Après les élections de mi-mandat, les démocrates appellent à l'unité bipartite avec Trump

Par Patrick Martin et Barry Grey
9 novembre 2018

Après une campagne électorale dominée par l'utilisation par le président Donald Trump d'un racisme anti-immigré pour rameuter des éléments fascisants et justifier le déploiement sur le territoire national de troupes et des attaques contre la Déclaration des droits, le Parti démocrate a repris le contrôle de la Chambre des représentants et les républicains ont renforcé leur contrôle du Sénat.

Dans des conditions d'opposition populaire massive à l'administration Trump, les démocrates ont mené une campagne de droite qui excluait pratiquement les questions qui préoccupent la classe ouvrière: l'inégalité sociale, la guerre et l'autoritarisme. Ils ont réagi au résultat de l’élection en faisant appel à Trump pour une collaboration bipartite.

Pendant la campagne, les démocrates ont même refusé de parler de la chasse aux sorcières de Trump contre les demandeurs d'asile d'Amérique centrale, de la construction de camps de détention pour immigrants ou de l'attaque contre la citoyenneté basée sur le droit du sol. Sur fond de nouveaux préparatifs du gouvernement menant à la guerre avec la Russie, l’Iran et la Chine – à savoir le retrait du Traité sur les missiles nucléaires intermédiaires, l'imposition de sanctions punitives contre l'Iran et l'escalade de la guerre commerciale contre la Chine – les démocrates n'avaient rien à dire à propos du danger de guerre croissant. Ils ont abandonné leur opposition symbolique aux réductions d'impôt de Trump pour les riches.

Le résultat, loin de la fameuse «vague bleue» tant vantée, était ce que souhaitait le Parti démocrate: une élection qui permettrait à Trump de consolider son pouvoir tout en donnant plus de poids aux démocrates. Comme la dirigeante démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, avait déclaré à l’approche du vote, la direction de la Chambre donnerait un «levier» aux démocrates. Ils ont l'intention d'utiliser cette influence pour faire pression sur Trump afin qu'il poursuive un affrontement plus agressif contre la Russie et une guerre plus large en Syrie.

Wall Street a fait part de son enthousiasme face au résultat par une hausse marquée des titres. Tous les principaux indices ont grimpé en flèche, le Dow Jones Industrial Average ayant gagné plus de 500 points.

La campagne électorale elle-même a illustré le caractère corrompu, manipulé et antidémocratique de la prétendue démocratie aux États-Unis. On constate une dépense record de 5 milliards de dollars pour cette élection de mi-mandat, provenant principalement des oligarques milliardaires, pour réorganiser le personnel et modifier l'équilibre des pouvoirs au Congrès et au niveau des États afin de poursuivre plus efficacement le transfert de richesses de la classe ouvrière à l'oligarchie. Les démocrates ont reçu plus d’argent des grandes entreprises que les républicains.

Les démocrates ont utilisé l'élection pour solidifier leur orientation vers les couches privilégiées et riches de la classe moyenne. La majeure partie des sièges de la Chambre qu’ils ont gagnés se trouvait dans des banlieues plus aisées. Une douzaine de membres du Congrès démocrate nouvellement élus sont issus du contingent d'anciens membres de l'armée, du renseignement et du département d'État du parti recrutés par la direction. Ces «démocrates de la CIA» donneront le ton aux représentants démocrates siégeant au nouveau Congrès.

Pendant que les insultes et les mensonges sont échangés entre les deux partis, la classe ouvrière est complètement exclue de toute influence sur les politiques et décisions du gouvernement.

Trump a tenu une conférence de presse mercredi pour préciser qu’il n’allait pas mettre un frein à sa politique de droite. Il s’est attaqué à un journaliste le traitant d’«ennemi du peuple» et a dit aux démocrates que s’ils tentaient d'utiliser leur majorité à la Chambre pour enquêter sur ses finances, il adopterait une «attitude guerrière». Parallèlement, il a félicité Pelosi et a indiqué que les voix républicaines appuieront sa candidature à l’élection de la présidence de la nouvelle Chambre qui prendra ses fonctions en janvier.

Pelosi a ensuite tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a utilisé les termes «bipartite» et «travailler ensemble» des dizaines de fois.

Le New York Times a publié un éditorial précisant la politique démocrate de la collaboration avec Trump et la trajectoire de plus en plus à droite de son administration. Il n’y aura pas d’engagement pour des réformes modérées mentionnées au début de la campagne par de soi-disant démocrates «progressistes», tels que «Medicare for all» (couverture médicale universelle) et «l'abolition» de l'agence de contrôle de l'immigration et des douanes, semblable à la Gestapo. Au lieu de cela, les démocrates vont parler de «réformes» sur l’éthique, de «transparence» et d’expressions creuses similaires. Le mot «destitution» doit être évité, de même qu'un excès d'assignations en justice et d'enquêtes. Au lieu de cela, le Times déclare: «Trouver un chemin de compromis avec M. Trump serait un bon programme et une bonne politique.»

La question centrale posée par l'élection est la suivante: la redistribution des sièges au Congrès, du point de vue des intérêts des travailleurs, est essentiellement sans importance. Aucun changement positif n'est possible en dehors de l'intervention indépendante de la classe ouvrière.

Une chose est sûre: les décisions qui touchent la vie de millions de personnes en Amérique et dans le monde entier resteront aux mains d’une oligarchie financière parasitaire. Cette aristocratie moderne composée de multimillionnaires et de milliardaires, incarnée par la figure répugnante de Trump, défendra impitoyablement ses intérêts égoïstes et criminels, quels que soient les changements tactiques et le changement du personnel parmi ses politiciens corrompus. L'axe de classe, l'orientation stratégique et les intérêts servis restent les mêmes.

Un facteur majeur qui pousse les démocrates de plus en plus désespérément dans les bras de Trump et des républicains est l’expression initiale d’une recrudescence de la lutte de classe. Le nombre de grèves majeures aux États-Unis a été multiplié par trois cette année. Il s'agit notamment de grèves d'enseignants au niveau des États, de grèves d'employés dans les hôtels, de débrayages organisés par des universitaires et du rejet des accords salariaux par des centaines de milliers d'employés chez United Parcel Service. Cela fait partie d'une montée internationale des grèves et des manifestations de la classe ouvrière.

Le développement de la lutte de classe est un processus objectif et inévitable, entraîné par les niveaux effarants d'inégalité sociale. Ces luttes sociales vont s'intensifier.

Le Parti démocrate n'a rien à proposer à la classe ouvrière. C'est l'un des deux principaux partis de droite du capitalisme américain. Sa base, au-delà de Wall Street et de l'appareil militaire et du renseignement, est constituée des riches couches de la classe moyenne supérieure obsédées par la politique de la race et du genre, considérée comme un moyen de s’approprier une part plus importante de la richesse des 10 % les plus riches.

Les démocrates donnent à Trump et à ses alliés néo-fascistes toute latitude pour essayer de canaliser la colère des couches pauvres de la classe ouvrière vers le nationalisme et le chauvinisme anti-immigrés.

La seule alternative progressiste est le développement de la lutte de classe et sa mobilisation consciente contre l’ensemble de l’establishment politique et du système capitaliste qu’il défend.

La grande masse de travailleurs et de jeunes se tourne vers la gauche et cherche de plus en plus une solution socialiste à la crise. Ce qui leur manque, cependant, c'est une compréhension claire de l'histoire de la lutte de classe et un programme politique qui articule les intérêts historiques indépendants de la classe ouvrière. Ce programme doit être introduit dans la classe ouvrière par le parti révolutionnaire, le Parti de l'égalité socialiste (PES).

La réponse à l'impasse du système capitaliste bipartite et aux immenses dangers de la guerre et de la dictature est la construction des PES pour mener les futures luttes de masse. C’est maintenant qu’il faut rejoindre et construire ce parti.

(Article paru en anglais le 8 novembre 2018)