Le Canada mobilise des appuis pour le coup d'État américain au Venezuela

Par Keith Jones
9 février 2019

Le gouvernement libéral du Canada est au centre de la campagne menée par Washington pour renverser le président élu du Venezuela, Nicolas Maduro, et mettre en place un régime de droite brutal qui ouvrira le pays – site des plus grandes réserves de pétrole du monde – à une exploitation impérialiste débridée.

Plus tôt cette semaine, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a été l'hôte d'une réunion à Ottawa de membres du «Groupe de Lima». Elle a appelé l'armée vénézuélienne à mener à son terme le coup d'État orchestré par les États-Unis et lancé le 23 janvier, lorsque le président de la législature vénézuélienne, Juan Guaidó, s'est proclamé «président intérimaire» du pays et que le président américain Donald Trump a tweeté que Washington le reconnaît comme le chef «légitime» du Venezuela.

La déclaration de la réunion d'Ottawa, dont seul le Mexique s'est dissocié, indique clairement que le Groupe de Lima et ses États membres agissent désormais comme des partenaires à part entière du coup d'État, coordonnant étroitement leurs actions et canalisant des ressources derrière l'opération de changement de régime menée par Guaidó. La déclaration a annoncé que la demande de Guaidó d'incorporer son «gouvernement» dans le Groupe de Lima avait été acceptée «avec grand plaisir». Les membres du Groupe, a-t-il ajouté, «reconnaîtront les représentants du gouvernement intérimaire de Juan Guaidó et travailleront avec eux».

Le Groupe de Lima a été créé en 2017 dans le but apparent de négocier une solution pacifique à la crise sociopolitique croissante au Venezuela. Composé des principaux alliés de Washington dans les Amériques, il a servi de chœur à l'administration Trump dans sa campagne de plus en plus belliqueuse pour un changement de régime à Caracas.

En cela, le Canada a beaucoup joué le rôle de chef de chœur. Freeland et son patron, le premier ministre Justin Trudeau, ont exhorté les gouvernements qui ont des liens et des racines avec les coups d'État, les escadrons de la mort et l'extrême droite, y compris ceux du Brésil, de la Colombie, du Honduras et du Guatemala, à proclamer la réélection de Maduro en 2018 comme une menace particulière pour la «démocratie» et «l'État de droit».

Le rôle du Canada au sein du Groupe de Lima s'inscrit dans une tendance qui remonte à des décennies. À de nombreuses reprises, Ottawa s'est fait le défenseur et le complice de Washington dans des tribunes ou des initiatives internationales, comme les missions de maintien de la paix des Nations Unies desquelles les États-Unis sont exclus ou auxquelles ils refusent de participer.

Compte tenu du long et sanglant bilan de Washington en matière d'invasion et d'occupation des pays d'Amérique latine et de son soutien au coup d'État militaire avorté de 2002 au Venezuela contre le prédécesseur et mentor de Maduro, Hugo Chávez, la participation américaine au Groupe de Lima aurait brisé toute prétention selon laquelle il aurait été un interlocuteur neutre. Un tel prétexte était essentiel pour que le Groupe de Lima fournisse, comme il l'a fait au cours des 18 derniers mois, une façade multilatérale et de droits de l'homme à la campagne menée par les États-Unis pour intensifier la pression diplomatique et économique sur Maduro.

Mais le rôle du Canada dans l'opération de changement de régime dirigée contre le gouvernement nationaliste bourgeois du Venezuela ne se limite pas à donner son approbation à une tentative illégale et antidémocratique de prendre le pouvoir. Le gouvernement Trudeau a été intimement impliqué dans son organisation et son lancement, y compris dans les décisions concernant l’échéancier, ses prétextes et sa justification pseudo-juridique.

Un haut fonctionnaire du gouvernement canadien a affirmé que la raison pour laquelle le gouvernement libéral a suivi de si près le tweet de Trump du 23 janvier en reconnaissant Guaidó comme le «vrai» chef d'État du Venezuela était que les diplomates canadiens avaient «écouté» Guaidó et les autres chefs de l'opposition et avaient «anticipé» les développements.

C'est un subterfuge. Comme l'a révélé un article de la Presse canadienne du 26 janvier, les diplomates canadiens ont travaillé avec leurs homologues latino-américains à Caracas pour préparer le coup d'État, en pressant les opposants de droite de Maduro de s'unir et en les poussant à défier le gouvernement. «L’encouragement de l'opposition vénézuélienne» a été un «travail de plusieurs mois», écrit Mike Blanchfield, de la Presse canadienne. Le 4 janvier, le Groupe de Lima... a rejeté la légitimité de la victoire électorale de Maduro aux élections de mai 2018 et son investiture imminente le 10 janvier, tout en reconnaissant l'Assemblée nationale «légitimement élue».

Blanchfield a poursuivi en citant un représentant canadien anonyme qui a déclaré que l'opposition «était vraiment à la recherche d'un soutien international, afin de pouvoir s'accrocher à une raison pour laquelle elle devrait s'unir et mettre de l’avant quelqu'un comme Juan Guaido».

Le gouvernement libéral du Canada, soutenu par les syndicats et prétendument «progressiste», est donc profondément impliqué dans une intrigue impérialiste qui menace de plonger le Venezuela dans la guerre civile ou de servir de prétexte à une invasion américaine, comme l'ont souligné les déclarations répétées de Trump selon lesquelles «toutes les options sont sur la table».

Les médias et l'establishment politique du Canada se sont empressés d'appuyer l'opération de changement de régime américaine et le rôle du Canada à cet égard, notamment par l'entremise du Groupe de Lima.

Cela inclut le NPD social-démocrate. Son dirigeant, Jagmeet Singh, a réagi au lancement du coup d'État par une déclaration qui fait pratiquement écho à l'appui de Freeland à Guaidó. Puis, face à un tollé provoqué par son alignement sur Trump et le fasciste brésilien Bolsonaro, Singh a essayé de revenir sur ses propos. Mais cette semaine, la porte-parole du parti en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, elle-même ancienne diplomate canadienne et partisane de longue date de l'opposition de droite du Venezuela, a déclaré avec insistance que le NPD appuyait le coup d'État de Guaidó. Son seul reproche était que le gouvernement Trudeau aurait dû se joindre à l'Union européenne en donnant à Maduro une semaine pour quitter le pouvoir avant de reconnaître Guaidó comme «président intérimaire».

Cette unanimité en faveur de l'agression contre le Venezuela est enracinée dans les intérêts prédateurs de l'impérialisme canadien. Les banques et les sociétés minières canadiennes ont des intérêts majeurs en Amérique latine et dans les Caraïbes, et l'élite dirigeante du Canada partage la détermination de Washington à neutraliser l'influence économique et géopolitique de la Russie et de la Chine au Venezuela et en Amérique centrale et du Sud en général.

L'élite canadienne est également déterminée à maintenir son alliance militaire stratégique avec Washington, estimant que, dans des conditions de guerre commerciale, de la montée de nouvelles puissances et du retour de conflits entre grandes puissances impérialistes, elle demeure le meilleur moyen pour elle d'affirmer et de promouvoir ses intérêts impérialistes sur la scène mondiale.

Sous Trudeau, comme sous le gouvernement conservateur Harper avant lui, le Canada s'est intégré de plus en plus profondément dans les principales offensives militaires et stratégiques américaines, dans le Moyen-Orient riche en pétrole et contre la Russie et la Chine.

Cela ne veut pas dire qu'il n’y a pas d'importantes frictions entre le Canada et les États-Unis, d'autant plus que Trump, avec sa politique de l’«Amérique d’abord», a clairement indiqué que Washington et Wall Street sont déterminés à tirer davantage profit de leur partenariat avec Ottawa et Bay Street.

Ces derniers jours, le gouvernement Trudeau et la presse se sont empressés de mettre de la distance entre Ottawa et la menace de Trump d'envahir ou de bloquer le Venezuela. Vers la fin de la semaine dernière, le ministre de la Défense Harjit Sajjan a déclaré qu'il était «très prématuré» de parler d’intervention militaire. Par la suite, Freeland et d'autres représentants du gouvernement ont été beaucoup plus catégoriques en excluant l'action militaire... pour le moment.

Certes, il y a des pressions politiques intérieures pour Trudeau de vouloir prendre ses distances avec Trump, y compris pour dissimuler les véritables motivations qui sous-tendent les actions du Canada au Venezuela. Alors que Trump et ses principaux collaborateurs ne font pas grand-chose pour dissimuler leur soif des richesses pétrolières du Venezuela, Trudeau et l'élite dirigeante canadienne croient qu'il est plus sage de se cacher derrière des prétextes humanitaires et une fausse sympathie pour les masses appauvries du Venezuela.

Mais il y a aussi de réelles craintes qu’une intervention militaire américaine ne déstabilise une grande partie de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, tout comme l'impact désastreux de l'invasion américaine en Irak.

Le World Socialist Web Site a clairement indiqué que la tâche de vaincre le régime Maduro, qui malgré sa rhétorique socialiste parle au nom d'une faction de la bourgeoisie vénézuélienne, revient à la classe ouvrière vénézuélienne. Les travailleurs et les jeunes du Canada doivent s'opposer catégoriquement au coup d'État mené par les États-Unis, appuyé par le Canada, au Venezuela et aux plans de réarmement du gouvernement Trudeau. Cette opposition constitue un élément essentiel de la lutte contre le programme d'austérité et de guerre de la classe dirigeante.

(Article paru en anglais le 8 février 2019)