Le gouvernement équatorien coupe tout accès à Julian Assange

Par Mike Head
3 novembre 2018

Selon la «Courage Foundation» (la Fondation courage), qui fait campagne contre la persécution de Julian Assange, l’ambassade équatorienne à Londres a interdit l’accès à tous les visiteurs de l’éditeur de WikiLeaks, y compris à ses avocats, jusqu’à lundi, au milieu d’un procès majeur.

Cette interdiction fait obstruction à un recours judiciaire d’Assange contre la décision prise par un juge équatorien la semaine dernière de maintenir un «protocole» draconien que le gouvernement du président Lenín Moreno veut lui imposer, en violation fondamentale du droit à l’asile politique.

Le protocole interdit essentiellement à Assange de faire des commentaires politiques, car ils pourraient porter préjudice aux intérêts du gouvernement de l’Équateur ou d’un autre pays.

Julian Assange

En renforçant l’isolement déjà intolérable que Moreno inflige depuis mars à Assange, un journaliste et rédacteur courageux, cette interdiction est un autre avertissement de ses préparatifs visant à mettre fin à l’asile d’Assange.

Alors que les dirigeants tant démocrates que républicains à Washington fait monter la pression, l’élite dirigeante équatorienne envisage manifestement d’expulser Assange ou de créer des conditions si inhumaines qu’il est forcé de quitter l’ambassade, en dépit de manifestations importantes en Équateur et à l’international.

Le 31 octobre, deux jours après qu’un juge a entériné le protocole, une manifestation s’est déroulée devant le palais présidentiel de l’Équateur contre une nouvelle tentative du Parti social-chrétien de droite, proaméricain, de faire voter à l’Assemblée nationale la déchéance de la nationalité équatorienne d’Assange. L’article 79 de la Constitution de l’Équateur dispose: «L’extradition d’un Équatorien ne sera en aucun cas accordée.»

Une brève vidéo de la manifestation, publiée sur Twitter par WikiLeaks, montre une manifestation déterminée et importante, entourée par un dispositif de police.

Il existe un soutien considérable dans le public en faveur d’Assange, en raison de la longue histoire de publication par WikiLeaks de documents qui exposent les crimes et les machinations des gouvernements et des élites patronales. Mais le gouvernement de Moreno intensifie ses démarches pour faire sortir Assange de l’ambassade, pour qu’il soit emprisonné en Grande-Bretagne puis aux États-Unis.

Le 30 octobre, le ministère équatorien des Affaires étrangères a publié une déclaration pour saluer la décision du juge et menacer de mettre fin à l’asile politique d’Assange parce que ce dernier a critiqué les mesures prises contre sa propre personne.

Selon le communiqué, l’Équateur «ne permettra pas des affirmations ou des insinuations injustifiées et injustifiées concernant le comportement du gouvernement national concernant l’asile diplomatique accordé à Assange, dans l’exercice du pouvoir de prérogative de l’État de l’Équateur».

La veille, Assange avait tenté d’utiliser l’audience du tribunal pour alerter le monde des menaces d’éviction qui planent sur lui, brisant ainsi le mur de silence que Moreno lui impose depuis sept mois.

S’exprimant par téléconférence depuis l’ambassade à Londres devant le tribunal de Quito, Assange a déclaré que le nouveau protocole signifiait que Moreno avait déjà décidé de lui refuser l’asile, mais n’en avait pas encore donné l’ordre. Avant qu’il ne puisse en dire plus, Inigo Salvador, l’avocat principal de l’État équatorien, l’a interrompu en lui enjoignant de ne pas faire de déclarations politiques pendant la procédure.

L’audience n’était donc qu’une parodie. La juge a refusé de se prononcer sur la constitutionnalité des actions de l’État équatorien contre Assange, affirmant que cela relevait de la Cour constitutionnelle. Elle a également refusé d’entendre des témoins ou d’accepter des preuves documentant l’ampleur des interdictions posées par l’ambassade aux visites et aux communications.

Dans une déclaration, conscient du soutien national et international dont jouit Assange, le ministère des Affaires étrangères de l’Équateur a «réitéré devant le public le ferme attachement de l’État de l’Équateur aux règles pertinentes du droit national et international régissant l’asile».

La déclaration contradictoire affirmait que «le Protocole rétablit l’accès d’Assange aux communications», mais que «conformément aux traités internationaux qui régissent le droit d’asile, il ne peut faire aucune déclaration, transmission ou annonce qui interfère avec d’autres États ou qui pourrait affecter les intérêts de l’Équateur».

Loin de reconnaître le droit fondamental de communication d’Assange, le protocole lui interdit de faire des commentaires politiques jugés préjudiciables à l’Équateur ou ses «bonnes relations» avec «tout autre État». Il précise que ses communications et ses visiteurs seront soumis à une surveillance dont les résultats seront partagés avec le renseignement américain et britannique.

Le protocole stipule en outre qu’Assange doit subir un examen médical tous les trois mois et que les médecins peuvent recommander son évacuation de l’ambassade s’ils estiment qu’il nécessite un traitement urgent.

La déclaration affirmait faussement que la décision du juge confirmait que le protocole «était pleinement compatible avec le droit d’asile». La Cour interaméricaine sur les droits de l’homme a réaffirmé le droit à l’asile politique, une protection internationale fondamentale contre l’oppression antidémocratique, en mai.

Ce tribunal, compétent pour juger les violations des droits de l’homme par des membres de l’Organisation des États américains, a insisté qu’Assange devait être exempt de toute menace ou contrainte susceptible de le faire passer entre les mains d’un gouvernement cherchant à le persécuter, en l’occurrence les États-Unis.

La cour interaméricaine a également averti Londres: «Si le Royaume-Uni continue à ignorer la décision de la cour en insistant pour que la police locale arrête Assange pour violation des conditions de sa libération conditionnelle s’il quitte l’ambassade, cela signifie que le gouvernement britannique a échoué à défendre les droits d’Assange en tant que bénéficiaire légitime de l’asile par l’Équateur».

Londres, agissant de concert avec Washington, a défié le jugement avec l’aide du gouvernement australien.

Le fondateur de WikiLeaks a dû chercher refuge à l’ambassade en 2012 après que des allégations d’inconduite sexuelle par le gouvernement suédois aient été présentées comme prétexte pour son emprisonnement en Grande-Bretagne. Cela aurait été suivi d’une extradition vers les États-Unis pour faire face à des accusations d’espionnage qui pourraient entraîner une condamnation à la réclusion à perpétuité, voire à la peine de mort.

Assange, un citoyen australien, a dû se tourner vers l’Équateur parce que le gouvernement travailliste australien s’est aligné sur le gouvernement Obama et lui a refusé son droit à l’assistance et à la protection.Les États-Unis et leurs alliés veulent enfermer Assange pour de bon afin d’intimider tous ceux qui luttent contre le militarisme, les inégalités et l’assaut contre les droits démocratiques. Sa défense requiert la mobilisation la plus large possible de la classe ouvrière internationale pour exiger sa liberté immédiate et inconditionnelle.

(Article paru d’abord en anglais le 2 novembre 2018)

Voir également:

Face aux menaces croissantes, la classe ouvrière doit défendre Julian Assange

[26 octobre 2018]