envisage maintenant d'imposer de nouvelles réductions, menaçant de fermer un tiers de toutes les écoles publiques d'Oakland. Alors que les enseignants organisent les piquets de grève avec l’objectif de garantir le financement intégral de l’éducation publique, l’OEA ne demande qu’une augmentation de salaire de 12 pour cent étalée sur trois ans, ce qui correspond à peine au taux d’inflation, et une réduction négligeable de la taille des classes.

Le droit à une éducation publique de qualité ne peut être défendu par le biais des syndicats, qui fonctionnent entièrement selon les paramètres établis par l’académie scolaire et ont refusé d'inclure dans les négociations les compressions budgétaires proposées de 60 millions de dollars.

L’académie scolaire d’Oakland (OUSD) n’a aucune intention de modifier un tant soit peu son programme d’austérité, qui vise à utiliser les fermetures d’écoles proposées comme base pour affecter davantage de fonds publics à des écoles privées. Les discussions entre l’académie scolaire et l'équipe de négociation du syndicat sont arrivées à une impasse pendant le weekend. Aucune discussion n'a eu lieu samedi et la tentative du dimanche de reprendre les discussions a rapidement pris fin.

En vue de mettre fin à la grève, l'OEA a annoncé dimanche soir qu'il sollicitait l'aide des politiciens du Parti démocrate pour résoudre le conflit, en faisant appel aux mêmes individus responsables des compression budgétaires de l'éducation de l'État.

S’exprimant au nom des négociateurs de l’OEA lors de la conférence de presse du soir, Chaz Garcia, deuxième vice-président de la région, a déclaré: «Nous allons avoir besoin de quelqu'un qui puisse nous aider ou d'une manière de nous aider à faire avancer les choses, car l’académie ne l'a pas encore fait. Donc, à l’avenir, le secrétaire à l’Education, Tony Thurmond, viendra voir s'il peut aider l’académie à comprendre comment il faut agir différemment. Et cela est prévu pour demain.»

Thurmond a été élu secrétaire de l’Instruction publique de l’État en Californie l’année dernière, avec l’entier soutien des syndicats OEA et du CTA, qui ont financé sa campagne. Les syndicats ont approuvé sa candidature quelques mois seulement après que Thurmond, alors membre de l'Assemblée de l'État, ait voté en faveur du projet de loi 1840, utilisé par l'OUSD pour imposer des coupes de 60 millions de dollars au cours des deux prochaines années, ainsi que la fermeture ou consolidation d’un tiers des écoles publiques d’Oakland pour combler le déficit budgétaire.

La dernière information publiée sur les négociations par OEA montre qu'il recule déjà en ce qui concerne les revendications essentielles, notamment la taille des classes, le nombre de cas en éducation spécialisée et les taux de répartition des postes d’infirmières et de conseillers d’orientation. Thurmond et le Parti démocrate ont pour fonction d’accélérer le processus pour arrêter la grève.

Alors que l’OEA compte sur Thurmond pour sceller leur accord en catimini, il fait également la promotion d’autres personnalités du Parti démocrate. L'OEA avait annoncé que Robert Reich, professeur à l'Université de Berkeley, serait le principal orateur d'un rassemblement d'enseignants en grève qui devait se tenir aujourd'hui à midi. Reich a occupé le poste de secrétaire du Travail dans le gouvernement Clinton, le principal promoteur du «choix de l'école» dans les années 1990.

Tout accord conclu par ces individus sera fait sur la base d’une expansion des écoles privées, de l'imposition de budgets d'austérité et du maintien des enseignants d'Oakland parmi les plus pauvres de l'État.

Le seul moyen par lequel les enseignants en grève peuvent mener leur combat pour défendre l'éducation publique consiste à former des comités de base indépendants du syndicat et à organiser une grève à l'échelle nationale. Ce combat doit reposer sur le rejet des paramètres d’austérité dans lesquels se déroulent actuellement les négociations. Les enseignants doivent insister sur ce qui est nécessaire pour leurs élèves, et non sur ce qui est acceptable pour la classe capitaliste, qui peut trouver des milliards de dollars pour la guerre et l’attaque contre les immigrés et non pas un sou pour l’éducation publique.

L'attaque contre l'éducation publique fait partie d'une attaque plus large contre les droits et le niveau de vie de la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde. C'est cette attaque généralisée qui a provoqué la série de grèves d'enseignants à travers les États-Unis.

Une véritable lutte pour la défense de l’éducation publique se heurtera inévitablement à la résistance de tous ceux qui défendent la richesse et le pouvoir des grandes entreprises et de l’élite financière, démocrates autant que républicains. La classe dirigeante est résolue à transformer l'éducation publique en une entreprise à but lucratif et en un autre instrument permettant de générer des profits.

Le mouvement croissant des enseignants et des autres couches de la classe ouvrière doit devenir le fer-de-lance de la construction d'un mouvement politique de la classe ouvrière opposé aux grands partis du monde des affaires et au système capitaliste qu'ils défendent.

(Article paru en anglais le 25 février 2019)