Le Guardian lance de nouvelles accusations contre Assange et WikiLeaks

Par James Cogan
29 novembre 2018

Le Guardian a accentué son rôle méprisable comme l’un des principaux canaux médiatiques pour la persécution de Julian Assange, publiant des allégations sensationnalistes et sans fondement selon lesquelles l’éditeur de WikiLeaks aurait rencontré le lobbyiste politique américain Paul Manafort.

L’un des deux auteurs de l’article du Guardian était, comme on pouvait s’y attendre, Luke Harding. Harding a écrit une série de documents visant à saper le soutien à Assange et WikiLeaks et à justifier les efforts du gouvernement américain pour le poursuivre pour espionnage ou complot. Assange a bien décrit un livre rempli d’erreurs écrit par Harding en 2014 sur le lanceur d’alerte Edward Snowden et WikiLeaks, comme un «travail de scribouillard à gages dans le sens le plus pur du terme».

L’allégation selon laquelle Assange aurait rencontré Manafort est un nouvel effort désespéré pour impliquer WikiLeaks dans les affirmations destinées à faire peur du Parti démocrate, des agences de renseignement américaines et d’une grande partie des médias selon lesquelles le gouvernement russe s’est «ingéré» dans l’élection présidentielle de 2016 pour promouvoir la victoire de Donald Trump.

Manafort a été, dès le début, l’une des principales ‘personnes d’intérêt’ dans l’enquête du conseiller spécial Robert Mueller. Entre juin et août 2016, il a été président de la campagne électorale de Trump. En octobre 2017, il a été reconnu coupable de complot en vue de blanchir des millions de dollars qu’on lui aurait payé pour avoir fait du lobbying, jusqu’en 2014, au nom du président ukrainien soutenu par la Russie Viktor Ianoukovitch, évincé la même année par un coup d’état politique soutenu par les États-Unis. Toutefois, aucune accusation n’a été portée contre Manafort relativement à l’élection de 2016.

L’article du Guardian affirme que les rencontres entre Manafort et Assange ont eu lieu en 2013, 2015, et début 2016 à l’ambassade d’Équateur à Londres, où l’éditeur de WikiLeaks est enfermé depuis qu’il a demandé l’asile politique le 19 juin 2012. L’article insinue que la dernière réunion a à voir avec la publication par WikiLeaks de courriels fuités du Parti démocrate. Il affirme carrément que «les espions de Vladimir Poutine» ont envoyé les courriels à WikiLeaks en juillet 2016.

Le Guardian omet le fait que la seule preuve d’un transfert de fichier est l’affirmation d’un pirate informatique erratique et douteux se faisant appeler Guccifer 2.0, que les agences américaines et l’enquête Mueller ont ensuite déclaré être une façade pour le renseignement russe.

À l’époque, Assange avait déjà révélé publiquement que WikiLeaks avait des informations sur la campagne démocrate en juin. Il a commencé à publier les courriels le 22 juillet 2016. Assange a nié que WikiLeaks ait reçu les courriels de sources russes. Craig Murray, ancien lanceur d’alerte en Grande-Bretagne et défenseur de WikiLeaks, a déclaré qu’il avait appris que les courriels avaient été envoyés à l’organisation médiatique par des employés mécontents du Parti démocratique.

Quelle que fut la source des courriels, il était tout à fait correct que WikiLeaks les publie. Ils ont révélé les efforts sournois du Comité national démocrate pour s’assurer qu’Hillary Clinton remporte la nomination du parti à la présidence en sapant la campagne de Bernie Sanders. D’autres courriels de la campagne Clinton publiés par WikiLeaks par la suite ont documenté les relations sordides de Clinton avec les banques de Wall Street et les oligarques des États du Golfe et son désir de faire la guerre à la Libye parce qu’elle croyait que cela lui permettrait d’être élue présidente.

Le démasquage de la campagne de Clinton a montré que le prétendu «choix» entre le spéculateur immobilier milliardaire fasciste Trump et l’ancienne sénatrice et secrétaire d’État de droite, militariste, anti-ouvriers, était comme l’a dit Assange, un choix entre «gonorrhée et syphilis».

Comme l’a écrit ce mois-ci le journaliste primé Chris Hedges: «Cette information aurait-elle dû rester cachée au public américain? Vous pouvez dire oui, mais alors vous ne pouvez pas vous appeler un journaliste».

Mueller a passé des mois à examiner les allégations selon lesquelles c’était Roger Stone, un ancien associé de Trump, qui avait servi d’intermédiaire entre la campagne Trump, la Russie et WikiLeaks. Son enquête n’ayant abouti à rien, l’attention s’est portée de nouveau sur Manafort par l’intermédiaire du Guardian.

Dans sa hâte à contribuer à la vendetta contre WikiLeaks, le Guardian a été mis sous presse dans des conditions où il n’a aucune preuve que des réunions entre Manafort et Assange ont eu lieu.

Manafort a immédiatement rejeté les allégations. «Je n’ai jamais rencontré Julian Assange ou quiconque ayant des relations avec lui. Je n’ai jamais été contacté par quiconque ayant des relations avec WikiLeaks, directement ou indirectement. Je n’ai jamais contacté Assange ou WikiLeaks sur aucun sujet. Nous examinons toutes les options légales contre The Guardian, qui a continué avec cette histoire même après avoir été informé par mes représentants qu’elle était fausse» a-t-il déclaré.

Jennifer Robinson, l’une des avocates représentant Julian Assange, a déclaré à CNN que «de telles réunions n’ont pas eu lieu». WikiLeaks a lancé un appel GoFundMe pour collecter des fonds afin de «poursuivre The Guardian pour avoir fabriqué une histoire que Julian Assange avait des réunions secrètes avec Paul Manafort». L’organisation a tweeté qu’elle était «prête à parier à The Guardian un million de dollars et la tête de son rédacteur en chef que Manafort n’a jamais rencontré Assange».

Comme le gouvernement équatorien du Président Lenín Moreno a coupé ses communications avec le monde extérieur le 28 mars dernier, sous la pression du gouvernement Trump, Assange n’est pas en mesure de faire sa propre déclaration. L’Équateur conspire activement avec Washington pour faire pression sur Assange afin qu’il quitte son ambassade à Londres, et se prépare à renier son droit d’asile et à l’expulser s’il ne le fait pas.

Dès qu’Assange sera forcé de quitter l’ambassade, il sera arrêté par la police britannique et emprisonné. Un document d’un tribunal américain qui a fait surface ce mois-ci confirme ce qu’Assange et ses défenseurs ont toujours soupçonné: le ministère américain de la Justice a déposé et scellé des charges criminelles contre lui pour la publication par WikiLeaks d’informations fuitées dénonçant des crimes de guerre impérialistes américains, des complots diplomatiques antidémocratiques et les activités d’espionnage de la CIA.

La collaboration active de publications comme The Guardian dans les efforts américains pour poursuivre Assange et intimider tous les lanceurs d’alerte et journalistes critiques souligne l’abandon de toute défense des droits démocratiques au sein des couches privilégiées de la classe moyenne supérieure qui, naguère, se présentaient comme des libéraux, voire des «gauchistes».

Le Guardian a néanmoins le culot de lancer un appel aux dons à la fin de tous ses articles déclarant qu’il sert à «donner une voix à ceux qui sont moins entendus, à interpeller les puissants et à leur demander des comptes».

L’apparition des accusations américaines contre Assange et la nouvelle vague d’accusations dans les médias ne peuvent être interprétées que dans le cadre d’un effort coordonné visant à saper le large soutien dont bénéficie Assange et à conditionner l’opinion publique à sa détention et à son extradition aux États-Unis pour y subir un simulacre de procès.

Il est urgent que la classe ouvrière et la jeunesse internationale soient alertées et que la campagne en défense d’Assange soit intensifiée.

(Article paru d’abord en anglais le 28 novembre 2018)