Les «gilets jaunes» saluent les luttes ouvrières contre les inégalités dans le monde

Par Anthony Torres
28 janvier 2019

Lors d’une journée de mobilisation samedi marquée par la répression policière, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 69.000 personnes. Cherchant à mobiliser plus largement les travailleurs contre Macron et l’Union européenne, les gilets jaunes ont fait part pour l’acte XI, de leur rejet du « grand débat national », saluant la lutte des travailleurs dans le monde contre les inégalités sociales.

La mobilisation restait soutenue dans des grandes villes de province, notamment Toulouse et Bordeaux, deux bastions de la contestation, avec 10 000 et 6 000 «gilets jaunes». Des affrontements avec les forces de l’ordre ont entraîné de nombreuses interpellations. Des heurts ont également éclaté à Dijon, Montpellier, Avignon, Nantes, Lyon ou Evreux, où deux véhicules ont été incendiés et des dégradations commises devant le siège de la Banque de France, selon la préfecture.

Pour la première fois depuis le début du mouvement, les «gilets jaunes» à Marseille ont tous défilé ensemble pour une «convergence des luttes», rassemblant 4.000 personnes. Un couple de touristes qui se tenait à l’écart du cortège avec une poussette s’est retrouvé sous les gaz lacrymogènes. Il aura fallu l’intervention des «gilets jaunes» pour les secourir.

Ilyes, témoin de la scène, a dit à Sputnik News: «Nous étions à hauteur du Mucem en marche vers le Vieux-Port en chantant, ambiance bon enfant. Les CRS étaient positionnés à droite et à gauche de la manifestation, séparés de cette dernière par une route. Tout était sous contrôle lorsqu'un policier a lancé une grenade sans raison.»

Des heurts entre «gilets jaunes» et anti gilets jaunes ont eu lieu dans l’après midi. Au total 300 personnes ont été interpellées dans toute la France dont 66 sur Paris.

A Paris, les autorités ont comptabilisé 4.000 manifestants. Plusieurs mobilisations étaient prévues, dont une marche déclarée reliant les Champs-Élysées à la Bastille, une autre entre place de la Nation et de la Bastille et enfin une «marche solidaire aux gilets jaunes des Territoires éloignés» entre le ministère de l’Outre Mer et le siège parisien de Facebook.

Pour la première fois depuis le début de mouvement, les «Gilets jaunes» ont appelé à se rassembler place de la République afin de poursuivre la journée de mobilisation en soirée lors d'une «Nuit jaune». Des jets de grenades lacrymogènes par la police ont empêché que ne se tienne le rassemblement «Nuit jaune».

Plus tôt dans l’après midi, Jérôme Rodrigues, un proche d’Eric Drouet qui a organisé une manifestation à Paris a été grièvement blessé à l’oeil quand une grenade lancée par la police a exploés à moins de cinq mètres de lui alors qu’il filmait un groupe de policiers. On a dû le transporter d’urgence pour qu’il soit opéré.

Sur Paris, le WSWS a parlé à Quyn, serveuse mobilisée «pour la justice sociale fiscale et économique de notre pays. Parce que Macron privilégie les riches alors que les pauvres les retraités les handicapés. On demande la démission de Macron».

Quyn a salué le développement des luttes internationalement contre les inégalités et les régimes autoritaires: «Ce mouvement se développe un peu partout dans le monde par exemple en Burkina-Faso sous les chemises rouges, en Belgique, en Allemagne et au Canada, un peu partout et je pense que ce mouvement va durer dans le temps sous différentes formes. Ça motive tout le monde à se réveiller contre les dictatures des grandes puissances qui contrôlent l'époque en fait. Ce que j'espère c'est que tous les peuples se réveillent … ».

Sur le rapport Oxfam soulignant l’accroissement des inégalités sociales dans le monde, Quyn a dit: « C'est scandaleux que des petites minorités possèdent la majorité des richesses. Il faut que le système économique, social, fiscal fasse payer tous ces patrons dans le pays où ils vivent en fait, pour partager la richesse et la répartition des richesses aux salaries pour qu'ils puissent avoir un salaire décent pour vivre.»

Quyn a voulu soutenir «tous les mouvements contre l'esclavage du peuple, tous les mouvements qui se lèvent comme l'exemple les gilets jaunes contre le néo-libéralisme et l'oligarchie les multinationales. … On a besoin de se réveiller maintenant, ... que chacun ait conscience qu’on a l'énergie pour produire et faire vivre les gens correctement. On a tout ça mais parce que les gouvernements et les dirigeants nous cachent ce qu'on possède on ne peut pas vivre mais ça appartient au peuple, à tous les peuples. C'est à eux de gagner ce combat.»

Les reporters du WSWS ont aussi interviewé de Rudis, de Limoges qui travaille dans la maintenance industrielle: «On veut une meilleure répartition des richesses, tout simplement que l'on redistribue un peu à ceux qui en ont vraiment besoin. Ce serait pas mal pour changer tout le monde. Tous ceux qui sont là les infirmières, les retraités tout le monde aussi.»

Sur le «grand débat national», Rudis a fait part de son hostilité, «C'est du blabla. On ne peut pas y aller comme on veut, nous on peut pas dire ce qu'on a à dire. ... De toute façon ça fait des années que c'est du blabla.»

Pour les lecteurs du WSWS, Rudis a souligné la nécessité d’unifier les travailleurs de tous les pays contre l’UE et le pillage social: «Il faudrait, ça serait une bonne idée et une façon de reconstruire l'Europe à notre façon entre les peuples européens, quoi, le peuple européen voire mondial. Si l'on peut, ce serait l'idéal puisqu'il n'y a pas que nous, et l'Afrique, tout le monde souffre. On est un des pays où on va dire on n'a pas à se plaindre mais bon ça serait bien que tout le monde puisse se redresser de toute façon, arrêter de piller l'Afrique et tout ça.»

Sur le rôle des syndicats et leurs positions sur les «gilets jaunes», Rudis explique: «Les syndicats se sont des politiciens masqués. Ils font des accords pour leurs propres intérêts. Je travaille dans une usine avec 50 personnes et deux syndicats, Puis de nous ils ont rien à foutre en réalité les syndiqués sont protégés dans les usines.»

Enfin, le WSWS a rencontré Stéphane. Il a réclamé «le référendum d'initiative citoyenne, qui permettra au peuple français de décider sur certaines questions, de proposer des lois, d'abroger des lois qui sont contre les intérêts du peuple ou même révoquer un élu si ce qu'il fait n'est pas dans l'intérêt du peuple. Il y a différentes assemblées populaires dans différents endroits en France qui sont très intéressantes, où les gens débattent où les gens s'informent où les gens s'instruisent politiquement, parce qu'on a été écarté de la politique depuis très longtemps.»

Stéphane a souligné que les travailleurs n’obtiendront rien du «grand débat national» de Macron: «Le débat national de Monsieur Macron ça ne concerne pas les gilets jaunes c'est un débat national qui fait pour se mettre en valeur. il y a les élections européennes qui arrivent bientôt. C'est de la communication».

Stéphane a fait part u WSWS de son opposition à la liste des «gilets jaunes» pour les élections européennes: «Après on a vu qu'il y avait quelques gilets jaunes qui se réunissaient pour tenter de monter une liste pour les élections européennes. L'écrasante majorité des ‘gilets jaunes’ est totalement opposée à ça. … On n'est pas partisan parce que les gilets jaunes c'est un mouvement qui représente la population.»