Les médias dénoncent les «gilets jaunes» après l’incident avec Finkelkraut

Par Will Morrow et Alexandre Lantier
19 février 2019

Après une confrontation verbale samedi à Paris entre un manifestant et le commentateur Alain Finkielkraut, l’élite dirigeante déroule une campagne réactionnaire de mensonges pour accuser l’Islam et la lutte des «gilets jaunes» d’anti-sémitisme.

L’incident, non éclairci, sent la provocation. Finkielkraut, qui est juif et un ex-maoïste sioniste de droite, avait dénoncé les «gilets jaunes» pour leur «violence» et leur «arrogance» dans Le Figaro la semaine dernière. Il est néanmoins allé à la manifestation, où il a rencontré un groupe de «gilets jaunes», y compris un barbu qui serait surveillé par le renseignement à cause de ses liens avec l’islamisme radical. Cet homme a dénoncé Finkielkraut en tant que sioniste, utilisant un langage grossier. Les forces de l’ordre ont ensuite entouré Finkielkraut, qui a quitté la manifestation.

Initialement, le porte-parole du gouvernment Benjamin Griveaux a dit que les «gilets jaunes» avaient crié «sale Juif» à Finkielkraut. Mais les journalistes qui ont visionné les vidéos de l’altercation ont dit qu’ils n’entendaient pas cette expression. Finkielkraut l’a nié en remerciant Griveaux: «Je suis ému par le témoignage de solidarité qu’il a manifesté, mais on ne m’a pas traité de sale juif.» L’intéressé ne compte pas porter plainte contre le barbu.

Toutefois, les médias, l’État et la droite reprennent en choeur les mensonges répandus en 2018 par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) petit-bourgeois et les appareils syndicaux, que les «gilets jaunes» sont un mouvement fasciste. Les médias y ajoutent l’accusation que les musulmans sont devenus antisémites par opposition aux guerres de l’OTAN et d’Israël et par jalousie contre la richesse relative des Juifs. Ceci vise à contrer la popularité des «gilets jaunes» en dénonçant une opposition de gauche à l’inégalité sociale et à la guerre en tant qu’antisémite.

Le WSWS a expliqué dès le début du mouvement que les «gilets jaunes» sont politiquement et socialement hétérogènes, qu’ils réunissent travailleurs, indépendants, agriculteurs et petits patrons. En avançant des mots d’ordre populaires et démocratiques, plutôt que de classe et internationalistes, ils réunissent tous ceux qui acceptent de porter un «gilet jaune» pour manifester contre Macron. Ceci permet des forces de droite de rejoindre le mouvement, y compris paraît-il des islamistes qui n’avaient joué aucun rôle visible dans le mouvement.

Les «gilets jaunes» sont toutefois largement issus de la classe ouvrière, et hostiles envers les inégalités, le racisme et le militarisme. La responsabilité pour la montée de l’antisémitisme et d’autres haines raciales n’incombe pas aux «gilets jaunes», mais à ceux qui les montrent du doigt.

L’hypocrisie des politiciens et journalistes bourgeois qui dénoncent l’antisémitisme fantasmé des travailleurs est obscène. Samedi soir sur Twitter, Maron a dit à propos de Finkielkraut: «Les injures antisémites dont il a fait l’objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolèrerons pas.»

Mais c’était Macron qui en novembre a fait l’éloge de Philippe Pétain, le chef de la collaboration nazie à Vichy qui a dirigé l’extermination des Juifs en France. Il a fait déporter plus de 76.000 Juifs de France dans les camps de concentration nazis, y compris 11.000 enfants; seuls 2.000 sont revenus. Quand Macron a déclaré que les Français doivent avouer que Pétain était un grand soldat pendant la Première Guerre mondiale, il lançait un appel aux néofascistes de caractère antisémite.

La dirigeante néofasciste Marine Le Pen, dont le père Jean Marie a traité la Shoah de «détail de l’histoire», a réagi différemment à l’incident avec Finkielkraut. Elle a écrit sur Twitter: «L’agression d’Alain Finkielkraut aujourd’hui est un acte détestable et choquant, qui illustre la tentative d’infiltration du mouvement des Gilets Jaunes par l’extrême-gauche antisémite.»

Alors que BFM-TV déclare en boucle que toute critique du sionisme de Finkielkraut est antisémite, les têtes parlantes à la télévision dénoncent l’opposition ouvrière au capitalisme. La philosophe autoproclamée Julia de Funès a déclaré: «Le vrai visage de l'antisémitisme aujourd'hui ce n'est plus évidemment l'extrême droite catholique, ni le nazisme de l'Europe des années 30. C'est l'islamisme fondamental.»

Elle a ajouté que l’opposition des «gilets jaunes» à l’élimination par Macron de l’Impôt sur la fortune démontre leur sympathie pour l’antisémitisme génocidaire: «Simplement cette logique des gilets jaunes a dérivé aussi vers une logique passionnelle qui est la jalousie et la haine de la richesse. La question de l’ISF le prouve. ... On est dans une logique passionnelle et c'est là que les deux convergent vers une logique de haine: haine de race pour l’un, haine de classe pour l'autre».

Un gouffre de classe sépare les aspirations socialisantes des travailleurs pour l’expropriation des fortunes obscènes des multimilliardaires et un usage rationnel des richesses sociales, des appels rétrogrades aux haines raciales et au meurtre qui sont l’apanage du fascisme. La tentative de Funès d’amalgamer les deux est une falsification répugnante. C’est la classe capitaliste et non ouvrière qui cultive les descendants politique des fascistes du 20e siècle pour construire l’extrême droite.

A présent, le multimilliardaire allemand August von Finck, dont le père a financé Hitler, finance l’Alternative pour l’Allemagne d’extrême-droite. Ce parti se renforce alors que des professeurs extrémistes lavent les crimes hitlériens, avec le soutien tacite de toute la classe politique, pour justifier une politique impopulaire de remilitarisation allemande.

En France, Le Pen est liée à divers groupes qui sont violemment antisémites. Les médias font un silence assourdissant là-dessus, pour continuer à prétendre qu’ils s’opposent à l’antisémitisme tout en intégrant pleinement les néofascistes dans la politique officielle. Mais Marion Maréchal Le Pen rend visite à l’Action française (AF), le descendant de l’organisation antisémite du même nom dirigée par Charles Maurras dont le personnel a joué un rôle clé à Vichy. En 2013 Serge Ayoub, un militant d’AF, a coordonné le meurtre de l’étudiant de gauche Clément Méric.

L’argentier néofasciste Philippe Péninque a non seulement organisé des transaction illicites pour le ministre PS Jérôme Cahuzac. Il a aussi fondé le parti Egalité et Réconciliation (E&R). Les médias qui s’offusquent à présent de la propagande antisémite menée par E&R parmi les immigrés et les musulmans garde un silence complice sur les liens qui unissent E&R au PS et à la dynastie Le Pen.

Finkielkraut a fait quant à lui l’apoogie des crimes d’Israël contre le peuple palestinien. Il a défendu la guerre menée contre Gaza sans défense en 2014, qui a fait plus de 1.000 victimes civiles, en déclarant au Figaro: «Les Israéliens préviennent les habitants de Gaza de toutes les manières possibles des bombardements à venir. … Lorsqu'on me dit que ces habitants n'ont nulle part où aller, je réponds que les souterrains de Gaza auraient dû être faits pour eux.»

L’élite dirigeante prétend qu’un tel soutien pour le meurtre de civils sans défense est irréprochable car toute critique qui en serait faite serait antisémite. Ceci légitime l’antisémitisme en l’identifiant faussement à l’opposition largement partagée à la répression sanglante des Palestiniens.

Face aux «gilets jaunes», la classe dirigeante dégaine toutes les armes dont elle dispose pour diviser les travailleurs et étrangler l’opposition à l’austérité et à la guerre. Elle utilise le carnage produit par ses guerres moyen-orientales et africaines, et la guerres d’Israël contre les Palestiniens, pour monter les travailleurs juifs, musulmans et autres les uns contre les autres. Elle cache ensuite cette opération sous le mensonge grotesque que c’est l’élite dirigeante qui combat l’antisémitisme.

Il faut rejeter ces tentatives de diviser la classe ouvrière. Une profonde opposition à l’impérialisme et au sionisme existe parmi les travailleurs de toutes les nationalités. Pour la mobiliser il faut unifier les travailleurs en une lutte internationale contre le capitalisme et la guerre, et pour le socialisme.