Unifor lance un boycottage anti-mexicain pour éviter une lutte contre la fermeture de l’usine d’Oshawa

Par Carl Bronski
28 janvier 2019

Lors d'une conférence de presse vendredi, le président d'Unifor, Jerry Dias, a demandé aux consommateurs de boycotter les véhicules construits au Mexique, renforçant ainsi la campagne nationaliste réactionnaire du syndicat visant à détourner la colère des travailleurs sur la fermeture de l'usine General Motors d'Oshawa, en Ontario.

General Motors a ciblé la fermeture de l'usine d'assemblage d'Oshawa en 2019 dans le cadre d'un programme de restructuration qui entraînera la perte de 2500 emplois à Oshawa et la suppression de 12.500 autres emplois de col blanc et de production et la fermeture de quatre usines aux États-Unis.

Dias a dit qu'Unifor demandera aux consommateurs canadiens de ne pas acheter de véhicules GM assemblés au Mexique et a suggéré que les Canadiens écrivent à GM pour appuyer son appel au boycottage. Il a ajouté qu'Unifor s'adresserait aux dirigeants des Travailleurs unis de l'automobile (United Auto Workers, UAW) aux États-Unis au début du mois de février pour discuter de si les représentants syndicaux appuieraient le boycottage qu'il propose.

Dans une autre diversion, Unifor, a commencé un «blocus» symbolique du bureau du siège social de GM à Oshawa. Après que les travailleurs de l'assemblage et des pièces d'alimentation ont spontanément organisé plusieurs arrêts de travail, Unifor a maintenant décidé de canaliser le mécontentement généralisé dans des avenues qui n'auront pas d'impact sur la production de GM.

Lorsqu'un journaliste lui a demandé vendredi si Unifor prévoyait une quelconque grève contre GM, Dias est resté vague. Cependant, comme la conférence de presse de vendredi l'a clairement montré, Unifor n'a aucune intention de se battre sérieusement.

Au lieu de cela, Unifor intensifie sa sale campagne anti-mexicaine visant à semer la discorde entre les travailleurs canadiens de l'automobile et leurs frères et sœurs travailleurs au sud du Rio Grande qui livrent actuellement une bataille héroïque contre les ateliers de misère des maquiladoras à Matamoros.

Dias n'a pas dit un mot de la plus grande grève en Amérique du Nord depuis des décennies, alors que 70.000 travailleurs, dont plusieurs dans l'industrie des pièces d'automobile, sont en grève sauvage à Matamoros depuis plus d'une semaine contre la direction et les syndicats corrompus qui servent de sous-traitants de main-d'œuvre bon marché. La pénurie de pièces a déjà forcé l'usine Ford de Flat Rock, au Michigan, à fermer pendant deux semaines. De plus, les travailleurs de Ford à Oakville, en Ontario, ont signalé une crise imminente des pièces. En effet, le jour même où Dias jouait son rôle de «militant», des dizaines de milliers d'autres travailleurs mexicains se préparaient à rejoindre la vague de grève de Matamoros.

Mais plutôt que de se solidariser avec la lutte courageuse des travailleurs mexicains, Dias a une fois de plus craché son poison nationaliste anti-mexicain, appelant les consommateurs à s’en prendre à la production mexicaine et donc aux emplois mexicains. De telles actions ne servent qu'à diviser les travailleurs les uns contre les autres dans une course sans fin vers le bas. C'est cette perspective nationaliste qui a permis aux constructeurs automobiles de faire concurrencer les emplois et les salaires entre les frontières depuis des décennies.

Dias, pleinement conscient que les travailleurs de l'automobile commencent à rompre avec le nationalisme d'Unifor, a estimé qu'il était prudent de commencer son attaque sur les emplois mexicains lors de la conférence de presse avec l'affirmation que «nous n'attaquons pas les travailleurs mexicains». Ce mensonge a rapidement été abandonné.

Lorsqu'on a spécifiquement demandé à Dias si son boycottage proposé nuirait aux travailleurs canadiens du secteur des pièces d'automobile, il a affirmé que cela ne toucherait que les travailleurs mexicains employés dans des entreprises comme Magna et Martinrea appartenant à des intérêts canadiens et d'autres multinationales qui opèrent dans la zone des maquiladoras au Mexique.

Le fait est que la production automobile est tellement intégrée qu'il est pratiquement impossible de déterminer la «nationalité» de n’importe quel véhicule. Par exemple, l’usine GM des groupes motopropulseurs de St-Catharines envoie ses moteurs au Mexique pour l'assemblage final, tandis que l'usine GM CAMI à Ingersoll, en Ontario, assemble l'Equinox avec des composants principaux expédiés du Mexique.

Comme un travailleur GM d'Oshawa l'a déclaré au World Socialist Web Site Autoworker Newsletter, Dias «répand la haine et l'opposition envers le Mexique. C'est tellement évident que les ordres de division ont été donnés afin que nous n’appuyions pas leur cause. Ce qui se passe maintenant est évident. Les entreprises, le syndicat et les médias montrent leurs vraies couleurs. Plus cette nouvelle sur le Mexique se répand, plus elle expose leurs intentions corrompues.»

L'appel à l'unité internationale de la classe ouvrière n'est pas qu’un slogan à prononcer aux occasions spéciales: c'est une nécessité stratégique et la base pour libérer l'immense force sociale de la classe ouvrière. C'est ce que montre objectivement le processus de production lui-même. Un véhicule qui sort de la chaîne de montage au Mexique, aux États-Unis ou au Canada est composé de pièces qui ont franchi des dizaines de fois les frontières nationales.

Pour ne prendre qu'un exemple cité précédemment par le WSWS Autoworker Newsletter, pour produire le bouton de commande sur un siège de voiture, un condensateur fabriqué par des travailleurs en Asie est expédié aux États-Unis et est expédié à nouveau à Ciudad Juárez et inséré par des travailleurs mexicains dans un circuit imprimé. Ensuite, il est réexpédié aux États-Unis, où les magasiniers du Texas déplacent et entreposent la carte de circuit imprimé jusqu'à ce qu'elle soit réexpédiée au Mexique, à Matamoros, où la carte de circuit imprimé est insérée dans un bouton de commande de siège. Ensuite, l'activateur est expédié au Texas ou au Canada, où les préposés aux pièces automobiles installent l'activateur dans le siège lui-même. Enfin, le siège est envoyé à une usine d'assemblage et installé dans la carrosserie de la voiture.

La stratégie nationaliste d'Unifor a été un désastre pour les travailleurs de l'automobile. De vastes régions du cœur des États-Unis et du Canada ont été dévastées par des fermetures d'usines, tandis que les dirigeants d'Unifor et de l’UAW bénéficient de salaires à six chiffres et d'avantages somptueux. Aujourd'hui, GM prévoit supprimer 15.000 autres emplois.

La campagne anti-mexicaine d'Unifor ainsi que son faux blocus sont des rediffusions d'un film que les travailleurs ont vu plusieurs fois auparavant.

En 2008, seulement deux semaines après avoir promis aux Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) de poursuivre la production de l'usine de camions en vertu d'un nouveau contrat, GM annonçait la fermeture imminente de l'exploitation. Comme aujourd'hui, les dirigeants du TCA ont alors travaillé d'arrache-pied pour tenter de canaliser l'immense colère des travailleurs de l'automobile et des membres de la communauté dans des manifestations qui reposaient sur la démagogie nationaliste et les appels moraux aux politiciens des grandes entreprises et aux dirigeants de GM. La bureaucratie du TCA a écrasé les appels à la grève sauvage qui se préparait dans les ateliers du complexe géant d'Oshawa.

Au lieu de cela, la bureaucratie du TCA a organisé un soi-disant blocus du bureau du siège social de GM à Oshawa. Le «blocus», cependant, était plutôt poreux. Dans le cadre d'une procédure judiciaire intentée par la société pour obtenir une injonction contre la manifestation au siège social, les avocats du TCA ont soutenu que le syndicat avait permis à GM d'envoyer tout le personnel qu'ils jugeaient essentiel dans l'immeuble de bureaux.

Quoi qu'il en soit, la technologie du travail à domicile étant désormais standard pour les employés de bureau, le coup de pub d'Unifor est encore moins efficace.

Treize jours après la mise en place du blocus, celui-ci a pris fin après que le tribunal eut déclaré l'action illégale. Les représentants de l'entreprise et les bureaucrates syndicaux ont tous deux reconnu la protestation pour ce qu'elle était – un exercice de la direction du TCA pour décapiter toute réaction militante potentielle de la base ouvrière à l'annonce de la fermeture en offrant un moyen très médiatisé, mais néanmoins inoffensif, aux travailleurs en colère de se défouler un peu.

Les mesures prises plus tôt à Oshawa démontrent la détermination des travailleurs de l'automobile à se battre. Cependant, si les travailleurs laissent la conduite de leur combat entre les mains d'Unifor, elle sera inévitablement trahie. Pour réussir dans leur lutte, les travailleurs de l'automobile doivent mettre sur pied un comité d'usine élu parmi les travailleurs militants les plus dignes de confiance pour prendre en charge leur lutte. Le comité devrait lancer un appel urgent pour que les travailleurs de GM et d'autres travailleurs de l'automobile au Canada, aux États-Unis, au Mexique et ailleurs dans le monde participent à une lutte commune pour défendre les 15.000 travailleurs de GM menacés de licenciements et les dizaines de milliers d'emplois supplémentaires dans les secteurs des pièces, des fournisseurs et autres industries qui seront affectés par la disparition des emplois chez GM.

Une étape importante dans l'organisation d'une telle lutte internationale des travailleurs de l'automobile a déjà été franchie. Lors d'une réunion organisée par le Parti de l’égalité socialiste et le World Socialist Web Site Autoworker Newsletter à Detroit en décembre, des travailleurs de l'automobile de Ford, GM et Fiat Chrysler ont convenu de former un comité de coordination pour planifier des actions visant à mobiliser la classe ouvrière dans son ensemble en commençant par une manifestation des travailleurs du Midwest américain et du Canada prévue le 9 février à Detroit devant le siège social de GM. Les travailleurs canadiens qui souhaitent faire avancer cette lutte sont encouragés à y assister.

Pour nous contacter: auto@socialequality.com

(Article paru en anglais le 26 janvier 2019)