Alors que le «débat national» débute, les gilets jaunes toujours aussi mobilisés

Par Anthony Torres
22 janvier 2019

Sentant le piège orchestré par le «grand débat national» de Macron débutant cette semaine, les «gilets jaunes» se sont mobilisés en nombre pour l'acte X de samedi. Le ministère de l'Intérieur a établitcomme samedi dernier à 84 000 le nombre de participants à la journée de mobilisation, minimisant de manière considérable l’ampleur de la mobilisation.

Celle-ci n'a pas faibli. Bien au contraire, on enregistre 4.000 manifestants sur Bordeaux, 2.500 sur Marseille comme à Grenoble ou encore 3.000 à Caen. A Toulouse il y a eu 10.000 personnes, un record pour le mouvement en province, avec comme banderole en tête de cortège « Tes hauts et débats, on n’en veut pas, Macron dégage ».

The people want the fall of the regime

Les provocatiosn de la police ont entraîné des heurts dans plusieurs villes. Sur Marseille, plus d’un millier de «gilets jaunes» manifestaient lorsqu’ils ont été bloqués par un barrage des forces de l’ordre qui ont tiré des gaz lacrymogènes. Il y a eu 10 interpellations.

Sur les quais de Lyon, le cortège, qui défilait dans le calme, était canalisé par la police, qui repoussait à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes des groupes de «gilets jaunes» qui tentaient de rejoindre les rues commerçantes. Il y a eu 7 interpellations. Sur Paris la police a procédé à 30 interpellations.

A Paris, les «gilets jaunes» se sont donnés rendez-vous aux Invalides vers 11h00 avec comme slogan «Le million à Paris!». Malgré des cortèges plus longs que la semaine dernière, la préfecture de Paris annonce un léger recul, avec 7.000 manifestants, contre 8.000 samedi dernier.

Alors que les syndicats qui ont rejeté le mouvement des «gilets jaunes» essaient à présent de le récupérer, la CGT s'est fait recaler par les «gilets jaunes.» Selon Le Monde, «à l’angle du boulevard Raspail, un grand gaillard bloque l’accès au cortège à un petit groupe de manifestants estampillés CGT. ‘Rangez vos drapeaux si vous voulez venir avec nous’, leur intime-t-il. ‘La CGT vous avez rien fait depuis quarante ans et en plus vous avez appelé à voter Macron’, lance un autre.»

Le WSWS a pu constater que la colère et la détermination des gilets jaunes sur Paris étaient intactes. Ils scandaient «Paris soulève toi», «Macron dictateur», «Macron en prison, Castaner en enfer» ou encore «Débat national est poudre dans les yeux». Les reporters du WSWS ont pu parler à Frédéric, contremaître et Christelle.

Repression in motion

Frédéric explique qu’il est venu pensant «à mes filles, mes amis tout le monde ou à tous ceux qui sont dans la merde. Il y en a qui se lèvent tous les matins très tôt pour aller faire des boulots ou même parfois pour gagner que dalle et n'arrivent pas à boucler les fins de mois, le 10 ou ke15 ils sont à zéro. Ce n'est pas normal. ça suffit.»

Christelle dit au WSWS: «Je parle avec beaucoup de personnes, c'est beaucoup les gens de 50-60 ans ... C'est des personnes qui ont travaillé les trois quarts de leur vie qui n'ont pas grand-chose, sont obligés de travailler alors qu'ils sont à la retraite ou perdent leur emploi et n'en trouvent pas derrière. Donc moi personnellement je pense à mon père qui a travaillé toute sa vie et derrière il se retrouve au chômage, ce n'est pas normal.»

Christelle a fait part de son hostilité envers Macron et son «débat national»: «Moi je l'ai regardé vite fait parce que moi personnellement maintenant je suis au chômage grâce à Macron parce que mon entreprise a dû fermer. Du coup j'ai eu la chance de pouvoir le regarder en fait. Finalement, il nous explique comment pouvoir se passer des choses. Il nous explique nous donne pas des solutions il nous donne des solutions pour s'en passer en fait. Mais on ne peut pas se passer de notre voiture on ne peut pas se passer de manger on ne peut pas se passer d'avoir un toit.»

Frédéric et Christelle Frédéric

Sur l'absence des syndicats dans le mouvement des «gilets jaunes», Frédéric dit que «Des syndicats j'ai ma dose d'expérience. Moi personnellement en étant contremaître on est un peu tapé par les syndicats. C'est pour ça que je suis gilet jaune, je ne fais pas partie d’aucun syndicat, je n'ai aucune affiche syndicaliste et tout et j'ai toujours dit depuis le début, depuis le 17 novembre que si il y avait un syndicat qui se mettait là-dedans je ne serais plus gilet jaune.».

Sur les dénonciations dans les médias de la présence de l'extrême droite ou d’autres forces responsables de violences, Christelle note de c'est pour que «les gens aient peur du mouvement et ne se reconnaissent pas dans le mouvement. C'est comme pour les violences, il y en a qui sont habillés comme vous et moi, ils ont des casques. Eh bien, c'est des flics qui viennent dans les rangs de gilets jaunes. Et si vous les observez en restant à côté d'eux le long de la manifestation, vous verrez que c'est eux les premiers à jeter des cailloux pour entraîner les autres. Comme ça, ça fait passer les gilets jaunes pour des violents. Mais les trois quarts du temps, j'ai vu de mes propres yeux c'est eux qui sont dans les gilets jaunes et qui balancent sur leurs collègues, et une fois que la guerre est finie, ils repassent de l'autre côté vers leur collègue et là ils ne se font pas allumer.»

A pro-immigrant sign

Sur la nécessité d'unifier les luttes avec les travailleurs à l’international, Frédéric dit que les médias isolent les «gilets jaunes» en France: «C'est sur Facebook qu'on s'aperçoit que l'on parle beaucoup des gilets jaunes et que les gilets jaunes sont maintenant un peu partout. Mais ça, la presse française nous ne montre pas du tout au contraire et minimise le truc.»

Le WSWS a rencontré Hugo, étudiant en histoire venu manifester «contre la politique globale d'Emmanuel Macron pas seulement sur un point mais c'est toute sa politique libérale déconnectée des réalités des gens.» Hugo a souhaité la mise en place du «référendum d'initiative citoyenne ... car on a aussi une crise de la représentativité, quand on voit que l'Assemblée nationale on a 300 députés République en marche. ... Il faut le retour de l'ISF.»

Sur le «débat national» voulu par Macron, Hugo dit que c'est une mascarade: «Alors le grand débat, je pense que c'est une défaite, oui. Il reste sur ses positions et je pense que c'est pour ça que le mouvement doit continuer et être sur le long terme. Je pense que c'est un peu une supercherie dans le sens où il s'adresse à des intermédiaires via les maires et pas demandé directement au peuple avec qui il ne va pas se confronter et au pouvoir décisionnel du peuple par un référendum. Il sait qu'il sautera donc c'est une mascarade.»

A protest sign against police violence

Le WSWS a pu parler à un doctorant en psychologie social voulant rester anonyme, venu «dénoncer les politiques libérales qui ont commencé il y a plusieurs dizaines d'années en France. Les politiques d'austérité et la diminution des services publics ont abouti à la concentration des richesses vers une petite partie de la population et Macron en fait partie.»

Interrogé sur le rôle des organisations syndicales et politiques, il a dit: «Les partis politiques, les syndicats en France ont énormément déçus et ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux sociaux qui existent aujourd'hui. Je pense que les gens n'en veulent pas et ils veulent se débarrasser de ça.»

Sur la nécessité de faire converger les travailleurs en lutte en Europe, il a fait part de son enthousiasme: «Je pense que ce sera super si voire une grève européenne même ce serait vraiment extraordinaire parce que le nerf de la guerre c'est l'argent et c'est l'économie c'est là qu'il faut taper, ce serait une excellente solution.»