Royaume-Uni: efforts intensifiés dans tous les partis pour empêcher un Brexit grâce à un nouveau référendum

Par Robert Stevens
3 janvier 2019

Les conflits se sont poursuivis en Grande-Bretagne durant les congés parlementaires à propos de la sortie du pays de l'Union européenne (UE), prévue pour la fin du mois de mars.

Un vote doit avoir lieu à la mi-janvier sur le projet d'accord de Brexit avancé par la première ministre conservatrice Theresa May. Elle avait refusé la tenue d’un vote en décembre, sachant que sa proposition allait être rejetée. Pour tenter de calmer l'opposition des deux factions du parti conservateur (les pour et les contre une sortie de l’UE) à son projet, May avait déclaré vouloir obtenir de Bruxelles de nouvelles concessions, notamment sur le dispositif post-Brexit à la frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, qui est membre de l'UE.

Mais May n'a obtenu aucune autre concession avant ce vote, le président du Conseil européen Donald Tusk ayant déclaré qu'il n'y avait « pas de mandat pour organiser de nouvelles négociations » sur un accord qui a pris plus de deux ans à être finalisé. Le Financial Times écrivait le 30 décembre: « Il n'y a pas eu de négociations formelles sur le Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni depuis que la clôture du sommet de l'UE le 13 décembre s’est terminé dans l’ acrimonie, les diplomates de l'UE étant en congé pour la pause de Noël et du Nouvel An. »

Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn a dénoncé le fait que May ait fixé un vote à la dernière minute pour pousser le Parlement à soutenir son accord de Brexit comme seule option pour éviter un Brexit sans accord, économiquement nuisible. Corbyn, adversaire de l'adhésion à l'UE durant des décennies, a soutenu un maintien dans l’UE au référendum de 2016. Il a depuis fait une série de concessions à l'aile pro-UE de son parti, sans que cela ne calme la droite blairiste qui cherche à renverser le résultat du référendum de 2016 grâce à un deuxième référendum ou un « Vote populaire ».

Les tensions au sein du Parti travailliste se sont encore intensifiées à la suite d'une tribune libre de Corbyn dans le Guardian, au moment où le Parlement se mettait en congé pour les fêtes. Il y a réitérait le fait que sous sa direction le Parti travailliste, s'il remportait des élections anticipées en 2019, honorerait le résultat du référendum de 2016 ; il ferait en sorte qu’un Brexit soit fondé sur la protection des « emplois », c'est-à-dire en garantissant un accès continu au marché unique européen et à une union douanière préservant un commerce sans taxes douanières. Il a ajouté que si le Parti travailliste remportait les élections, il faudrait «retourner à la table de négociation et voir quel serait le calendrier».

Interrogé sur ce que le Parti travailliste sous sa direction défendrait en cas de référendum, Corbyn a de nouveau refusé d’appeler à un vote pour rester dans l’UE, déclarant: «Il appartiendrait au parti de décider de la politique à suivre; mais ma proposition pour le moment est que nous allions de l'avant, en essayant de créer une union douanière avec l'UE, dans laquelle nous pourrions fonctionner en tant que vrais partenaires commerciaux. »

Corbyn répéta la politique adoptée par le Parti travailliste à sa conférence d'octobre, mais son commentaire provoqua une réaction immédiate des blairistes, de leurs alliés libéraux démocrates, du Parti national écossais et des conservateurs pro-UE.

L'objectif déclaré de Corbyn est de forcer des élections générales et si ces efforts n’aboutissaient pas, il fallait dans ce cas, est seulement dans ce cas, envisager d’autres options, dont un deuxième référendum. Mais il a refusé de proposer une motion de censure contre le gouvernement, le seul moyen en fait d’assurer des élections générales ; il suggéra qu'il ne le ferait qu'après le vote sur l'accord de May, lorsque les chances de succès seraient les plus probables. En réalité, il n'y a aucune raison de croire que les conservateurs pro-Brexit ou le Parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord soutiendraient une telle motion de censure.

Corbyn repousse une élection pour deux raisons: avant tout pour faire comprendre à la classe dirigeante qu'il n’est pas une menace pour la stabilité politique et qu’il veut arriver au pouvoir avec sa bénédiction, mais aussi parce qu'il sait que l’échec d'une motion de censure signifierait la fin de la politique d’« ambiguïté constructive » sur le Brexit.

Les blairistes ont passé les derniers mois à convaincre Corbyn de s’engager pour un deuxième référendum. La semaine dernière, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Tony Blair, David Miliband, a attaqué Corbyn dans le Guardian, affirmant que sa position n'était « guère meilleure » que celle des irréductibles pro-Brexit conservateurs derrière Boris Johnson. «L'interview de Jeremy Corbyn dans le Guardian a à juste titre provoqué un tollé. Il explique clairement que son différend avec le gouvernement relève de la tactique et non des objectifs, de l’individu et non des principes» a déclaré Miliband.

Il faudrait mobiliser du soutien pour un deuxième référendum dans tous les partis, a encore dit Miliband, puisque « on par[lait] de cinq membres du cabinet ministériel [conservateur] qui envisageraient à présent de soutenir un vote populaire. Ils doivent insister pour que les préparatifs commencent tout de suite. »

Le chroniqueur blairiste du Guardian Jonathan Freedland a mis en garde contre la « catastrophe à venir » et déclaré qu'il ne fallait pas « raisonner pour savoir si telle ou telle manœuvre pouvait améliorer les fortunes électorales [des travaillistes]. Rien de tout cela n’importe quand il y a une urgence nationale à l’horizon. Le seul but de la politique en ce moment est d’éviter celle-ci». Il était « inconcevable que Jeremy Corbyn continue à jouer son propre jeu, évitant un vote formel de censure à cette horreur de gouvernement, un vote qui, une fois entériné, mettra le Parti travailliste devant sa responsabilité de sortir de ce bourbier par d’autres moyens».

De nouvelles pressions ont été exercées sur Corbyn ce week-end lorsque la Fédération des syndicats britanniques (TUC) a demandé que l'article 50, qui régit la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, soit suspendu. Le seul but d’une telle suspension serait de préparer la voie à un deuxième référendum. Le secrétaire général du TUC, Francis O'Grady, a déclaré à propos de la Première ministre dans un message de Nouvel An: « Son accord de Brexit n’a pas de majorité parlementaire et il n'y a non plus de majorité pour un Brexit sans accord. »

L’Observer, publication dominicale du Guardian, a rapporté que des pourparlers multipartites visant à prolonger la période envisagée par l'article 50 « sont en cours depuis plusieurs semaines afin de reporter la date fatidique du 29 mars, probablement jusqu'au mois de juillet au plus tard, si le gouvernement ne pousse pas lui-même à une prolongation. Il est également entendu que des ministres ont discuté de l’option d’un délai avec des caciques parlementaires des deux principaux partis et que Downing Street envisage des scénarios où l’on pourrait demander un délai à Bruxelles ».

Keir Starmer, secrétaire fantôme du Parti travailliste pour le Brexit, a averti que le Royaume-Uni ne serait qu’à neuf semaines de la sortie de l’UE à partir de la date du vote parlementaire de janvier et que «si cet accord est rejeté, le Parlement aura à mener un débat sérieux sur la manière de protéger l’économie d’un Brexit sans accord et à ce stade, rien ne doit être exclu ».

Alors qu’on assiste à une crise de régime sans précédent au Royaume-Uni, le principal souci de Corbyn est de préserver l'unité de la « vaste chapelle » du Parti travailliste, au motif que seul un gouvernement travailliste peut sauver l'impérialisme britannique.

Dans la politique de Corbyn des manœuvres et des concessions permanentes à la droite blairiste il n'y a pas une seule question de principe politique. La seule option que ce politicien bourgeois n’adoptera jamais est celle de prendre position sur des principes politiques exprimant les intérêts indépendants de la classe ouvrière.

Corbyn est farouchement opposé à toute lutte pour le socialisme s’appuyant sur une offensive commune de tous les travailleurs d’Europe contre l'UE et les gouvernements qui la composent, le seul moyen de s'opposer aux dangers de l'austérité, de la répression et du militarisme.

Ses sermons sur l'unité du parti, la paix sociale et l’engagement «patriotique» pour l'intérêt national désarment les travailleurs alors que l'État prépare ses instruments répressifs pour des troubles sociaux à l'approche du Brexit. Le gouvernement, tenant compte des manifestations des gilets jaunes en France, a mis en alerte près de 10 000 soldats qui doivent être déployés pour faire face à toute éventualité, avec comme grande priorité la suppression d'une montée des mouvement sociaux.

(Article paru en anglais le 31 décembre 2018)