La Première ministre britannique dévoile son « Plan B » alors que les querelles internes se poursuivent sur le Brexit

Par Robert Stevens
22 janvier 2019

La Première ministre conservatrice, Theresa May, n’a pas été en mesure d’obtenir de concessions substantielles de la part de l’Union européenne sur les dispositions de transition liées au départ de la Grande-Bretagne de l’UE.

May doit faire une déclaration aux députés aujourd’hui sur la façon dont elle compte procéder après que le Parlement a rejeté son projet d’accord sur le Brexit avec l’UE et qu’elle ait survécu à un vote de censure contre son gouvernement en crise. May a eu des entretiens téléphoniques avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, mais l’UE affirme toujours que l’accord existant ne peut pas être renégocié.

Au cours des derniers jours, May a rencontré des hauts responsables de son cabinet ministériel et de partis d’opposition, ainsi que des dirigeants du Parti unioniste démocrate (DUP) d’Irlande du Nord. Depuis l’élection générale de 2017, les 10 députés du DUP ont maintenu les conservateurs au pouvoir grâce à un accord de soutien sans participation au gouvernement.

Des spéculations circulent selon lesquelles Theresa May ne présentera qu’une « déclaration à chaud », qui pourrait être modifiée par les députés.

Il n’y a eu aucune discussion entre May et le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, qui a insisté pour dire que May doit écarter un « Brexit sans accord » avant toute discussion. Le gouvernement a refusé cette condition, déclarant qu’il n’avait plus l’intention de discuter avec les chefs de parti.

Cela n’a pas empêché les blairistes pro-européens du Parti travailliste de rencontrer des responsables du cabinet, bien que Corbyn ait envoyé une lettre à tous les députés pour leur demander de ne pas s’entretenir avec May. Yvette Cooper, qui préside le comité parlementaire des Affaires intérieures, et Hilary Benn, qui préside le comité parlementaire du Brexit, ont tous deux défié Corbyn, tout comme John Mann et Stephen Kinnock, le fils de l’ancien dirigeant travailliste, Neil Kinnock.

Le chef des libéraux démocrates, Sir Vince Cable, dont le parti ne compte que 11 députés, réclame un « vote populaire », c’est-à-dire un deuxième référendum, dans l’espoir de renverser le résultat du référendum de 2016. Cable a publié une lettre dans lObserver, qu’il avait envoyée au ministre, David Lidington, dans laquelle il estimait que « même sans un consensus complet à la Chambre, une loi pourrait être adoptée en six semaines et un référendum organisé dans un délai de 16 semaine ».

May a systématiquement exclu un deuxième référendum et mis en garde contre les efforts visant à renverser le vote sur le Brexit.

En l’absence de la possibilité de briser l’impasse politique, les représentants du gouvernement intensifient la mise en place de mesures en réponse à un Brexit sans accord. Dimanche, le ministre du Cabinet, Liam Fox, a averti dans le Daily Telegraph, que les députés cherchant à écarter un Brexit sans accord – visant l’ancien ministre conservateur Dominic Grieve – risquaient de déclencher un « tsunami politique » des électeurs favorables à la sortie de l’UE.

Alors qu’il ne reste qu’un peu plus de deux mois avant la date prévue pour le Brexit du 29 mars, May cherche à jouer la montre et à forcer les députés à voter en faveur de son accord modifié. Ce faisant, elle provoque les deux camps adversaires du Brexit ; les députés en faveur de l’UE menacés d’un Brexit sans accord où le Royaume-Uni sera obligé de commercer selon les règles de l’organisation mondiale du commerce, et les députés de l’aile droite des conservateurs pour qui la possibilité d’un deuxième référendum est synonyme d’échec du Brexit.

Bien que les députés aient voté pour un amendement demandant à May de revenir au Parlement avec une déclaration qui pourrait être mise au vote cette semaine, le vote n’était pas contraignant et May a reporté le vote au 29 janvier.

Aujourd’hui, Yvette Cooper devrait proposer un amendement au projet de loi sur le retrait de l’Union européenne dans le but de différer le Brexit.

John Rentoul a écrit dans The Indepedent : « L’importance du projet de loi de Cooper est de modifier le réglage par défaut de la loi. À l’heure actuelle, si le Parlement n’agit pas, le Royaume-Uni quittera l’UE le 29 mars. Le projet de loi de Cooper stipule que, si un accord n’a pas été approuvé avant le 7 mars, le gouvernement serait tenu de demander une prolongation du délai prévu à l’article 50. Cela impliquerait de demander à l’UE de reporter le départ du Royaume-Uni à la fin de cette année – et les dirigeants européens ont déclaré qu’ils accepteraient une prolongation du délai si un nouveau référendum était organisé ».

Cette manœuvre a le potentiel d’avoir un effet contre-productif. Si les souhaits des députés pro-Brexit sont « écartés » a noté Rentoul, ils auraient à choisir entre l’accord de la Première ministre et le report du Brexit pendant au moins neuf mois ». Cela pourrait avoir pour effet de forcer les députés conservateurs, qui la semaine dernière ont voté avec l’opposition contre l’accord de May, de finalement voter en faveur de l’accord de May et lui donner la majorité dont elle a besoin.

Les blairistes ont intensifié leurs pressions sur Corbyn pour qu’il engage les travaillistes à soutenir un second référendum sur l’adhésion à l’UE. Corbyn a affirmé qu’il était favorable à chasser May du pouvoir par le biais d’élections générales. Ce n’est qu’alors, dit-il, qu’un deuxième référendum serait une option.

La droite travailliste pro-UE et ses alliés multipartites ont été avertis, même dans la presse pro-UE, qu’ils pourraient avoir mal interprété l’humeur nationale en pensant qu’un « vote populaire » serait une solution miracle pour surmonter l’impasse du Brexit.

Samedi, le Guardian a publié les résultats d’un sondage non publié commandé par le groupe pro-UE Best for Britain. Il a constaté que si le Parti travailliste s’engageait à mettre fin au Brexit, près d’un tiers de ceux susceptibles de voter pour le parti ne le feraient pas. Seulement 25 pour cent des personnes susceptibles de soutenir le Parti travailliste le feraient si ce dernier s’engageait à annuler le Brexit. Le sondage, mené par Populus, a interrogé 2000 personnes juste avant que l’accord de May ne soit rejeté la semaine dernière.

Un autre sondage réalisé par Survation a révélé que si le Parti travailliste soutenait un deuxième référendum, il risquait de perdre des voix en cas d’élections générales.

Un autre sondage publié à la fin de la semaine dernière a révélé que les Britanniques s’opposent à un nouveau référendum à une marge de près de deux contre un. Dans toutes les régions du pays, à l’exception de Londres, et là seulement de quelques points de pourcentage, le sondage a trouvé plus de soutien pour respecter le vote du référendum de 2016. C’était le cas même en Écosse, qui avait voté pour rester dans l’UE en 2016.

La députée travailliste et secrétaire fantôme de l’intérieur, Dianne Abbott, a de nouveau lancé une mis en garde lors de l’émission « Question Time » de la BBC : « En ce qui concerne les gens qui souhaitent un second référendum, ceux-ci devraient être prudents quant à son issue. Mon point de vue, et j’ai voté pour rester dans l’UE, est que si nous avions un « Vote du peuple » demain, les partisans du Brexit l’emporterait à nouveau. On aurait affaire à beaucoup d’électeurs pro-Brexit mécontents. »

L’escalade de la crise du pouvoir de classe en Grande-Bretagne a suscité de nouvelles spéculations sur la possibilité d’élections générales anticipées. Cependant, pour les conservateurs, ils courent le risque réel de les perdre et sont donc généralement considéré comme un anathème. May a subi l’effondrement de sa majorité lors de l’élection anticipée qu’elle avait organisée en 2017.

Les blairistes rejoignent les conservateurs dans leur crainte qu’une élection puisse amener Corbyn au pouvoir, un gouvernement qui serait incapable de contrôler un mouvement renaissant de la classe ouvrière, insistant sur le fait que les prétendus engagements politiques anti-austérité et antimilitaristes soient respectés.

Les différentes options débattues – Brexit dur ou mou, le « vote populaire » des blairistes ou l’appel de Corbyn à la tenue d’élections générales – visent toutes à garantir les intérêts stratégiques de l’impérialisme britannique alors qu’il entre dans une période de grande instabilité politique et sociale. L’accent exclusif mis sur le Brexit masque ce qui constitue la division centrale au Royaume-Uni comme dans tous les pays – le gouffre béant entre ce que Corbyn décrit comme « la majorité » et « la minorité » – ou, plus précisément, entre la classe ouvrière et l’oligarchie des super-riches.

En dépit d’une telle rhétorique, le rôle principal de Corbyn, en partenariat avec les syndicats, est de bloquer une lutte indépendante des travailleurs et des jeunes contre la guerre de classe menée par les capitalistes. Cette offensive s’est poursuivie la semaine dernière alors même que les députés se préparaient au vote sur l’accord de Theresa May. Le gouvernement a annoncé en catimini que, à compter du 15 mai, dans le cadre du nouveau système simplifié des aides sociales, des milliers de retraités les plus démunis vont perdre jusqu’à 7926 euros annuellement.

(Article paru en anglais le 21 janvier 2019)