Facebook censure les «gilets jaunes»

Par Anthony Torres
13 décembre 2018

Alors que le mouvement des Gilets jaunes est parti des réseaux sociaux et plus particulièrement de Facebook pour organiser l’opposition à Macron, Facebook et le gouvernement utilisent la censure pour tenter d'étrangler le mouvement des Gilets jaunes.

Environ un mois après le début du mouvement des Gilets jaunes, le gouvernement Macron fait face à une opposition dont les revendications ont un caractère de plus en plus ouvrier. Ce mouvement obtient la sympathie des travailleurs sur plusieurs continents. Les élites dirigeantes réagissent à l’opposition des masses aux inégalités sociales et à la guerre en attaquant des droits démocratiques fondamentaux, tels que la liberté d'expression sur les réseaux sociaux et celle de manifester, mise à mal par la répression en série des manifestations samedi par l'appareil policier.

Des accusations contre Facebook d’actes de censures se sont multipliées depuis le 20 novembre, lorsque Facebook a subi de «nombreuses pannes» qui ont empêché les «gilets jaunes» de communiquer sur le réseau social le 19 novembre.

Facebook s’est défendu en prétextent des «dégradations de performances» sur son site qui semblent avoir été particulièrement importantes en région parisienne, à Lyon et Strasbourg: «Une configuration de serveurs a causé des problèmes par intermittence sur tous les services (Facebook) et partout dans le monde, dégradant l’expérience des utilisateurs».

Facebook a ajouté que le bug avait touché d’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique, Pays Bas ou encore l’Est des Etats-Unis et créé des problèmes sur d’autres services comme Messenger, Instagram ou encore Oculus.

Cette censure a provoqué une large colère parmi les «gilets jaunes» et leurs sympathisants sur les réseaux sociaux. Un utilisateur de Facebook assure que «Facebook censure les groupes ‘gilet jaune’, ‘la France en colère’ et tous les autres groupes de blocages». D’autres membres de ces groupes de Gilets jaunes affirment que leurs commentaires ou postes, pages et groupes sur Facebook sont supprimés.

Selon le site internet Numerama, certains Gilets jaunes invitent leurs camarades à ne pas partager leurs publications, «histoire de ne pas attirer l’attention de Facebook, et conseillent plutôt de copier/coller le texte publié dans un autre message en guise de partage.» Une centaine de Gilets jaunes ont quitté Facebook pour communiquer à présent sur la messagerie sécurisée Telegram ou le «Facebook» russe, Vkontakte.

Facebook a répondu à ces attaques des Gilets jaune en minimisant son rôle dans la censure des Gilets jaunes. Facebook affirme avoir mené une enquête en interne qui aurait découvert que ce sont «les administrateurs (Gilets jaunes) qui les avaient tout simplement supprimées et a établi une liste de raisons pouvant justifier la désactivation de comptes», comme l’utilisation de pseudonymes ou la «publication de contenus qui ne respectent pas les conditions d’utilisations de Facebook» ou la suppression de publications par les algorithmes créés par Facebook.

Les conclusions de l’enquête de Facebook sur ce bug ne peuvent pas être pris pour argent comptant. L’utilisation d’algorithmes ou les critères mentionnés par Facebook pour supprimer un compte sont une attaque contre les droits démocratiques des utilisateurs de Facebook à pouvoir communiquer librement avec d’autres utilisateurs de ce réseau social. Les critères de Facebook pour supprimer un compte sont si vagues que Facebook pourrait supprimer les comptes de tous ces utilisateurs ou n’importe quel commentaire ayant un contenu politique qui ne lui plaît pas.

Facebook et les autres médias sociaux en Europe et aux Etats-Unis emploient déjà des milliers de personnes pour censurer Internet. Rien qu’au mois d’octobre, Facebook a supprimé des centaines de pages et des comptes contestataires les plus populaires aux Etats-Unis, sans avertissement ni transparence. Sous prétexte de limiter des prétendues ingérences étrangères, dont l'existence n'a jamais été sérieusement démontrée, les réseaux sociaux travaillent en partenariat avec les états y compris la France.

Quelques jours avant que le mouvement des Gilets jaunes ne débute, Macron a lancé son programme de censure avec Facebook. Officiellement à compter de début 2019 et pendant six mois, une dizaine d’individus anonymes travaillant pour Facebook ou pour le gouvernement français, géreront ce programme de censure sans contrôle public ni communication sur les contenus qu’ils enlèveront des médias sociaux. Macron selon Le Monde a également contacté Google pour demander un accès similaire aux outils utilisés par lui pour censurer les résultats de recherche sur Internet.

Macron insistait que «l’internet était utilisé dans nos démocraties par des régimes totalitaires pour nous déstabiliser», reprenant la campagne du parti démocrate, aux Etats-Unis pour étouffer la liberté d'expresion sur Internet en présentant des accusations non étayées contre Moscou.

Coïncidence ou pas, Facebook supprimait un article du WSWS des réseaux sociaux, affirmant que celui-ci contrevenait aux «normes communautaires». Depuis mercredi et jusqu’à samedi, la page Facebook du WSWS français n’a plus la possibilité de partager des articles avec des autres groupes, et notamment celles de «gilets jaunes».

Ceci souligne une tâche politique qui revient au mouvement des «Gilets jaunes» et plus largement aux travailleurs qui les soutiennent: la défense des droits démocratiques dont la liberté d'expression. Un quart de siècle après la dissolution de l’URSS, les inégalités sociales et la guerre se sont accrues pour attendre des échelles faramineuses. Pour bloquer l’opposition sociale, les manoeuvres des appareils syndicaux et de leurs alliés comme le NPA ne suffisent plus, à l’heure où ces organisations sont débordés par ce mouvement des Gilets jaunes.

A présent, les politiques répressives mises en place par le PS sous l'état d'urgence, établissant une surveillance de masse de la population, servent non pas à lutter contre le terrorisme mais à censurer et à faire taire l'opposition à Macron, là où les internautes veulent échanger.

Voir aussi:

Macron et Facebook annoncent un plan conjoint de censure des médias sociaux en France
[15 novembre 2018]

Lettre ouverte à Google: Halte à la censure sur Internet! Halte au fichage politique du World Socialist Web Site!
[25 août 2017]