L’Egypte interdit la vente de gilets jaunes, les manifestants rejettent l'annonce de Macron

Par Alexandre Lantier
11 décembre 2018

La sanglante dictature du général Abdel Fattah al Sissi interdit la vente de gilets jaunes alors que des manifestations de solidarité envers le mouvement contre Macron s’internationalisent. Ce sont les principaux événements d’une journée par ailleurs marquée par l’hostilité des “gilets jaunes” envers les promesses faites par Macron afin d’essayer d’enterrer leur mouvement.

Sissi craint que la colère ouvrière en Egypte et à travers l’Afrique pourrait se rassembler autour des manifestations aux gilets jaunes comme en France. Les magasins au Caire contactés par l’agence AP ont rapporté que la police leur avait dit de ne pas vendre de gilets jaunes avant les mobilisations du 25 janvier, le 8e anniversaire de la révolution de 2011 qui a renversé le dictateur honni, Hosni Moubarek. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup sanglant en 2013, Sissi interdit ces manifestations et envoie des gendarmes tabasser ou tuer ceux qui bravent l’interdiction.

“La police est venue il y a quelques jours nous dire de ne plus les vendre. On leur a demandé pourquoi, ils ont dit qu’ils avaient des instructions,” a dit un vendeur à l’AP. Un autre a dit, “On dirait qu’ils ne veulent pas que les gens fassent ce qu’ils font là-bas en France.”

L’État force les vendeurs à ne vendre des gilets jaunes qu’à des sociétés de BTP agréées et avec l’autorisation de la police. Le ministre de l’Intérieur a systématiquement refusé de commenter ces informations dans la presse.

Sissi est un ami de l’ex-président François Hollande, et les sociétés françaises participent très activement au flicage électronique des Égyptiens et l’identification d’individus sur Internet et sur les réseaux sociaux à être arrêtés et torturés. Malgré tous leurs efforts, des émeutes pour le pain, des grèves du textile, et des manifestations contre les privatisations secouent l’Égypte depuis 2017.

Cette tentative de frappe préventive par Sissi souligne la panique des gouvernements face à la radicalisation de la classe ouvrière internationale. L’exigence d’égalité sociale, d’augmentations salariales, la fin du militarisme et de la répression policière, et la démission de Macron – qui ont poussé les manifestations en France – est commune aux travailleurs de tous les pays. Alors que Sissi tente d’étouffer le mouvement dans l’oeuf, on organise diverses manifestations d’un pays à l’autre.

En Europe, la police belge a violemment réprimé les “gilets jaunes” vendredi à Bruxelles alors que des “gilets jaunes” se mobilisaient aux Pays-bas, en Bulgarie et en Irak. Les “gilets jaunes” à Bassora ont manifesté contre des services publics dégradés et l’eau contaminée sous le régime néocolonial irakien, et à Bagdad ils ont manifesté leur solidarité avec ceux de Bassora le 7 janvier.

Surtout après la répression à Bruxelles le 7 et à Paris le 8, des annonces de manifestations se généralisent en Afrique. Au Burkina Faso, une page Facebook appelle à manifester le 13: “Partout au Burkina Faso! Occupons SANS VIOLENCE et PACIFIQUEMENT, tous les coins de nos rues, les carrefours dans nos quartier partout dans les villes et villages sur l'ensemble du territoire nationale pourdire: - NON! A LA HAUSSE DES PRIX DU CARBURANT. -NON! A L'INJUSTICE SOUS TOUTES SES FORMES.”

En Tunisie, un groupe Facebook de “Gilets rouges” a publié sa première déclaration le 7. Il dénonce la “faillite et la corruption” de la classe politique tunisienne, et la “politique d’appauvrissement systématique” de la population menée par le gouvernement. Cela suit une semaine de grèves des enseignants tunisiens.

Comme en Egypte, on s’attend à une éruption de colère politique le 14 janvier, pour le 8e anniversaire de la révolution de 2011 qui a renversé le dictateur Zine El Abedine Ben Ali. L'Union générale tunisienne du travail (UGTT), centrale syndicale qui a soutenu la dictature Ben Ali, s'est sentie obligée d'appeler deux grèves symboliques d'un jour dans le service public le mois passé. Des appels circulent à la grève générale pour l'anniversaire de la révolution.

En Algérie, des manifestants ont enfilé des gilets jaunes à Béjaïa hier, provocant des craintes dans les médias bourgeois. Pointant un «climat social délétère en raison de la chute drastique du pouvoir d’achat des Algériens», Mondafrique écrit que les «gilets jaunes» ont «provoqué une véritable crise politique en France. L’Algérie est-elle à l’abri d’une éventuelle et probable contagion?»

L'éruption de la lutte des classes et la solidarité avec les «gilets jaune» en Afrique souligne que le meilleur allié des travailleurs mobilisés en France contre Macron est la classe ouvrière internationale.Cela fait presque une décennie que la première grande mobilisation révolutionnaire des travailleurs au 21e siècle a fait chuter deux dictateurs. Alors que des appels à la grève générale montent en France, en Tunisie et à travers la région, la lutte des classes tend objectivement vers l'éruption d'une grève générale internationale.

Les travailleurs ne peuvent laisser la tâche de préparer et d'organiser une telle lutte aux appareils syndicaux. Ils soutiennent des gouvernements nationaux réactionnaires, divisent les travailleurs sur des lignes nationales, et se sont opposés aux premières manifestations de «gilets jaunes» en France. La voie pour aller de l'avant est de bâtir des organisations indépendantes de la classe ouvrière, pour qu'elle puisse prendre ses luttes en main.

L'organisation et encore plus l'éruption d'une lutte pareille opposera les travailleurs aux appareils syndicaux et aux partis politiques petit-bourgeois de pseudo gauche qui ont applaudi les guerres impérialistes en Libye, en Syrie et au Mali menées après les soulèvements de 2011.

Comme l'a souligné le Comité international de la Quatrième Internationale, ceci nécessite d'abord la construction d'une avant-garde politique marxiste dans la classe ouvrière internationale, afin de lui fournir une ligne et une direction politiques claires.

La montée explosive de la lutte des classes a démasqué le rôle de forces comme le Nouveau parti anticapitaliste et Jean-Luc Mélenchon, de La France insoumise. Ils ont applaudi en tant qu'opération «humanitaire» et démocratique la guerre libyenne en 2011 qui a lancé l'offensive impérialiste en Afrique, puis refusé de s'opposer à Macron au second tour des présidentielles en 2017. A présent, de larges couches des «gilets jaunes» les rejettent; ainsi, certains ont refusé l'offre d'alliance offerte par Mélenchon en lui disant sur Twitter d'aller voir «son pote Macron.»

Le but de ces organisations est d'étouffer le mouvement par diverses sortes de négociations syndicales avec Macron, un piège pour les travailleurs que rejettent la plupart des «gilets jaunes». Ceux-ci ont en effet été hostiles envers le petit discours, à la fois mièvre et menaçant, que Macron a prononcé hier soir pour essayer de les convaincre d'abandonner la lutte.

Macron a insisté qu'il ne réimposerait pas l'ISF, qu'il n'abandonnerait pas ses réformes visant les retraites et l'assurance-chômage, ou abandonner ses instructions «rigoureuses» à la police de réprimer les «gilets jaunes». Mais il a offert une hausse temporaire de la prime d'activité qui aurait l'effet d'augmenter le smic de 100 euros, un retrait partiel de la CSG pour aider les retraités, et la défiscalisation des heures supplémentaires. Ces mesures étaient manifestement conçues pour être faciles à répudier dès qu'il y aurait un changement de la situation politique.

Finalement, Macron a fait appel à la xénophobie, en promettant d'organiser un «débat sans précédent» sur l'immigration et sur «l'identité profonde» de la France.

Les pages Facebook des «gilets jaunes» étaient très largement hostiles envers l'offre de Macron, soulignant qu'il essayait de diviser les manifestants entre smicards et non-smicards, retraités et actifs, etc. Les appels à manifester samedi à Paris circulent déjà sur les réseaux sociaux.