En Virginie-Occidentale, les enseignants restent intransigeants lors de leur deuxième journée de grève à l'échelle de l’État

Par Tom Eley
21 février 2019

A l’Assemblée législative de Virginie-Occidentale, les députés ont suspendu un projet de loi qui, s’il est voté, joindra de nouvelles attaques de l’éducation publique à de maigres augmentations de salaire. Pour cette raison, ce projet de loi rencontre une opposition massive de la part des enseignants et des employés des services scolaires qui poursuivent leur grève dans tout l’État.

La grève de 33.000 enseignants et personnels des services scolaires qui a commencé mardi matin a imposé la fermeture des écoles dans les 55 comtés de l’État. La tentative d’un district, Putnam County, d’ouvrir les établissements, a échoué lamentablement du au piquetage des enseignants et à l’absence des autobus et des élèves.

une partie de la foule

La grève a lieu près d'un an après que la dernière grève des enseignants de Virginie-Occidentale a déclenché la plus grande vague de grèves d’enseignants américains en plus d'une génération.

Après la suspension du projet de loi, les syndicats ont fait campagne pour annoncer une «victoire». Ils ont fait pression sur les grévistes pour qu’ils retournent au travail mais n’ont pas réussi à convaincre les enseignants en grève. Ces derniers se souviennent trop bien de déclarations similaires après que les syndicats ont mis fin l’an dernier à leur puissante grève de neuf jours. Au cours de l’année écoulée, les promesses des dirigeants syndicaux et du gouverneur, Jim Justice, de s’attaquer au problème des bas salaires, des coûts écrasants des soins de santé et du sous-financement chronique des écoles, sont restées lettre morte.

Après avoir forcé les syndicats à déclencher une grève, les enseignants étaient déterminés à maintenir leur élan pour obtenir leurs revendications, ignorées dans l’accord de l’an dernier, mais aussi pour battre la loi réactionnaire de l’État qui veut introduire des écoles « Charter » [privées] et autres programmes de privatisation scolaire pour la première fois dans l’histoire de l’État.

Alors que les enseignants de Virginie-Occidentale ont de nouveau pris la tête, que d’Oakland en Californie, devaient déclencher une grève ce jeudi, après les grèves majeures de Los Angeles et de Denver, le mouvement pourrait bien converger en grève générale nationale pour défendre l’éducation publique.

Ces derniers jours, quinze gouverneurs ont demandé une augmentation de la rémunération des enseignants pour tenter de prévenir d’autres grèves. Parmi les actions qui menacent jusqu’à présent on peut citer: une nouvelle grève des enseignants en Arizona si l’engagement du gouverneur Ducey d’augmenter les salaires de vingt pour cent n’entre pas en vigueur; une grève des enseignants d’Indiana si l’Assemblée législative n’augmente pas les salaires cette session; et une grève des enseignant en Louisiane avant la fin de l’année scolaire. Les enseignants se sont rassemblés en Virginie en janvier, et les enseignants de l’Oklahoma, de la Caroline du Sud, du Mississippi, de l’Arkansas menacent toujours de mener d’autres actions pour obtenir une augmentation de salaire.

La Chambre de députés de Virginie-Occidentale a voté par 53 voix contre 45 la suspension de sa version du projet de loi présenté au Sénat comme «projet de loi 451» et qui aurait combiné une augmentation salariale avare de cinq pour cent à diverses initiatives visant à détourner les fonds des écoles publiques. Les deux versions du projet de loi auraient légalisé les écoles à charte dans l’État, qui est l’un de seulement six États à ne pas avoir d’écoles à charte.

Dale Lee donne une conférence de presse

Les trois syndicats représentant les enseignants de l'État de Virginie-Occidentale, ainsi que Randi Weingarten, le dirigeant national de la Fédération américaine des enseignants(AFT), avaient annoncé leur soutien à la version parlementaire du projet de loi, principalement parce que les démocrates de l'État avaient supprimé une disposition qui aurait obligé les syndicats à obtenir une autorisation annuelle des enseignants pour déduire les cotisations syndicales de leur chèque de paie.

Les enseignants de la Virginie-Occidentale étaient outrés. Leurs syndicats – l’Association d’éducation de la Virginie-Occidentale (WVEA), la Fédération des enseignants américains de la Virginie-Occidentale (AFT-WV) et l’Association de personnel de service des écoles la Virginie-Occidentale (WVSSPA) – avaient promis l’an dernier, en échange de la fin de la grève, que les salaires et le financement scolaire seraient augmentés. On leur avait aussi donné des «engagements» qu’on s’occuperait de l’escalade des coûts des soins de santé due aux années de sous-financement intentionnel du régime public d’assurance-maladie des employés (PEIA).

Au lieu de quoi, en sabotant la grève, les syndicats n’ont fait qu’ouvrir la porte à une escalade des attaques contre les enseignants et l’éducation publique de Virginie-Occidentale et de tout le pays.

Les syndicats ont été forcés d’appeler à la grève de mardi seulement pour empêcher que des grèves sauvages ne gagnent à nouveau du soutien parmi les enseignants. Et ce n’est que face à une opposition massive qu’ils ont décidé de la sanctionner un deuxième jour, mercredi. Le président de la WVEA, Dale Lee, a fait des pieds et des mains pour dire que le syndicat était une organisation «dirigée par ses membres». Une affirmation fausse, mais qui exprime néanmoins la crainte de la bureaucratie syndicale que les enseignants de base défient un ordre de retour au travail comme ils l’avaient initialement fait l’an dernier.

Dale Lee

Mardi soir, après avoir déclaré la poursuite de la grève, le président de l’AFT-WV, Fred Albert, et le président du WV-SSPA, Joe White, ont lancé un appel direct aux politiciens de l’État pour qu’ils les couvrent encore afin de pouvoir ordonner aux enseignants de retourner au travail et maintenir un minimum de crédibilité. «Nous restons en grève un jour de plus pour nous assurer que ce projet de loi sera mort demain», a dit Albert. Pour sa part, White a admis que les enseignants s’opposaient à un retour au travail. «La confiance n’est pas là», dit-il.

Les syndicats cherchent à vendre ce que le gouverneur républicain milliardaire Jim Justice appelle un «projet de loi propre», le projet de loi 2730, qui ne prévoit qu’une petite augmentation de salaire et laisse de côté pour l’instant d’autres mesures de «réforme scolaire» soutenues par le patronat. Justice, un ancien Démocrate, a déclaré qu’il envisagerait de soutenir un «programme pilote» de deux ou trois écoles à charte, que les enseignants considèrent à juste titre comme un pied dans la porte de la privatisation scolaire.

Dans une déclaration, largement partagée par les enseignants et les employés des écoles sur les médias sociaux, le Bulletin des enseignants du WSWS appelait les éducateurs à rejeter tout retour au travail et à lutter pour étendre leur lutte contre l’attaque bipartite contre l’éducation publique.

«Les enseignants de tout le pays, y compris ceux d’Oakland, en Californie, qui vont faire grève jeudi, s’attendent à ce que les enseignants de Virginie-Occidentale prennent de nouveau les devants. Il y a une volonté croissante de se battre. Partout les enseignants veulent s’unir et se battre ensemble, mais la question est: comment?»

«Les employés des écoles de Virginie-Occidentale doivent élire des comités de la base, indépendants du syndicat, que les enseignants eux-mêmes contrôleront démocratiquement. Ces comités doivent lancer un appel aux travailleurs de Virginie-Occidentale et à tous les enseignants et employés des écoles pour qu’ils se joignent à une lutte commune pour l’égalité sociale».

«L’ambiance est de plus en plus favorable à une grève générale qui rassemble tous les travailleurs de toutes les industries. Les enseignants gagneront un soutien massif et mettront leurs ennemis à genoux à Charleston [la capitale de la Virginie-Occidentale] en appelant tous les travailleurs à se joindre à eux dans une grève générale. La force des travailleurs réside dans leur unité et leur indépendance vis-à-vis des syndicats et des partis démocrates et républicain contrôlés par les riches».

Les ressources nécessaires pour améliorer considérablement l’éducation publique et garantir des salaires décents à tous les employés des écoles ne peuvent être obtenues que par une attaque frontale contre la grande entreprise et les super riches, y compris les industries du charbon et du gaz naturel, qui ont saigné à blanc l’éducation publique et les autres services publics de Virginie-Occidentale. Ceci, à son tour, exige une lutte politique contre les partis contrôlés par le patronat et le système capitaliste qu’ils défendent.

(Article paru d’abord en anglais le 20 février 2019)