La lutte des enseignants américains continue malgré la trahison du syndicat en Arizona

Par Jerry White
9 mai 2018

La vague de grèves et de manifestations des enseignants aux États-Unis se poursuit. Quelques jours après que le syndicat de l’Arizona Education Association (AEA) ait arrêté la grève de près de 60 000 enseignants dans le sud-ouest des États-Unis, de nouvelles luttes ont éclaté, depuis la Californie et le Colorado jusqu’à la Caroline du Nord et la Caroline du Sud.

Plus de 53 000 travailleurs des services universitaires, ainsi que des infirmiers et autres travailleurs hospitaliers, ont entamé lundi une grève de trois jours sur dix campus universitaires, centres médicaux et laboratoires de recherche de l’Université de Californie (UC) à travers l’État. Les travailleurs de l’UC revendiquent une augmentation annuelle de six pour cent, un gel des cotisations des assurances maladies et la fin de la sous-traitance des emplois.

En outre, 900 enseignants de Pueblo, au Colorado, ont débrayé lundi pour exiger des augmentations de salaire après avoir travaillé sans convention collective pendant plus d’un an. Il y a moins de deux semaines, des milliers d’enseignants de l’État, qui est géré par le Parti démocrate, se sont mobilisés dans le Capitole à Denver pour réclamer une amélioration des salaires et des retraites et la restauration des coupes budgétaires des écoles imposées pendant une décennie.

Le 30 mai, 30 000 chauffeurs d’autobus scolaires, gardiens, aides-éducateurs, employés de cantines et autres employés de l’académie de Los Angeles devraient lancer une grève d’une journée dans ce qui la deuxième plus grande académie des États-Unis.

Des milliers d’enseignants dans toute la Caroline du Nord devraient manifester le 16 mai à Raleigh, alors que la législature de l’État commence sa session. Des enseignants de la Caroline du Sud voisine ont appelé à manifester le 19 mai au Capitole de Columbia pour protester contre les bas salaires, les effectifs élevés des classes, les tests trop nombreux et le manque de temps de préparation.

De plus, les enseignants expriment un sentiment d’opposition beaucoup plus large parmi les travailleurs. Vendredi dernier, près de 1500 travailleurs de l’usine Ford de Flat Rock, juste au sud de Detroit, ont rejeté l’appel de la direction de l’entreprise de reprendre le travail et ont débrayé après qu’un travailleur ait été coincé dans une machine et grièvement blessé. Une rébellion naissante de travailleurs de la base prend forme contre le syndicat United Auto Workers (UAW), qui fonctionne comme un fournisseur de main-d’œuvre bon marché et une force de police industrielle pour le compte du patronat.

Le développement de la lutte des classes aux États-Unis fait partie d’un mouvement international qui a connu des manifestations et des grèves massives en Europe, en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine cette année.

En France, la semaine a commencé par la poursuite des grèves des salariés d’Air France et des cheminots de la SNCF. Cinquante ans après le soulèvement révolutionnaire de mai-juin 1968, l’affrontement entre la classe ouvrière française et le gouvernement d’Emmanuel Macron, le « président des riches », s’intensifie. Vendredi dernier, les travailleurs d’Air France ont massivement rejeté une augmentation salariale insultante de 7 pour cent sur quatre ans. Le ministre de l’économie de Macron, Bruno Le Maire, a réagi au vote en menaçant les travailleurs de licenciements massifs.

Ces développements montrent clairement que les grèves qui ont éclaté jusqu’à présent cette année sont les premières expressions d’un mouvement social puissant et objectif. La lutte de classe, artificiellement réprimée par les syndicats depuis des décennies, éclate de nouveau, réfutant de manière décisive toutes les affirmations selon lesquelles le conflit entre les classes aurait été remplacé par des conflits à base ethnique, de genre et d’orientation sexuelle.

La résurgence des luttes de classe soulève des problèmes politiques fondamentaux pour tous les travailleurs. Premièrement, elle a démontré le caractère anti-ouvrier des organisations qui s’appellent des syndicats, qui fonctionnent en fait comme des instruments des entreprises et de l’État. Aux États-Unis, toutes les grèves des enseignants cette année ont été déclenchées par les travailleurs, alors que les syndicats ont agi comme briseurs de grève appelés à la rescousse pour isoler les luttes et mettre fin aux grèves le plus rapidement possible en Virginie occidentale, en Oklahoma et en Arizona.

Les syndicats remplissent la même fonction de base dans tous les pays. En France, les syndicats se sont concertés étroitement avec l’État pour tenter de réprimer l’opposition croissante et ont déjà convenu avec le gouvernement Macron de faire respecter les politiques exigées par la classe dirigeante.

Le développement de la résistance ouvrière soulève la nécessité d’organiser et de coordonner ces luttes non seulement dans chaque pays mais aussi à l’échelle internationale.

De nouvelles organisations de lutte, des comités d’usine de base, doivent être construits, indépendamment des syndicats corporatistes, pour unir les travailleurs et préparer une contre-offensive ouvrière, y compris une grève générale.

Deuxièmement, les travailleurs entrent en lutte non seulement contre l’un ou l’autre employeur, mais avec tout le système capitaliste et tous ses instruments politiques. Aux États-Unis, les grèves des enseignants sont le produit des politiques successives des administrations démocrates et républicaines, de Bill Clinton et George Bush à Barack Obama et Donald Trump, qui ont détourné l’argent des écoles publiques vers des écoles privées et d’autres organismes d’enseignement à but lucratif.

Cela fait partie d’une politique de contre-révolution sociale, de renflouement des banques et de réduction des impôts sur les sociétés qui a entraîné une redistribution massive de la richesse de la classe ouvrière à l’élite des entreprises et des finances. Partout dans le monde, la classe capitaliste est à l’offensive, résolue à préserver son système social et économique par le biais d’une exploitation de plus en plus importante de la classe ouvrière, la grande majorité de la population.

La classe dirigeante n’aura pas recours à un programme de réformes sociales mais à la répression de l’État. Ceci est mis en évidence par les décisions des États et des géants de la technologie comme Google et Facebook pour censurer Internet, y compris le World Socialist Web Site et ses bulletins de travailleurs, qui sont devenus le centre de l’opposition de la classe ouvrière.

Comme l’a déclaré David North, le président du comité de rédaction international du WSWS, dans son discours d’ouverture (en anglais) du rassemblement international sur Internet à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, parrainé par le Comité international de la Quatrième Internationale, « Les affirmations des réformistes décrépits » comme Bernie Sanders et Jeremy Corbyn « que les oligarques capitalistes pourraient être persuadés avec des mots tendres d’accepter une répartition plus équitable des richesses ne sont rien moins que délirantes […] Il n’y a aucun moyen de régler les comptes avec la classe qui possède et contrôle les moyens de production et les réseaux financiers mondiaux, ainsi que des machines militaires gigantesques, des agences de renseignement et des forces de police, sauf par la révolution socialiste. »

Deux cents ans après la naissance de Marx, les principes du marxisme s’affirment dans le développement de la lutte des classes à travers le monde. Cependant, le marxisme du 21ᵉ siècle, comme ce rassemblement l’a indiqué, est le trotskisme, incarné par le Comité international de la Quatrième Internationale. Le CIQI est la seule organisation qui se bat sur la base du véritable marxisme et du programme de la révolution socialiste mondiale.

La tâche urgente est de développer dans chaque section de la classe ouvrière, aux États-Unis et à l’étranger, une direction politique socialiste. Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes à tirer les conclusions nécessaires de leurs expériences en rejoignant et construisant le CIQI et ses Partis de l’égalité socialiste affiliés à travers le monde.

(Article paru en anglais le 8 mai 2018)