Des Gilets jaunes mobilisés parlent au World Socialiste Website

Par nos correspondants
20 novembre 2018

Lundi, le véhément mouvement de protestation contre les inégalités, notamment contre les attaques fiscales du gouvernement, s’est poursuivi dans de nombreuses régions, plusieurs dizaines de milliers de manifestants « gilets jaunes » organisant encore des blocages et des barrages filtrants un peu partout. La circulation était très perturbée autour des grandes villes ; Bordeaux a été presque complètement bloquée toute la matinée. De nombreuses autoroutes importantes étaient également bloquées.

Des dizaines de dépôts de carburant ont été touchés par les blocages, entre autres à Toulouse et à Rennes. Sur l’île de la Réunion, de nombreux barrages restaient en place hier avec des face-à-face très tendus entre manifestants et forces de l’ordre, la préfecture demandant des renforts à Paris. De nombreux participants aux barrages routiers déclaraient vouloir « continuer jusqu’à ce que le gouvernement cède ».

Des organisations patronales ont mis en garde lundi après-midi contre un « blocage de l’économie ». Mais si le patronat des transports appelle à ne pas rejoindre le mouvement nombreux sont les routiers qui le soutiennent ou y participent. Un blocage de Paris a été annoncé pour samedi. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a dit hier soir son intention de faire cesser les blocages, invoquant des « risques sécuritaires majeurs, notamment terroristes » auxquels les forces de l’ordre « mobilisées massivement » ne pourraient plus faire face.

Le mouvement de protestation, qui regroupe et mobilise des travailleurs, des indépendants et des petits patrons, avait démarré sur les réseaux sociaux en dehors du contrôle des appareils syndicaux, qui collaborent avec le gouvernement dans l’imposition des attaques sociales, et soulève des questions d’une actualité brûlante.

Pour aller de l’avant ce mouvement doit se tourner résolument vers la classe ouvrière, la seule force sociale capable, en se mobilisant, de le faire gagner. Une véritable opposition aux attaques de Macron et des ultra-riches ne peut s’organiser qu’indépendamment des syndicats qui soutiennent le gouvernement et se sont montrés hostiles aux Gilets jaunes depuis le départ. Il faut aussi le faire indépendamment des alliés des syndicats comme LFI et le NPA.

Pour empêcher que les syndicats et cette soi-disant gauche n’étrangle le mouvement, par exemple en se plaçant à sa tête pour le faire dérailler, le démoraliser et redonner l’initiative au gouvernement, il faut que les travailleurs forment des organisations de lutte indépendantes des syndicats. Il faut soulever la question du pouvoir et celle de la construction d’une avant-garde des travailleurs qui a pour perspective que la classe ouvrière prenne le pouvoir.

Durant le week-end, des participants aux actions des gilets jaunes à Marseille, Amiens et Paris ont parlé au WSWS.

A Marseille, Johanna, organisatrice d’un blocage fonctionnaire et Sylvain, chef de chantier en tuyauterie, ont dit :

« Les taxes ont été la goutte d’eau, mais cela a bien dépassé ça. Nous, on en peut plus. On est sûrs qu’il y a d’autres solutions et on en a marre d’être dirigé par les lobbys. On aimerait revenir dans un démocratie avec l’augmentation du smic, la baisse de toutes les taxes et l’acceptation du vote blanc on veut un droit de regarder sur toutes les lois importantes par référendum. On est sûrs qu’il y a plein de solutions. Il faut que le peuple reprenne le pouvoir. »

Macron continue le travail de ses prédécesseurs, il va beaucoup plus vite. A la base, on en a marre de tous ces gouvernements corrompus, on ne sait pas qui dirige le monde. Cela se réveille dans tous les pays. On espère que cela va s’étendre partout, on voit les consciences se réveiller. On veut vivre correctement et on en a marre de voir des gens crever en Afrique, on veut protéger la planète, protéger nos emplois.

Les cheminots, c’est dommage qu’ils étaient seuls, le peuple n’était pas là, mais aujourd’hui, le peuple se réveille. Les dockers se sont battus pour nous, on n’a jamais été présent mais là, le peuple se réveille, il faut faire bouger la France.

Lucie travaille chez Leclerc comme préparatrice de commande.

« On est contre l’augmentation des taxes. On aura moins de pouvoir d’achat : comment on fera pour nourrir nos familles ? Nos salaires nous font survivre et pas vivre. Macron n’écoute pas ce que l’on a à dire, il faut qu’il nous entende, qu’il nous comprenne, voie ce qu’on vit. A force de nous mobiliser tous ensemble on arrivera à les faire changer.

Si on est là aujourd’hui c’est que l’on est pas tout à fait d’accord avec les syndicats, si on est là c’est qu’on ne croit pas tout ce qu’ils disent. C’est un mouvement du peuple il n’y a pas de droite ou d’extrême droite. »

« Sur les mouvements en Belgique en Bulgarie, si on se bat pour les même raisons, oui » a-t-elle dit à propos d’une unité avec des travailleurs d’autres pays d’Europe.

A la question de ce qu’elle pensait de la célébration de Pétain par Macron, elle a dit « on est dépité, on ne s’est même plus quoi penser. »

Corinne, auxiliaire de vie, a dit :

« Marre de tout, la goutte a fait déborder le vase, il y a tout, les retraites, les taxes. Ce gouvernement est une catastrophe, il est en train de faire tuer la France. Nous on se bat pour nos enfants et nos petits enfants. On espère pouvoir le faire reculer.

C’est le bazar partout, le monde entier est dans un sale état. Je ne sais pas quelle va être la réaction de Macron mais on ira jusqu’au bout. » Pour elle, la célébration de Pétain par Macron n’était « pas logique ».

Un retraité participant à la manifestation des Gilets jaunes à la Porte Maillot à Paris a dit :

« Je suis venu manifester parce que j'estime que c'est toujours les mêmes qui en prennent plein la figure sur les taxes, sur la perte de pouvoir d'achat et tout ça. Aujourd'hui c'est pour la taxe sur le carburant, tout le monde sait que le carburant c'est 70 pour cent de taxes…

Moi personnellement je suis déjà retraité j'ai déjà pris avec mon épouse 1000 euros de perte de pouvoir d'achat par an. On ne peut pas continuer comme ça, les gens n'en peuvent plus. On ne peut plus aller plus loin. On ne peut plus vivre correctement. Comment on fait? Celui qui n'a pas un toit au-dessus de sa tête est mort.

On a dit, on va vous diminuer la taxe d'habitation, la taxe d'habitation, c'est simplement 200 euros par an. 200 euros d’un coté contre 1000 euros de l’autre.

A Amiens, un travailleur de la Clinique d'Europe, qui bloquait la rue devant la gare centrale avec un groupe a dit, alors que les voitures filtrées klaxonnaient leur soutien ;

« Avec la retraite sur laquelle je devrai vivre bientôt je ne peux pas accepter ces hausses des prix ». Son collègue a ajouté: « Macron, c'est le président des riches ».