Des travailleurs d’UPS décrivent le règne de terreur instauré par l’entreprise à la suite de l’accord de concession des Teamsters

Par Will Morrow
22 décembre 2018

Cela fait plus de deux mois que le syndicat des Teamsters a ratifié de façon illégitime un contrat de travail national d'une durée de cinq ans et qui couvre un quart de million de travailleurs de United Parcel Service (UPS). Le syndicat a utilisé une échappatoire dans ses statuts et règlements pour annuler de manière despotique le vote du «non» de 54% des membres.

Un mois plus tard, les Teamsters ont imposé un contrat séparé à 13.000 employés de la division UPS Freight, après les avoir fait voter à nouveau pratiquement sur le même accord qu'ils avaient déjà rejeté. Les Teamsters menaçaient les travailleurs du transport de lock-out et de la perte de leur assurance-maladie s’ils continuaient à résister à l’accord mis de l’avant par la compagnie et déclaraient qu’ils demanderaient aux travailleurs de la division des colis, beaucoup plus grande, de rester au travail en cas de grève des travailleurs du fret.

Le résultat du gangstérisme du syndicat est une série d'attaques de grande envergure qui réduiront de façon permanente les conditions et les salaires des travailleurs actuels et futurs d'UPS. Ces conséquences incluent la création d’un nouveau poste hybride (chauffeur et homme d’entrepôt) moins bien payé – une première étape pour étendre les conditions de travail à temps partiel de l’entrepôt aux livreurs – et le maintien des salaires de misère pour des centaines de milliers d’employés d'entrepôt qui demeurent à temps partiel.

Comme si cela ne suffisait pas, les actions du syndicat ont donné le feu vert à l'entreprise pour accélérer son offensive. Les travailleurs de plusieurs centres qui ont parlé cette semaine au Bulletin des travailleurs d’UPS du WSWS ont signalé qu'au cours des deux derniers mois, la direction avait procédé à une vague de mises à pied et de licenciements, réduit les heures de travail et fermé ou mis en attente les centres «non rentables».

Dans un centre du sud de la Californie, Irene, une aide générale qui travaille chez UPS depuis plus de 10 ans, a déclaré que la société «renvoyait les gens pour des raisons comme le “vol d’heures”, ce qui signifie qu'ils discutaient au travail».

«Au cours des deux derniers mois, j’ai connu quatre personnes qui ont été licenciées, et ce ne sont que celles que j’ai sues», a-t-elle déclaré. «Parfois, il faut attendre des années avant que quelqu’un soit licencié, puis un bon jour c’est quatre personnes d’affilée». Un travailleur avec 22 ans d’ancienneté a «été congédié la semaine dernière parce que selon eux il avait volé 400 heures de temps depuis plus de 22 ans» – l'équivalent d'environ 20 minutes par semaine, ou 4 minutes par quart de travail. «C'est ridicule», indique-t-elle. «Il leur a fallu 22 ans pour s’en rendre compte?»

Un autre collègue a été licencié «parce qu'ils ont dit l'avoir surpris en train de dormir devant une caméra». Irene a déclaré: «L'entreprise doit en avoir la preuve, mais l'agent commercial des Teamsters ne s'est même pas présenté» au comité d'examen. «Chaque fois que vous les appelez à propos de quelque chose, ils disent qu’ils s’en occupent, mais ils ne sont jamais là quand vous en avez besoin». Le travailleur «était tellement intimidé qu'il n’a pas contesté et est parti».

Jeudi dernier, Irene et ses collègues sont arrivées au travail à 6h30 du matin avec un avis de la direction affiché sur le tableau: «Travailleurs mixtes, pas plus de quatre heures, et travailleurs à temps partiel, pas plus de 3,5 heures». Cela signifie que les heures d'Irene sont passées de presque à plein temps à 18 heures par semaine. «C'est fou. Je n'ai jamais vu cela auparavant. Ils disent qu'ils font des coupures partout. La direction vient de nous dire qu'ils pourraient nous licencier après le Nouvel An. La compagnie a déclaré que le syndicat ne se battrait pas pour nous, qu’il fallait prendre ce que l’on nous donnait».

Irene a également déclaré que les ouvriers d'entrepôt n'avaient toujours pas perçu le salaire de départ de 13 dollars (USD) l’heure – lui-même inférieur au seuil de pauvreté d'une famille – que les Teamsters avaient proclamé comme une «victoire» centrale dans leur nouvelle entente. «On nous dit que nous pourrions voir nos augmentations de salaire rétroactives en mars. Nous avons interrogé l'agent commercial des Teamsters à ce sujet et il a dit que nous étions égoïstes. Chaque jour ajoute une nouvelle mauvaise surprise».

Peter est ouvrier d'entrepôt à temps partiel à Indianapolis. Il gagne 10,35 dollars de l’heure et travaille sur le quart de nuit, souvent pour trois heures et demie à peine. Il gagne si peu qu'il n'a pas les moyens d'acheter une voiture, alors quand on lui dit de rentrer tôt à la maison, il doit attendre jusqu'à une heure dans la salle de repos pour prendre l'autobus de 4h30. Il a décrit les conditions de harcèlement incessantes de la part de la direction, qui se sont intensifiées depuis le la conclusion de l’entente.

«Nous avons des conditions semblables à des esclaves», a-t-il déclaré. «La direction aboie, pousse et commande les employés à temps partiel. Ils prêchent la sécurité, mais nous sommes poussés à y aller plus fort et plus vite». Il a déclaré que «si UPS pouvait redescendre à 8,50 $ l'heure, ils le feraient. La direction a dit aux superviseurs qu'ils devaient tirer de nous huit heures de travail en 3,5 heures [et] de le faire à tout prix. Ils sont censés renvoyer les travailleurs à temps plein chez eux, tout en nous “motivant”. Cela signifie constamment crier et hurler: «Allez, allez, allez!».

Lee, un chauffeur d’UPS Freight dans l’Illinois, a déclaré que de nombreux travailleurs avaient été licenciés ou n’avaient pas été invités à entrer au travail depuis la signature du contrat. Après avoir été autorisée par les Teamsters à vider le fret de son système au beau milieu du vote contractuel en novembre (action visant à intimider les travailleurs avec une menace de lock-out), la direction justifie désormais les licenciements au motif de la perte d'activité résultant de ses propres actions.

Un autre chauffeur du centre dans lequel travaille Lee n’a été appelé à travailler que deux jours par mois depuis la ratification du contrat. Lee a noté que le conducteur «était l'un de ces types qui avaient déposé des griefs. Je commence à penser qu'ils éliminent ceux qui, à leur avis, sont des fauteurs de troubles». Il a dit avoir vu «beaucoup de personnes écrire sur Facebook à propos des mises à pied. Ils ont dit que l’un des centres en Caroline du Nord n’était plus rentable. Beaucoup de transporteurs de lignes et de dockers sont mis à pied».

«J'ai déjà dit aux gens qu'être un Teamster voulait dire quelque chose, mais ce n'est plus le cas. Les personnes qui la dirigent concluent des accords secrets avec les mêmes personnes avec lesquelles ils négocient et vendent leurs membres».

Lee a déclaré avoir pris connaissance du rapport du WSWS sur la réunion publique du 9 décembre à Detroit, organisée par le WSWS Autoworker Newsletter, au cours de laquelle des travailleurs indépendants du Midwest ont adopté une résolution appelant à la création de comités de la base sur le lieu de travail, indépendants de la United Auto Workers (UAW), pour organiser une lutte contre les fermetures d’usines prévues par General Motors aux États-Unis et au Canada.

«Je pense que c'est une excellente chose», a déclaré Lee, ajoutant que si les travailleurs avaient leurs propres comités, «les représentants sur le terrain auraient une voix qui pourrait être entendue et pourrait répondre aux griefs exprimés dans les ateliers».

«Si vous êtes concierge dans une école ou si vous travaillez dans la chaîne de montage Buick, nous sommes tous fiers de notre travail et voulons rentrer chez nous à la fin de la journée», a-t-il déclaré. «On ne veut pas craindre de ne plus avoir d'emploi à 17 heures, ni de ne pas êtes payé ou de perdre des avantages sociaux la semaine prochaine. Quelque chose comme cela, si c’est organisé, réunirait tant de personnes à tant de niveaux».

«Je livre des meules utilisées dans l’assemblage automobile. Nous sommes connectés. Nous devons nous rassembler pour avoir une voix et nous unir tous: UPS, l’industrie automobile, les écoles, les hôpitaux, nous tous. Cela enverrait un message clair que nous ne prendrions plus ce que les entreprises américaines vendent».

«Et nous devrions le faire à l'international», a-t-il ajouté. «Les entreprises disent qu’elles ne peuvent se le permettre et qu’elles peuvent aller ailleurs. Ainsi, elles seraient accueillies par la même voix qu'ici, où qu'elles aillent, où qu’elles se trouvent.»

Irene a déclaré qu'elle était fière de la décision des travailleurs de l'automobile de créer un comité pour se défendre. «Tout le monde devrait sortir de ce fichu syndicat parce qu’il est inutile», a-t-elle lancé. «Nous devons tous sortir ensemble: pas seulement UPS, mais aussi Amazon et les travailleurs de l'automobile».

«Ce n’est pas seulement l’Amérique, c’est ce qui se passe en France [les manifestations de masse des “gilets jaunes”]», a-t-elle déclaré. «Le monde entier se bat. Donc, nous devons nous battre. Les grandes entreprises doivent tomber».

«De plus en plus de gens disent qu'il faut rompre avec les syndicats. Ils menacent de vous virer si vous arrêtez de payer vos cotisations syndicales, et c'est ainsi qu'ils vous gardent. Mais les gens doivent se lever».

(Article paru en anglais le 19 décembre 2018)