Québec: la voie de l’avant pour les travailleurs d’ABI

Pas de concessions, ni coupures dans les pensions ou les emplois! Il faut élargir la lutte!

Par le Parti de l’égalité socialiste (Canada)
28 novembre 2018

Cette déclaration du Parti de l’égalité socialiste (Canada) sera diffusée par des sympathisants lors d’une manifestation qui réunira le 28 novembre à Montréal les travailleurs en lock-out de l’aluminerie de Bécancour.

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Depuis plus de 10 mois, les 1030 employés de l’aluminerie de Bécancour (ABI), dirigée par les géants de l’aluminium Alcoa et Rio Tinto Alcan, mènent une lutte courageuse contre l’attaque patronale sur leurs conditions de travail et leurs emplois. Mais cette lutte est en grave danger.

En annonçant la reprise des négociations au début du mois, le ministre du Travail, Jean Boulet, a déclaré qu’ABI et les Métallos devaient arriver à une entente de principe d'ici le 30 novembre. Sans quoi, ce sera au nouveau comité de «médiation spéciale», mené par l’ex-premier ministre péquiste de droite Lucien Bouchard, de présenter une «hypothèse» de règlement.

Les travailleurs d’ABI ne doivent pas se faire d'illusions. Qu'une nouvelle convention collective soit conclue dans le cadre de la ronde actuelle de négociations syndicales-patronales ou imposée à la suite des machinations du gouvernement et de son comité «spécial» de médiation, elle sera pleine de concessions.

Selon le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, le syndicat avait déjà accepté, avant même le début du lock-out, l'établissement d'un nouveau régime de retraite entièrement financé par les travailleurs. Plus récemment, Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois du Syndicat des Métallos, a déclaré que le syndicat est «prêt à [accepter] des suppressions d’emplois» chez ABI «si vous introduisez de nouvelles technologies et des choses comme ça».

Maintenant, le syndicat endosse l’intervention du ministre Boulet et se dit prêt à collaborer avec le nouveau gouvernement droitiste de la Coalition Avenir Québec, même si celui-ci prône la privatisation et la déréglementation, veut transformer le Québec en un paradis pour les investisseurs et promet des réductions d’impôts aux entreprises.

Les travailleurs doivent faire face à la réalité: le Syndicat des Métallos entraîne ses membres dans un cul-de-sac. Sa stratégie est un échec. Depuis le début du conflit, le syndicat refuse de se tourner vers le reste de la classe ouvrière pour faire de la lutte à ABI le catalyseur d’un plus vaste mouvement contre l’austérité capitaliste. Tandis qu’ils isolent et sabotent la lutte à ABI, les chefs syndicaux lancent des appels aux ennemis des travailleurs: la compagnie, les actionnaires et l’establishment politique.

L'isolement de la lutte par les Métallos et la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) a encouragé la multinationale à répudier ses propres offres «finales» de décembre et à exiger encore plus de concessions, y compris une réduction de la main-d'œuvre de 20%, soit 200 emplois.

Le lock-out à ABI fait partie d’une vaste offensive patronale contre les acquis historiques de la classe ouvrière dans le contexte de la plus profonde crise économique depuis les années 1930. Partout au monde, les travailleurs font face aux mêmes attaques contre leurs conditions de travail et leur niveau de vie par la classe dirigeante, qui répond à la résurgence des luttes ouvrières par des méthodes répressives et anti-démocratiques.

Même si Alcoa et Rio Tinto ne cachent pas que leur objectif principal est de réduire les coûts de main-d’œuvre dans un contexte de féroce compétition internationale, les dirigeants des Métallos présentent le lock-out comme un simple subterfuge de la compagnie pour obtenir de meilleurs tarifs de la part d’Hydro-Québec.

C’est parce qu’ils n’avaient et n’ont aucune intention de mener une lutte sérieuse contre la compagnie. Les chefs syndicaux n’ont pas cherché à mobiliser leurs milliers de membres, dont ceux d’Alma mis en lock-out pendant six mois en 2012 par Rio Tinto. Ils n’ont pas cherché à unir la lutte à celle des travailleurs d’Alcoa en Australie qui ont fait grève pendant 53 jours il y a trois mois.

Pourtant, les travailleurs d’ABI ont de puissants alliés: les travailleurs dans le reste du Québec, au Canada et à l’échelle internationale, qui font face au même assaut patronal sur les emplois, les salaires et les conditions de travail.

Au cours des dernières années, d’importantes luttes ont éclaté au Québec et au Canada – parmi les jeunes (grève étudiante de 2012) et parmi de nombreuses sections de travailleurs, tels que les cols bleus, les travailleurs de la construction, les travailleurs du secteur public et les postiers.

Mais chaque fois, les syndicats ont saboté ces mouvements, imposant les coupures exigées par le patronat et laissant les travailleurs et les jeunes faire face tout seuls à la répression de l’état et à ses lois draconiennes – comme c’est actuellement le cas pour les travailleurs de Postes Canada qui se font imposer une loi brise-grève par le gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau.

Cela s’inscrit dans la politique corporatiste et nationaliste que la bureaucratie syndicale mène depuis des décennies. Les syndicats se sont profondément intégrés à l’appareil patronal de gestion, ayant directement investi dans des milliers d’entreprises par le biais des gigantesques fonds de capital à risque qu’ils contrôlent, comme le Fonds de solidarité de la FTQ.

C’est le même processus qui prend forme dans la virulente agitation anti-chinoise que mènent les syndicats, et particulièrement les Métallos. Ceux-ci ont répondu aux tarifs de l’administration Trump en disant que le Canada doit faire bloc avec Washington contre la Chine et que l’acier et l’aluminium canadien doivent fièrement servir à construire l’arsenal militaire du pays.

Farouchement opposés à la lutte pour unir la classe ouvrière au-delà des frontières nationales contre le système de profit qui les opprime, les syndicats divisent les travailleurs et prétendent qu’ils ont plus d’intérêts avec leurs propres patrons qu’avec leurs frères et sœurs de classe ailleurs dans le monde. Au Québec, cette politique de collaboration avec l’État capitaliste s’est incarnée dans les étroites relations de la bureaucratie syndicale avec le Parti québécois et la subordination politique des travailleurs à ce parti de la grande entreprise.

Pour l’emporter sur la volonté d'ABI d'imposer des concessions et des suppressions d'emplois, les travailleurs doivent arracher la direction de leur lutte des mains du Syndicat des Métallos pro-capitaliste. Ils doivent établir un comité de la base indépendant de l'appareil syndical et lutter pour mobiliser la force de la classe ouvrière contre Alcoa et Rio Tinto. Un tel comité devrait activement chercher l'appui des travailleurs de l'industrie et du secteur public partout au Québec, dans le reste du Canada, aux États-Unis et outremer, dans le cadre d'une offensive internationale de la classe ouvrière contre l'austérité capitaliste et les lois anti-ouvrières.

Le Parti de l’égalité socialiste (PES) et le World Socialist Web Site (wsws.org) vont soutenir et épauler politiquement tous les travailleurs prêts à entreprendre la lutte pour bâtir un comité de lutte indépendant. Tous ceux et celles intéressés par cette perspective sont encouragés à communiquer avec le PES.